Страница 41 из 58
XX – LES CHEVAU-LÉGERS
Le soir du 24 août, une compagnie de chevau-légers entrait dans Paris par la porte Saint-Antoine. Les bottes et les habits des cavaliers, tout couverts de poussière, a
La troupe se dirigea au petit pas vers un grand espace sans maisons, qui s’étendait près de l’ancien palais des Tournelles. Là le capitaine ordo
– Sergent! dit-il d’une voix plus dure et plus impérieuse que de coutume.
Un vieux cavalier, dont le chapeau était orné d’un galon d’or, et qui portait une écharpe brodée, s’approcha respectueusement de son chef.
– Tous nos cavaliers sont pourvus de mèches?
– Oui, capitaine.
– Les flasques sont-elles garnies? Y a-t-il des balles en quantité suffisante?
– Oui, capitaine.
– Bien.
Il fit marcher au pas sa jument devant le front de sa petite troupe. Le sergent le suivait à la distance d’une longueur de cheval. Il s’était aperçu de l’humeur de son capitaine, et il hésitait à l’aborder. Enfin il prit courage.
– Capitaine, puis-je permettre aux cavaliers de do
– Non.
– Une poignée d’avoine? cela serait bien vite fait.
– Que pas un cheval ne soit débridé.
– C’est que si l’on a besoin de les faire travailler cette nuit… comme l’on dit… que peut-être…
L’officier fit un geste d’impatience.
– Retournez à votre poste, dit-il sèchement.
Et il continua de se promener. Le sergent revint au milieu des soldats.
– Eh bien, sergent, est-ce vrai? Que va-t-on faire? qu’y a-t-il? qu’a dit le capitaine?
Une vingtaine de questions lui furent adressées toutes à la fois par de vieux soldats, dont les services et une longue habitude autorisaient cette familiarité à l’égard de leur supérieur.
– Nous allons en voir de belles, dit le sergent du ton capable d’un homme qui en sait plus qu’il n’en dit.
– Comment? comment?
– Il ne faut pas débrider, même pour un instant… car, qui sait? d’un moment à l’autre on peut avoir besoin de nous.
– Ah! est-ce qu’on va se battre? dit le trompette. Et contre qui, s’il vous plaît?
– Contre qui? dit le sergent, répétant la question pour se do
– Oui, mais qu’est-ce que ces e
– Les e
Et il haussa les épaules de pitié.
– C’est l’Espagnol qui est l’e
– Bah! reprit un autre; j’en co
– Bertrand a raison, dit le sergent; et je sais bien de qui il veut parler.
– Et de qui donc enfin?
– Des huguenots, dit Bertrand. Il ne faut pas être sorcier pour s’en apercevoir. Tout le monde sait que les huguenots ont pris leur religion de l’Allemagne; et je suis bien sûr que les Allemands sont nos e
– Tout cela est bel et bon, dit le trompette; mais la paix a été conclue avec eux, et l’on a so
– La preuve qu’ils ne sont pas nos e
– Que la peste le crève! s’écria le sergent. Tu ne sais pas cela, toi, Merlin; tu n’étais pas encore avec nous: c’est La Rochefoucauld qui commandait l’embuscade où nous avons manqué de demeurer tous à La Robraye en Poitou. C’est un gaillard qui est tout confit en malices.
– Et il a dit, ajouta Bertrand, qu’une compagnie de reîtres valait mieux qu’un escadron de chevau-légers. J’en suis sûr comme voilà un cheval rouan. Je le tiens d’un page de la reine.
Un mouvement d’indignation se manifesta dans l’auditoire; mais il céda bientôt à la curiosité de savoir contre qui étaient dirigés les préparatifs de guerre et les précautions extraordinaires qu’ils voyaient prendre.
– Est-ce vrai, sergent, demanda le trompette, que l’on a voulu tuer le roi hier?
– Je parie que ce sont ces… d’hérétiques.
– L’aubergiste de la Croix-de-Saint-André , chez qui nous avons déjeuné, dit Bertrand, nous a conté comme cela qu’ils voulaient défaire la messe.
– En ce cas nous ferons gras tous les jours, observa Merlin très philosophiquement; le morceau de petit salé au lieu de la gamelle de fèves! Il n’y a pas là de quoi s’affliger.
– Oui; mais si les huguenots font la loi, la première chose qu’ils feront, ce sera de casser comme verre toutes les compagnies de chevau-légers, pour mettre à la place leurs chiens de reîtres allemands.
– Si cela est ainsi, je leur taillerais volontiers des croupières. Mort de ma vie! cela me rend bon catholique. Dites donc, Bertrand, vous qui avez servi avec les protestants, est-ce vrai que l’Amiral ne do
– Pas un denier de plus, le vieux ladre vert! Aussi l’ai-je quitté après la première campagne.
– Comme le capitaine est de mauvaise humeur aujourd’hui, dit le trompette. Lui qui d’ordinaire est si bon diable, et qui parle volontiers avec le soldat, il n’a pas desserré les dents tout le long de la route.
– Ce sont ces nouvelles-là qui le chagrinent, répondit le sergent.
– Quelles nouvelles?
– Oui; apparemment ce que veulent faire les huguenots.
– La guerre civile va recommencer, dit Bertrand.
– Tant mieux pour nous, dit Merlin, qui voyait toujours le bon côté des choses; il y aura des coups à do
– Il y a de l’apparence qu’ils ont voulu recommencer leur vieille affaire d’Amboise, dit le sergent; c’est pour cela que l’on nous fait venir. Nous y mettrons bon ordre.
Dans ce moment le cornette revint avec son escouade; il s’approcha du capitaine et lui parla bas, tandis que les soldats qui l’avaient accompagné se mêlaient à leurs camarades.
– Par ma barbe! dit un de ceux qui avaient été en reco
– Il n’y en avait pas plus de cinq cents, répartit un autre.
– Ce qui est certain, dit le premier, c’est que les huguenots ont voulu assassiner le roi, et que l’Amiral a été blessé dans la bagarre de la propre main du grand duc de Guise.
– Ah! le brigand! c’est bien fait! s’écria le sergent.
– Tant il y a, continua le cavalier, que ces Suisses disaient, dans leur diable de baragouin, qu’il y a trop longtemps que l’on souffre les hérétiques en France.
– C’est vrai que depuis un temps ils font bien les fiers, dit Merlin.
– Ne dirait-on pas qu’ils nous ont battus à Jarnac et à Moncontour, tant ils piaffent et font les fendants?
– Ils voudraient, dit le trompette, manger le gigot et ne nous do
– Il est bien temps que les bons catholiques leur do
– Pour moi, dit le sergent, si le roi me disait: Tue-moi ces coquins-là , que je perde mon baudrier si je me le faisais dire deux fois!