Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 14 из 33

Le bonhomme Jadis

À l’époque du terme d’avril, un jeune homme appelé Octave vint prendre possession d’une chambre qu’il avait quelques jours auparavant arrêtée dans une maison de la rue de la Tour d’Auvergne. Il avait l’air si ho

Le logement d’Octave était situé au quatrième et dernier étage. C’était une petite chambre si basse de plafond, qu’un homme d’une taille un peu élevée n’aurait pas pu y garder son chapeau. Elle était éclairée d’un côté par une petite fenêtre do

Octave passa la journée à mettre ses affaires en ordre. Ce n’était pourtant pas une longue besogne, car il n’avait bien juste que le nécessaire, et à la vue de son mobilier de modeste apparence, le portier de la maison avait fait une grimace, et s’était presque repenti de lui avoir loué sans aller aux informations.

Son installation terminée, Octave se mit machinalement à sa fenêtre pour juger ce que serait la vue. En levant les yeux, il aperçut à la croisée qui faisait face à la sie

– Monsieur, j’ai l’ho

Octave, un peu éto

Comme il déposait sa clef chez le portier, celui-ci le prévint qu’il était d’habitude dans la maison de ne point rentrer après minuit, et que, passé cette heure, on payait une amende.

Octave répondit qu’il ne se trouverait jamais dans ce cas-là, et que d’ailleurs il sortait fort rarement le soir.

Avec une foule de précautions oratoires, qui rendirent son avertissement très difficile à comprendre, le portier informa en outre Gustave qu’il était libre de recevoir des femmes chez lui, à la condition que ce seraient des perso

Octave répondit qu’il recevrait peu de visites; mais que sûrement il ne recevrait jamais de femmes chez lui.

Le portier conclut en lui demandant s’il désirait que son épouse prît soin de son ménage, comme elle faisait pour quelques célibataires. Mais Octave le remercia en disant que son ménage était trop peu de chose, et qu’il avait l’habitude de le faire lui-même.

Octave rentra de très bo

Tous les jours il faisait ainsi de même, avec la plus parfaite régularité. Chaque matin il apercevait son vieux voisin qui jardinait à la fenêtre; ils se saluaient et échangeaient quelques paroles sur l’état du temps.

Depuis un mois Octave habitait la maison, et on n’avait pu remarquer aucun changement dans son existence. Non seulement il ne s’était présenté aucune visite pour lui, mais encore il n’avait reçu aucune lettre. On causait de lui quelquefois dans la loge du portier, et on s’éto

Octave avait vingt ans. Son histoire était fort courte. Son père était un petit négociant qu’une mauvaise spéculation avait ruiné. Il était mort foudroyé par ce désastre. La mère d’Octave, ne pouvant plus payer sa pension au collège, l’en retira avant qu’il eût achevé ses études. Ils vécurent dans un grand dénûment l’un et l’autre pendant une a

Un dimanche soir, Octave lisait auprès de sa fenêtre, quand il aperçut son vieux voisin, dont la tête blanche s’encadrait dans un berceau de chèvrefeuille et de plantes grimpantes. Ils se saluèrent l’un l’autre par une inclination de tête. C’était au commencement de mai. La soirée était magnifique; l’air doux promenait des odeurs de feuilles vertes et de lilas, et des refrains joyeux que chantaient des ouvriers se rendant par bandes aux barrières. De temps en temps, et suivant les variations du vent, on entendait, tantôt distinctement, et tantôt comme des rumeurs confuses, les orchestres des guinguettes qui peuplent les boulevards extérieurs.

– Eh! jeune homme, s’écria tout à coup le vieux voisin, dont le visage venait de se fendre par un large sourire, – entendez-vous?

Octave leva les yeux de dessus son livre et regarda le vieillard.

– Entendez-vous, continua celui-ci, entendez-vous les violons? et en avant deux, allez donc! ajouta-t-il en se dandinant.

Et comme une bouffée de musique, apportée par le vent, venait précisément de lui secouer une gamme dans les oreilles, Octave répondit qu’il entendait en effet.

– Eh bien, continua le voisin, est-ce que cela ne vous do

À cette réponse, le sourire du vieillard s’éteignit sur sa figure.

– Vraiment, reprit-il, ça ne vous fait rien?

– Rien! dit Octave.

– Quel âge avez-vous donc?

– J’ai vingt ans…

– Vingt ans… et ça ne vous fait rien? prodigieux! Ah! jeune homme, si vous pouviez me prêter vos jambes, comme je les prendrais à mon cou pour courir où sont les violons. Et vous avez vingt ans? dit le voisin avec un accent éto

– Je les ai eus précisément aujourd’hui, répondit Octave, qui se rappelait que ce jour était son a

– Aujourd’hui! dit le vieillard en frappant dans ses deux mains. Aujourd’hui! prodigieux! étrange en vérité! Vingt ans; eh bien, moi, jeune homme, moi qui vous parle, aujourd’hui, ce matin, j’ai eu soixante-cinq ans.

– On ne vous les do

– Oui, mais le bon Dieu me les a do

Octave avait fermé son livre et regardait son voisin avec plus de curiosité qu’il ne l’avait fait jusque-là. C’était un petit homme d’une physionomie à la fois douce et fière. Son front, à demi couvert de cheveux parfaitement blancs, n’avait pas une seule ride; sa bouche était spirituelle et fine, et l’éclat de ses yeux vifs jetait sur tout son visage une clarté gaie qui lui enlevait, à première vue, au moins un tiers de son âge.

– Monsieur, dit-il tout à coup pendant qu’Octave l’examinait, permettez-moi de vous faire une proposition; vous la trouverez peut-être indiscrète, mais je me risque; après cela vous êtes libre de ne la point accepter… ce qui me ferait de la peine, je vous l’avoue… Voilà, monsieur, ce que je voulais vous proposer, fit le vieillard avec un charmant sourire. Vous m’avez dit tout à l’heure que vous aviez vingt ans aujourd’hui même. Par un singulier rapport, il se trouve que ce jour est l’a