Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 32 из 71

– Il pratique une philosophie départementale. Il appelle l'art un sacerdoce.

– Il dit sacerdoce! fit Rodolphe avec épouvante.

– Il le dit.

– Et en littérature quelle est sa voie?

– Il fréquente Télémaque.

– Très-bien, dit Schaunard en mâchant le foin des artichauts.

– Comment! Très-bien, imbécile? interrompit Marcel; ne t'avise pas de répéter cela dans la rue.

Schaunard, contrarié de cette réprimande, do

– Encore une fois, dit Rodolphe, quelle est sa condition dans le monde? De quoi vit-il? Son nom? Sa demeure?

– Sa condition est honorable, il est professeur de toutes sortes de choses au sein d'une riche famille. Il s'appelle Carolus Barbemuche, mange ses revenus dans des habitudes de luxe et loge rue Royale, dans un hôtel.

– Un hôtel garni?

– Non, il y a des meubles.

– Je demande la parole, dit Marcel. Il est évident pour moi que Colline est corrompu; il a vendu d'avance son vote pour une somme quelconque de petits verres. N'interromps pas, fit Marcel, en voyant le philosophe se lever pour protester, tu répondras tout à l'heure. Colline, âme vénale, vous a présenté cet étranger sous un aspect trop favorable pour qu'il soit l'image de la vérité. Je vous l'ai dit, j'entrevois les desseins de cet étranger. Il veut spéculer sur nous. Il s'est dit: voilà des gaillards qui font leur chemin; il faut me fourrer dans leur poche, j'arriverai avec eux au débarcadère de la renommée.

– Très-bien, dit Schaunard; est-ce qu'il n'y a plus de sauce?

– Non, répondit Rodolphe, l'édition est épuisée.

– D'un autre côté, continua Marcel, ce mortel insidieux que patro

– Je demande la parole pour une rectification seulement, dit Rodolphe. Dans son improvisation remarquable, Marcel a dit que le nommé Carolus voulait, dans le but de nous déshonorer, s'introduire chez nous sous le manteau de la littérature.

– C'était une figure parlementaire, fit Marcel.

– Je blâme cette figure; elle est mauvaise. La littérature n'a pas de manteau.

– Puisque je fais ici les fonctions de rapporteur, dit Colline en se levant, je soutiendrai les conclusions de mon rapport. La jalousie qui le dévore égare les sens de notre ami Marcel, le grand artiste est insensé…

– À l'ordre! Hurla Marcel.

– …Insensé, au point que lui, si bon dessinateur, vient d'introduire dans son discours une figure dont le spirituel orateur qui m'a succédé à cette tribune a relevé les incorrections.

– Colline est un idiot, s'écria Marcel en do

– Messieurs, je vais d'un seul mot faire évanouir dans vos esprits les craintes chimériques que les soupçons de Marcel auraient pu y faire naître à l'endroit de Carolus.

– Essaye un peu de faire évanouir, dit Marcel en raillant.

– Ce ne sera pas plus difficile que ça, répondit Colline, en éteignant d'un souffle l'allumette avec laquelle il venait d'allumer sa pipe.

– Parlez! Parlez! Crièrent en masse Rodolphe, Schaunard et les femmes, pour qui le débat offrait un grand intérêt.

– Messieurs, dit Colline, bien que j'aie été perso

– Mais, continua Colline, ce qui va réduire en poudre le misérable argument dont mon adversaire se fait une arme contre Carolus en exploitant vos terreurs, c'est que ledit Carolus est philosophe platonicien. (Sensation au banc des hommes, tumulte au banc des femmes.)

– Platonicien, qu'est-ce que ça veut dire? demanda Phémie.

– C'est la maladie des hommes qui n'osent pas embrasser les femmes, dit Mimi, j'ai eu un amant comme ça, je l'ai gardé deux heures.

– Des bêtises, quoi! fit Mademoiselle Musette.

– Tu as raison, ma chère, lui dit Marcel, le platonisme en amour, c'est de l'eau dans du vin, vois-tu? Buvons notre vin pur.

– Et vive la jeunesse! ajouta Musette.

La déclaration de Colline avait déterminé une réaction favorable envers Carolus. Le philosophe voulut profiter du bon mouvement opéré par son éloquente et adroite inculpation.

