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Sans savoir pourquoi, Octave fut ému de ce bavardage plein de franchise, de bo

Octave descendit de chez lui et monta chez son voisin, qui lui avait indiqué par où il devait passer.

Le portier ayant aperçu Octave qui montait l’escalier du devant, lui demanda où il allait.

– Je vais chez mon voisin d’en face, dit Octave.

– C’est drôle, fit le portier à sa femme, voilà M. Octave qui va chez le bonhomme Jadis. Et cet événement fut toute la soirée un thème de causerie dans la loge.

Quand Octave entra chez le vieillard, celui-ci l’accueillit avec une cordialité toute juvénile, qui semblait vouloir abréger tout préambule de politesse et les mettre sur-le-champ dans l’intimité.

– Attendez-moi un instant, dit le voisin en faisant asseoir Octave, je vais faire un bout de toilette.

– Je vous en supplie, monsieur, dit Octave en se levant, ne faites point de cérémonies à cause de moi.

– Eh! monsieur, s’écria le vieillard avec un sourire, c’est aujourd’hui fête; on sort la croix et la ba

Et il passa dans une chambre voisine, laissant Octave tout stupéfait.

En attendant le retour de son hôte, Octave examina la pièce où il se trouvait. C’était un petit salon tendu de papier de couleur gaie et garni de meubles d’un autre âge. Les fauteuils, dont les housses étaient enlevées, racontaient de galantes histoires et des bergeries dans le style de Boucher et de Watteau: bergers et bergères, chaumières fleuries, troupeaux enruba

Au bout d’un quart d’heure d’absence, – et comme Octave avait achevé son examen, – le vieux voisin entra dans le salon. Comme il en avait prévenu Octave, celui-ci ne le reco

Le vieux voisin avait un costume d’il y a soixante ans: c’était un habit complet de paysan endimanché.

La veste en surcot marron, culotte en velours olive, gilet de basin, – laissant voir une chemise à petits plis, agrafée au col par un a

Il s’avança en souriant et d’un air leste vers Octave, qui était au comble de l’éto

– Ah! ah! fit-il, vous ne me reco

Et comme il disait ces paroles, ses gestes, son accent, son regard, – tout cela n’avait que vingt ans.

Octave ne comprenait rien à cette métamorphose subite.

– Allons, dit le vieillard… passons dans la salle à manger; tout est prêt, la table est mise, et nous n’aurons point à nous déranger. Je me sers moi-même, mon jeune ami. Autrefois j’avais une servante jeune et jolie; c’était la fille d’une pauvre femme; mais on jasait dans la maison, et quand on rencontrait ma domestique, on lui chantait sur l’escalier:

«Allons, Babet, un peu de complaisance.» J’ai entendu ça un jour et ça m’a fâché. La pauvre fille était i

– Allons, dit le vieux voisin en faisant entrer Octave dans une petite salle à manger – où un appétissant dîner était préparé, – allons, jeune homme, asseyez-vous là, – en face de moi, et pour commencer, buvons, – buvons à nos vingt ans!

Et, faisant sauter le bouchon d’une bouteille de vieux vin, contemporain de son enfance, le voisin en versa deux verres et trinqua avec Octave, qui se plaça en face de lui.

– Comment vous nommez-vous? demanda tout à coup le voisin.

– Je m’appelle Octave, dit celui-ci.

– Et moi… dit le voisin. Au fait, ajouta-t-il en riant, appelez-moi comme tout le monde… le bonhomme Jadis… et votre maîtresse, comment se nomme-t-elle? dites, que nous buvions à sa santé.

– Je n’ai pas de maîtresse, dit Octave en rougissant presque.

Ah! ciel! – fit le bonhomme Jadis. Vous êtes sûr… Ordinairement l’approche de la jeunesse a toutes les douceurs souriantes d’une aube d’été, et, comme l’oiseau qui va tenter sa première volée et se penche au bord du nid pour saluer d’un chant joyeux le rayon matinal, le cœur de ceux qui arrivent à l’âge juvénile s’emplit de murmures: mille voix pleines de charmantes promesses s’éveillent dans leur âme, et leurs lèvres, où fleurit un beau sourire, saluent d’un cri d’espérance le soleil levant de leur vingtième a

Il n’en était pas de même pour Octave, qui avait trouvé le malheur assis au seuil de son adolescence. Aussi la jeunesse lui apparaissait-elle à travers une brumeuse tristesse, et il aurait voulu pouvoir franchir d’un seul pas, et dans un seul jour, cet âge qui sépare l’époque où l’on rêve de l’époque où l’on se souvient. À vingt ans, il ne savait donc rien d’exact et de précis sur les choses de la vie. C’était une de ces natures tardives qui atteignent quelquefois le milieu de la jeunesse sans que rien ait tressailli dans leur cœur, recouvert d’une cuirasse de placidité. Aussi avait-il paru éto

Mais le vieillard parut encore surpris davantage lorsque Octave lui répondit qu’il n’était pas amoureux. Un sourire d’incrédulité courut sur ses lèvres, et il fit un petit geste qui voulait dire:

– Allons donc!

Mais Octave répéta sa réponse, et, en quelques mots, raconta son passé et sa situation présente. Le vieillard l’avait écouté, les coudes sur la table et la tête appuyée dans ses mains.

– Pas de maîtresse! C’est prodigieux! murmurait-il. Mais alors, jeune homme, qu’est-ce que vous faites donc de vos vingt ans?

– Je suis pauvre, j’ai mon avenir à assurer, et pour moi le travail est un devoir, dit Octave.

– Le premier devoir de la jeunesse, c’est le plaisir, et l’amour en est la première vertu, dit le bonhomme Jadis en vidant son verre. Moi, j’ai été vertueux. Ma conscience est en repos, ajouta-t-il avec un large rire.

Ces maximes d’une philosophie avancée, inco

– Eh! là là, dit en souriant le bonhomme Jadis, n’ayez point peur, mon jeune ami, je ne suis point le diable, rassurez-vous. – Ah! dit le vieillard, voilà qui est certainement bien étrange. D’après ce que vous m’avez dit, vous vivez dans l’isolement, fuyant exprès toute société, dans la crainte qu’elle ne vous induise à mal. Je suis sans doute la seule perso