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– Belle-Rose, dis-nous donc un peu ce qu’a fait notre cornette? demanda Merlin.
– Il a parlé avec une espèce d’officier des Suisses; mais je n’ai pu entendre ce qu’il disait. Il faut toujours que cela soit curieux, car il s’écriait à tout moment: Ah! mon Dieu! ah! mon Dieu !
– Tiens, voici des cavaliers qui vie
– Ils ne sont que deux, ce me semble; et le capitaine et le cornette vont à leur rencontre.
Deux cavaliers se dirigeaient rapidement vers la compagnie de chevau-légers. L’un, richement vêtu, et portant un chapeau couvert de plumes et une écharpe verte, montait un cheval de bataille. Son compagnon était un homme gros, court, ramassé dans sa petite taille; il était vêtu d’une robe noire, et portait un grand crucifix de bois.
– On va se battre, sûr, dit le sergent; voici un aumônier qu’on nous envoie pour confesser les blessés.
– Il n’est guère agréable de se battre sans avoir dîné, murmura tout bas Merlin.
Les deux cavaliers ralentirent l’allure de leurs chevaux, de manière qu’en joignant le capitaine ils purent les arrêter sans effort.
– Je baise les mains de Mr de Mergy, dit l’homme à l’écharpe verte. Reco
Le capitaine ignorait encore le nouveau crime de Maurevel; il ne le co
– Je ne co
– Il s’agit, Monsieur, de sauver notre bon roi et notre sainte religion du péril qui les menace.
– Quel est donc ce péril? demanda George d’un ton de mépris.
– Les huguenots ont conspiré contre Sa Majesté; mais leurs coupables complots ont été découverts à temps, grâce à Dieu, et tous les bons chrétiens doivent se réunir cette nuit pour les exterminer pendant leur sommeil.
– Comme furent exterminés les Madianites par le fort Gédéon, dit l’homme en robe noire.
– Qu’entends-je! s’écria Mergy frémissant d’horreur.
– Les bourgeois sont armés, poursuivit Maurevel; les gardes françaises et trois mille Suisses sont dans la ville. Nous avons près de soixante mille hommes à nous; à onze heures le signal sera do
– Misérable coupe-jarret! quelle infâme imposture viens-tu nous débiter? Le roi n’ordo
Mais, en parlant ainsi, George se souvint de l’étrange conversation qu’il avait eue quelques jours auparavant avec le roi.
– Pas d’emportement, monsieur le capitaine; si le service du roi ne réclamait tous mes soins je répondrais à vos injures. Écoutez-moi: je viens, de la part de Sa Majesté, vous requérir de m’accompagner avec votre troupe. Nous sommes chargés de la rue Saint-Antoine et du quartier avoisinant. Je vous apporte une liste exacte des perso
– Et je consentirais à prêter mes mains pour massacrer des gens endormis!
– Êtes-vous catholique, et reco
Et il lui remit un papier qu’il avait à sa ceinture.
Mergy fit approcher un cavalier, et, à la lueur d’une torche de paille allumée à la mèche d’une arquebuse, il lut un ordre en bo
– Jamais mes cavaliers ne voudront faire le métier d’assassins, dit George en jetant le papier au visage de Maurevel.
– Il n’est point question d’assassinat, dit froidement le prêtre; il s’agit d’hérétiques, et c’est justice que l’on va faire à leur endroit.
– Braves gens! s’écria Maurevel en élevant la voix et s’adressant aux chevau-légers, les huguenots veulent assassiner le roi et les catholiques; il faut les prévenir: cette nuit nous allons les tuer tous pendant qu’ils sont endormis… et le roi vous accorde le pillage de leurs maisons!
Un cri de joie féroce partit de tous les rangs:
– Vive le roi! mort aux huguenots!
– Silence dans les rangs! s’écria le capitaine d’une voix to
Les soldats gardèrent le silence.
– Vive le roi! mort aux huguenots! s’écrièrent à la fois Maurevel et son compagnon.
Et les cavaliers répétèrent un instant après eux:
– Vive le roi! mort aux huguenots!
– Eh bien! capitaine, obéirez-vous? dit Maurevel.
– Je ne suis plus capitaine! s’écria George.
Et il arracha son hausse-col et son écharpe, insignes de sa dignité.
– Saisissez-vous de ce traître! s’écria Maurevel en tirant son épée; tuez ce rebelle qui désobéit à son roi.
Mais pas un soldat n’osa lever la main contre son chef… George fit sauter l’épée des mains de Maurevel; mais, au lieu de le percer de la sie
– Adieu, lâches! dit-il à sa troupe; je croyais avoir des soldats, et je n’avais que des assassins.
Puis se tournant vers son cornette:
– Alphonse, si vous voulez être capitaine, voici une belle occasion. Mettez-vous à la tête de ces brigands.
À ces mots, il piqua des deux et s’éloigna au galop, se dirigeant vers l’intérieur de la ville. Le cornette fit quelques pas comme pour le suivre; mais bientôt il ralentit l’allure de son cheval, le mit au pas, puis enfin il s’arrêta, tourna bride et revint à sa compagnie, jugeant sans doute que le conseil de son capitaine, pour être do
Maurevel, encore un peu étourdi du coup qu’il avait reçu, remontait à cheval en blasphémant; et le moine, élevant son crucifix, exhortait les soldats à ne pas faire grâce à un seul huguenot, à noyer l’hérésie dans des flots de sang.
Les soldats avaient été un moment retenus par les reproches de leur capitaine; mais, se voyant débarrassés de sa présence et ayant sous les yeux la perspective d’un beau pillage, ils brandirent leurs sabres au-dessus de leurs têtes, et jurèrent d’exécuter tout ce que Maurevel leur commanderait.