– Maintenant, continua-t-il, je ne vois pas quelles seraient justement les préventions qu'on pourrait élever contre ce jeune mortel, qui, après tout, nous a rendu service. Quant à moi qu'on accuse d'avoir agi à l'étourdie en voulant l'introduire parmi nous, je considère cette opinion comme attentatoire à ma dignité. J'ai agi dans cette affaire avec la prudence du serpent; et si un vote motivé ne me conserve pas cette prudence, j'offre ma démission.

– Voudrais-tu poser la question de cabinet? dit Marcel.

– Je la pose, répondit Colline. Les trois bohèmes se consultèrent, et d'un commun accord on s'entendit pour restituer au philosophe le caractère de haute prudence qu'il réclamait. Colline laissa ensuite la parole à Marcel, lequel, revenu un peu de ses préventions, déclara qu'il voterait peut-être pour les conclusions du rapporteur. Mais avant de passer au vote définitif qui ouvrirait à Carolus l'intimité de la bohème, Marcel fit mettre aux voix cet amendement:

«Comme l'introduction d'un nouveau membre dans le cénacle était chose grave, qu'un étranger pouvait y apporter des éléments de discorde, en ignorant les mœurs, les caractères et les opinions de ses camarades, chacun des membres passerait une journée avec ledit Carolus, et se livrerait à une enquête sur sa vie, ses goûts, sa capacité littéraire et sa garde-robe. Les bohémiens se communiqueraient ensuite leurs impressions particulières, et l'on statuerait après sur le refus ou l'admission: en outre, avant cette admission, Carolus devrait subir un noviciat d'un mois, c'est-à-dire qu'il n'aurait pas avant cette époque le droit de les tutoyer et de leur do

Cet amendement fut adopté à la majorité de trois voix contre une, celle de Colline, qui trouvait qu'on ne s'en rapportait pas assez à lui, et que cet amendement attentait de nouveau à sa prudence.

Le soir même, Colline alla exprès de très-bo

Il ne l'attendit pas longtemps. Carolus arriva bientôt, portant à la main trois énormes bouquets de roses.

– Tiens! dit Colline avec éto

– Je me suis souvenu de ce que vous m'avez dit hier, vos amis viendront sans doute avec leurs dames, et c'est à leur intention que j'apporte ces fleurs; elles sont fort belles.

– En effet, il y en a au moins pour quinze sous.

– Y pensez-vous? reprit Carolus: au mois de décembre, si vous disiez quinze francs.

– Ah! Ciel! s'écria Colline, un trio d'écus pour ces simples dons de flore, quelle folie! Vous êtes donc parent des cordillères? Eh bien, mon cher monsieur, voilà quinze francs que nous allons être forcés d'effeuiller par la fenêtre.

– Comment! Que voulez-vous dire?

Colline raconta alors les soupçons jaloux que Marcel avait fait concevoir à ses amis, et instruisit Carolus de la violente discussion qui avait eu lieu entre les bohèmes à propos de son introduction dans le cénacle. J'ai protesté que vos intentions étaient immaculées, ajouta Caroline, mais l'opposition n'a pas été moins vive. Gardez-vous donc de renouveler les soupçons jaloux qu'on a pu concevoir sur vous en étant trop galant avec ces dames, et, pour commencer, faisons disparaître ces bouquets.

Et Colline prit les roses et les cacha dans une armoire qui servait de débarras.

– Mais ce n'est pas tout, reprit-il: ces messieurs désirent avant de se lier intimement avec vous, se livrer, chacun en particulier à une enquête sur votre caractère, vos goûts, etc. Puis, pour que Barbemuche ne heurtât pas trop ses amis, Colline lui traça rapidement un portrait moral de chacun des bohèmes. Tâchez de vous trouver d'accord avec eux séparément, ajouta le philosophe, et à la fin ils seront tous pour vous.

Carolus consentit à tout.

Les trois amis arrivèrent bientôt, accompagnés de leurs épouses.

Rodolphe se montra poli avec Carolus, Schaunard fut familier, Marcel resta froid. Pour Carolus, il s'efforça d'être gai et affectueux avec les hommes, en étant très-indifférent avec les femmes.

En se quittant le soir, Barbemuche invita Rodolphe à dîner pour le lendemain. Seulement, il le pria de venir chez lui à midi.

Le poëte accepta.

– Bon, se dit-il à lui-même, c'est moi qui commencerai l'enquête.

Le lendemain, à l'heure convenue, Rodolphe se rendit chez Carolus. Barbemuche logeait en effet dans un fort bel hôtel de la Rue Royale, et y occupait une chambre où régnait un certain confortable. Seulement, Rodolphe parut éto