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Je souffre peine à me feindre: si que j'evite de prendre les secrets d'autruy en garde, n'ayant pas bien le coeur de desadvouer ma science: Je puis la taire, mais la nyer, je ne puis sans effort et desplaisir. Pour estre bien secret, il le faut estre par nature, non par obligation. C'est peu, au service des princes, d'estre secret, si on n'est menteur encore. Celuy qui s'enquestoit à Thales Milesius, s'il devoit solemnellement nyer d'avoir paillardé, s'il se fust addressé à moy, je luy eusse respondu, qu'il ne le devoit pas faire, car le mentir me semble encore pire que la paillardise. Thales luy conseilla tout autrement, et qu'il jurast, pour garentir le plus, par le moins: Toutesfois ce conseil n'estoit pas tant election de vice, que multiplication.
Sur quoy disons ce mot en passant, qu'on fait bon marché à un homme de conscience, quand on luy propose quelque difficulté au contrepoids du vice: mais quand on l'enferme entre deux vices, on le met à un rude choix. Comme on fit Origene: ou qu'il idolatrast, ou qu'il se souffrist jouyr charnellement, à un grand vilain Æthiopien qu'on luy presenta: Il subit la premiere condition: et vitieusement, dit-on. Pourtant ne seroient pas sans goust, selon leur erreur, celles qui nous protestent en ce temps, qu'elles aymeroient mieux charger leur conscience de dix hommes, que d'une messe.
Si c'est indiscretion de publier ainsi ses erreurs, il n'y a pas grand danger qu'elle passe en exemple et usage. Car Ariston disoit, que les vens que les hommes craignent le plus, sont ceux qui les descouvrent: Il faut rebrasser ce sot haillon qui cache nos moeurs: Ils envoyent leur conscience au bordel, et tie
En faveur des Huguenots, qui accusent nostre confession auriculaire et privee, je me confesse en publiq, religieusement et purement. Sainct Augustin, Origene, et Hippocrates, ont publié les erreurs de leurs opinions: moy encore de mes moeurs. Je suis affamé de me faire congnoistre: et ne me chaut à combien, pourveu que ce soit veritablement: Ou pour dire mieux, je n'ay faim de rien: mais je fuis mortellement, d'estre pris en eschange, par ceux à qui il arrive de congnoistre mon nom.
Celuy qui fait tout pour l'ho
Je m'e
Qu'a faict l'action genitale aux hommes, si naturelle, si necessaire, et si juste, pour n'en oser parler sans vergongne, et pour l'exclurre des propos serieux et reglez? Nous prononçons hardiment, tuer, desrober, trahir: et cela, nous n'oserions qu'entre les dents. Est-ce à dire, que moins nous en exhalons en parole, d'autant nous avons loy d'en grossir la pensee?
Car il est bon, que les mots qui sont le moins en usage, moins escrits, et mieux teuz, sont les mieux sceus, et plus generalement cognus. Nul aage, nulles moeurs l'ignorent non plus que le pain. Ils s'impriment en chascun, sans estre exprimez, et sans voix et sans figure. Et le sexe qui le fait le plus, a charge de le taire le plus. C'est une action, que nous avons mis en la franchise du silence, d'où c'est crime de l'arracher. Non pas pour l'accuser et juger: Ny n'osons la fouëtter, qu'en periphrase et peinture. Grand faveur à un criminel, d'estre si execrable, que la justice estime injuste, de le toucher et de le veoir: libre et sauvé par le benefice de l'aigreur de sa condamnation. N'en va-il pas comme en matiere de livres, qui se rendent d'autant plus venaux et publiques, de ce qu'ils sont supprimez? Je m'en vay pour moy, prendre au mot l'advis d'Aristote, qui dit, L'estre honteux, servir d'ornement à la jeunesse, mais de reproche à la vieillesse.
Ces vers se preschent en l'escole ancie
Ceux qui par trop fuyant Venus estrivent,
Faillent autant que ceux qui trop la suivent .
Tu Dea, tu rerum naturam sola gubernas,
Nec sine te quicquam dias in luminis oras
Exoritur, neque fit lætum, nec amabile quicquam .
Je ne sçay qui a peu mal mesler Pallas et les Muses, avec Venus, et les refroidir envers l'amour: mais je ne voy aucunes deitez qui s'avie
Je ne suis pas de si long temps cassé de l'estat et suitte de ce Dieu, que je n'aye la memoire informee de ses forces et valeurs:
agnosco veteris vestigia flammæ .
Il y a encore quelque demeurant d'emotion et chaleur apres la fiévre:
Nec mihi deficiat calor hic, hyemantibus a
Tout asseché que je suis, et appesanty, je sens encore quelques tiedes restes de cette ardeur passee;
Qual l'alto Ægeo per che Aquilone o Noto
Cessi, che tutto prima il vuolse et scosse,
Non s'accheta ei pero, ma'l sono e'l moto,
Ritien de l'onde anco agitate è grosse .
Mais de ce que je m'y entends, les forces et valeur de ce Dieu, se trouvent plus vifves et plus animees, en la peinture de la poësie, qu'en leur propre essence.
Et versus digitos habet .
Elle represente je ne sçay quel air, plus amoureux qne l'amour mesme. Venus n'est pas si belle toute nüe, et vive, et haletante, comme elle est icy chez Virgile.
Dixerat, Et niveis hinc atque hinc diva lacertis
Cunctantem amplexu molli fovet: Ille repente
Accepit solitam flammam, notusque medullas
Intravit calor, et labefacta per ossa cucurrit.
Non secus atque olim tonitru cum rupta corusco
Ignea rima micans percurrit lumine nimbos.
… ea verba loquutus,
Optatos dedit amplexus, placidumque petivit
Conjugis infusus gremio per membra soporem .
Ce que j'y trouve à considerer, c'est qu'il la peinct un peu bien esmeüe pour une Venus maritale. En ce sage marché, les appetits ne se trouvent pas si follastres: ils sont sombres et plus mousses. L'amour hait qu'on se tie
Quo rapiat sitiens venerem interiúsque recondat .
Je ne voy point de mariages qui faillent plustost, et se troublent, que ceux qui s'acheminent par la beauté, et desirs amoureux: Il y faut des fondemens plus solides, et plus constans, et y marcher d'aguet: cette boüillante allegresse n'y vaut rien.
Ceux qui pensent faire ho