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Mais supposons que Charles ou sa mère, ou, si l’on veut, son gouvernement, eussent, contre toutes les règles de la politique, résolu de détruire les protestants en France, cette résolution une fois prise, il est probable qu’ils auraient médité mûrement les moyens les plus propres à en assurer la réussite. Or ce qui vient d’abord à l’esprit comme le parti le plus sûr, c’est que le massacre ait lieu dans toutes les villes du royaume à la fois, afin que les réformés, attaqués partout par des forces supérieures [5] , ne puissent se défendre nulle part. Un seul jour aurait suffi pour les détruire. C’est ainsi qu’Assuerus avait conçu le massacre des Juifs.

Cependant nous lisons que les premiers ordres du roi pour massacrer les protestants sont datés du 28 août, c’est-à-dire quatre jours après la Saint-Barthélémy, et lorsque la nouvelle de cette grande boucherie avait dû précéder les dépêches du roi et do

Il eût été surtout nécessaire de s’emparer des places de sûreté des protestants. Tant qu’elles restaient en leur pouvoir, l’autorité royale n’était pas assurée. Ainsi, dans l’hypothèse d’un complot des catholiques, il est manifeste qu’une des plus importantes mesures aurait été de s’emparer de la Rochelle le 24 août, et d’avoir en même temps une armée dans le midi de la France, afin d’empêcher toute réunion des réformés.

Rien de tout cela ne fut fait.

Je ne puis admettre que les mêmes hommes aient pu concevoir un crime, dont les suites devaient être si importantes, et l’exécuter si mal. Les mesures furent si mal prises en effet, que, quelques mois après la Saint-Barthélémy, la guerre éclata derechef, que les réformés en eurent certainement toute la gloire, et qu’ils en retirèrent même des avantages nouveaux [6] .

Enfin l’assassinat de Coligny, qui eut lieu deux jours avant la Saint-Barthélémy, n’achève-t-il pas de réfuter la supposition d’un complot? Pourquoi tuer le chef avant le massacre général? N’était-ce point le moyen d’effrayer les huguenots et de les obliger à se mettre sur leurs gardes?

Je sais que quelques auteurs attribuent au duc de Guise seul l’attentat commis sur la perso

Ainsi, tout me paraît prouver que ce grand massacre n’est point la suite d’une conjuration d’un roi contre une partie de son peuple. La Saint-Barthélémy me semble l’effet d’une insurrection populaire qui ne pouvait être prévue, et qui fut improvisée.

Je vais do

Coligny avait traité trois fois avec son souverain de puissance à puissance: c’était une raison pour en être haï. Jea

Mais, si du même coup le roi se débarrassait de l’amiral et du duc de Guise, il est évident qu’il devenait le maître absolu.

Voici le parti qu’il dut prendre: ce fut de faire assassiner l’amiral, ou, si l’on veut, d’insinuer cet assassinat au duc de Guise, puis de faire poursuivre ce prince comme meurtrier, a

Le peuple de Paris était à cette époque horriblement fanatique. Les bourgeois, organisés militairement, formaient une espèce de garde nationale, qui pouvait prendre les armes au premier coup de tocsin. Autant le duc de Guise était chéri des Parisiens pour la mémoire de son père et pour son propre mérite, autant les huguenots, qui deux fois les avaient assiégés, leur étaient odieux. L’espèce de faveur dont ces derniers jouissaient à la cour, au moment où une sœur du roi épousait un prince de leur religion, redoublait leur arrogance et la haine de leurs e

Le duc, ba

Il est difficile de déterminer quelle part le roi prit au massacre; s’il n’approuva pas, il est certain qu’il laissa faire. Après deux jours de meurtres et de violences, il désavoua tout et voulut arrêter le carnage [9] . Mais on avait déchaîné les fureurs du peuple, et il ne s’apaise point pour un peu de sang. Il lui fallut plus de soixante mille victimes. Le monarque fut obligé de se laisser entraîner au torrent qui le dominait. Il révoqua ses ordres de clémence, et bientôt, en do

Telle est mon opinion sur la Saint-Barthélémy, et je dirai avec lord Byron en la présentant:

I only say, suppose this supposition.

D. Juan, cant. I, st. LXXXV

1829

[5] La population de la France était d’à peu près vingt millions d’âmes. On estime que lors des secondes guerres civiles les protestants n’étaient pas plus d’un million cinq cent mille; mais ils avaient proportio

[6] Aux secondes guerres civiles, les protestants s’emparèrent le même jour, et par surprise, de plus de la moitié des places fortes de France. Les catholiques pouvaient en faire de même.

[7] Maurevel fut surnommé le tueur du roi. Voyez Brantôme.

[8] Mot de Napoléon.

[9] Il attribuait l’assassinat de Coligny et le massacre au duc de Guise et aux princes de la maison de Lorraine.