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Un support, fiché dans le socle sur lequel était placée la musicie

Derrière elle, une autre musicie

Une troisième jeune femme, que son énorme chevelure faisait paraître encore plus fluette, marquait la mesure sur un tympanon formé d’un cadre de bois légèrement infléchi en dedans et tendu de peau d’onagre.

La joueuse de harpe chantait une mélopée plaintive, accompagnée à l’unisson, d’une douceur inexprimable et d’une tristesse profonde. Les paroles exprimaient de vagues aspirations, des regrets voilés, un hymne d’amour à l’inco

Tahoser, le coude appuyé sur un des lions de son fauteuil, la main à la joue et le doigt retroussé contre la tempe, écoutait avec une distraction plus apparente que réelle le chant de la musicie

«Satou, fit-elle en frappant l’une contre l’autre ses mains délicates pour imposer silence à la musicie

– Maîtresse, répondit la harpiste, le poète et le musicien savent tout; les dieux leur révèlent les choses cachées; ils expriment dans leurs rythmes ce que la pensée conçoit à peine et ce que la langue balbutie confusément. Mais si mon chant t’attriste, je puis, en changeant de mode, faire naître des idées plus riantes dans ton esprit.» Et Satou attaqua les cordes de sa harpe avec une énergie joyeuse et sur un rythme vif que le tympanon accentuait de coups pressés; après ce prélude, elle ento

Quelques-unes des femmes qui, assises sur ces pliants à cols de cygnes bleus dont le bec jaune mord les bâtons du siège, ou agenouillées sur des coussins écarlates gonflés de barbe de chardon, gardaient, sous l’influence de la musique de Satou, des poses d’une langueur désespérée, frisso

Une coiffure en forme de casque échancré à l’oreille enveloppait leur chevelure, dont quelques spirales s’échappaient et flagellaient leurs joues brunes, où l’ardeur de la danse mit bientôt des couleurs roses. De larges cercles d’or battaient leur col, et à travers leur longue chemise de gaze, brodée de perles par en haut, on voyait leurs corps couleur de bronze jaune doré s’agiter avec une souplesse de couleuvre; elles se tordaient, se cambraient, remuaient leurs hanches cerclées d’une étroite ceinture, se renversaient, prenaient des attitudes penchées, inclinaient la tête à droite et à gauche comme si elles eussent trouvé une volupté secrète à frôler de leur menton poli leur épaule froide et nue, se rengorgeaient comme des colombes, s’agenouillaient et se relevaient, serraient les mains contre leur poitrine ou déployaient moelleusement leurs bras qui semblaient battre des ailes comme ceux d’Isis et de Nephtys, traînaient leurs jambes, ployaient leurs jarrets, déplaçaient leurs pieds agiles par de petits mouvements saccadés, et suivaient toutes les ondulations de la musique.

Les suivantes, debout contre la muraille pour laisser le champ libre aux évolutions des danseuses, marquaient le rythme en faisant craquer leurs doigts ou en frappant l’une contre l’autre la paume de leurs mains. Celles-ci, entièrement nues, n’avaient pour ornement qu’un bracelet en pâte émaillée; celles-là, vêtues d’un pagne étroit retenu par des bretelles, portaient pour coiffure quelques brins de fleurs tordus.

C’était étrange et gracieux. Les boutons et les fleurs, doucement agités, répandaient leurs parfums à travers la salle, et ces jeunes femmes couro

Mais Satou s’était exagéré la puissance de son art. Le rythme joyeux semblait avoir accru la mélancolie de Tahoser. Une larme roulait sur sa belle joue, comme une goutte d’eau du Nil sur un pétale de nymphaea, et, cachant sa tête contre la poitrine de la suivante favorite qui se tenait accoudée au fauteuil de sa maîtresse, elle murmura dans un sanglot, avec un gémissement de colombe étouffée:

«Oh! ma pauvre Nofré, je suis bien triste et bien malheureuse!»

II

Nofré fit un signe, pressentant une confidence; la harpiste, les deux musicie

«Qu’as-tu, chère maîtresse, pour être triste et malheureuse? N’es-tu pas jeune, belle à faire envie aux plus belles, libre, et ton père, le grand prêtre Pétamounoph, dont la momie ignorée repose dans un riche tombeau, ne t’a-t-il pas laissé de grands biens dont tu disposes à ton gré? Ton palais est très beau, tes jardins sont très vastes et arrosés d’eaux transparentes. Tes coffres de pâte émaillée et de bois de sycomore contie

«Oui, certes, les dieux des zones supérieures m’ont favorablement traitée; mais qu’importent toutes les choses qu’on possède, si l’on n’a pas la seule qu’on souhaite? Un désir non satisfait rend le riche aussi pauvre dans son palais doré et peint de couleurs vives, au milieu de ses amas de blé, d’aromates et de matières précieuses, que le plus misérable ouvrier des Memnonia qui recueille avec de la sciure de bois le sang des cadavres, ou que le nègre demi-nu manœuvrant sur le Nil sa frêle barque de papyrus, à l’ardeur du soleil de midi.» Nofré sourit et dit d’un air d’imperceptible raillerie: