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PRÉFACE
Je venais de lire un assez grand nombre de mémoires et de pamphlets relatifs à la fin du XVIème siècle. J’ai voulu faire un extrait de mes lectures, et cet extrait, le voici.
Je n’aime dans l’histoire que les anecdotes, et parmi les anecdotes je préfère celles où j’imagine trouver une peinture vraie des mœurs et des caractères à une époque do
Par exemple, je lis dans l’Estoile cette note concise:
«La demoiselle de Châteauneuf, l’une des migno
Au moyen de cette anecdote et de tant d’autres, dont Brantôme est plein, je refais dans mon esprit un caractère, et je ressuscite une dame de la cour de Henri III.
Il est curieux, ce me semble, de comparer ces mœurs avec les nôtres, et d’observer dans ces dernières la décadence des passions énergiques au profit de la tranquillité et peut-être du bonheur. Reste la question de savoir si nous valons mieux que nos ancêtres, et il n’est pas aussi facile de la décider; car, selon les temps, les idées ont beaucoup varié au sujet des mêmes actions.
C’est ainsi que vers 1500 un assassinat ou un empoiso
Il me paraît donc évident que les actions des hommes du XVIème siècle ne doivent pas être jugées avec nos idées du XIXème . Ce qui est crime dans un état de civilisation perfectio
Méhémet-Ali, à qui les beys des mameluks disputaient le pouvoir en Égypte, invite un jour les principaux chefs de cette milice à une fête dans l’enceinte de son palais. Eux entrés, les portes se referment. Des Albanais les fusillent à couvert du haut des terrasses, et dès lors Méhémet-Ali règne seul en Égypte.
Eh bien! nous traitons avec Méhémet-Ali; il est même estimé des Européens, et dans tous les journaux il passe pour un grand homme: on dit qu’il est le bienfaiteur de l’Égypte. Cependant, quoi de plus horrible que de faire tuer des gens sans défense? À la vérité ces sortes de guet-apens sont autorisés par l’usage du pays et par l’impossibilité de sortir d’affaire autrement. C’est alors que s’applique la maxime de Figaro: Ma, per Dio, l’utilità!
Si un ministre, que je ne nommerai pas, avait trouvé des Albanais disposés à fusiller à son ordre, et si, dans un dîner d’apparat, il eût dépêché les membres marquants du côté gauche, son action eût été dans le fait la même que celle du pacha d’Égypte, et en morale cent fois plus coupable. L’assassinat n’est plus dans nos mœurs. Mais ce ministre destitua beaucoup d’électeurs libéraux, employés obscurs du gouvernement; il effraya les autres, et obtint ainsi des élections à son goût. Si Méhémet-Ali eût été ministre en France, il n’en eût pas fait davantage; et sans doute le ministre français en Égypte aurait été obligé d’avoir recours à la fusillade, les destitutions ne pouvant produire assez d’effet sur le moral des mameluks [3] .
La Saint-Barthélémy fut un grand crime, même pour le temps; mais, je le répète, un massacre au XVIème siècle n’est point le même crime qu’un massacre au XIXème . Ajoutons que la plus grande partie de la nation y prit part, de fait ou d’assentiment: elle s’arma pour courir sus aux huguenots, qu’elle considérait comme des étrangers et des e
La Saint-Barthélémy fut comme une insurrection nationale, semblable à celle des Espagnols en 1809; et les bourgeois de Paris, en assassinant des hérétiques, croyaient fermement obéir à la voix du ciel.
Il n’appartient pas à un faiseur de contes comme moi de do
A-t-on bien compris les causes qui ont amené ce massacre? A-t-il été longuement médité, ou bien est-il le résultat d’une détermination soudaine ou même du hasard?
À toutes ces questions, aucun historien ne me do
Ils admettent comme preuves des bruits de ville et de prétendues conversations, qui ont bien peu de poids quand il s’agit de décider un point historique de cette importance.
Les uns font de Charles IX un prodige de dissimulation; les autres le représentent comme un bourru, fantasque et impatient. Si, longtemps avant le 24 août, il éclate en menaces contre les protestants… preuve qu’il méditait leur ruine de longue main; s’il les caresse… preuve qu’il dissimulait.
Je ne veux citer que certaine histoire qui se trouve rapportée partout, et qui prouve avec quelle légèreté on admet tous les bruits les moins probables.
Environ un an avant la Saint-Barthélémy, on avait déjà fait, dit-on, un plan de massacre. Voici ce plan: on devait bâtir au Pré-aux-Clercs une tour en bois; on aurait placé dedans le duc de Guise avec des gentilshommes et des soldats catholiques, et l’Amiral avec les protestants aurait simulé une attaque, comme pour do
Pour moi, je suis fermement convaincu que le massacre n’a pas été prémédité, et je ne puis concevoir que l’opinion contraire ait été adoptée par des auteurs qui s’accordent en même temps pour représente Catherine comme une femme très méchante, il est vrai, mais comme une des têtes les plus profondément politiques de son siècle.
Laissons de côté la morale pour un moment, et examinons ce plan prétendu sous le point de vue de l’utilité. Or, je soutiens qu’il n’était pas utile à la cour, et de plus qu’il a été exécuté avec tant de maladresse, qu’il faut supposer que ceux qui l’ont projeté étaient les plus extravagants des hommes.
Que l’on examine si l’autorité du roi devait gagner ou perdre à cette exécution, et si son intérêt était de la souffrir.
La France était divisée en trois grands partis: celui des protestants, dont l’Amiral était le chef depuis la mort du prince de Condé; celui du roi, le plus, faible, et celui des Guises ou des ultra-royalistes du temps.
Il est évident que le roi, ayant également à craindre des Guises et des protestants, devait chercher à conserver son autorité en tenant ces deux factions aux prises. En écraser une, c’était se mettre à la merci de l’autre.
Le système de bascule était dès lors assez co
Maintenant examinons si Charles IX était dévot; car une dévotion excessive aurait pu lui suggérer une mesure opposée à ses intérêts. Mais tout a
[1] Perso
[2] Ne peut-on pas étendre cette règle jusqu’aux individus? et le fils d’un voleur, qui vole, est-il aussi coupable qu’un homme éduqué qui fait une banqueroute frauduleuse?
[3] Cette préface a été écrite en 1829.
[4] On a cité comme un trait de dissimulation profonde, un mot de Charles IX, qui ne me parait au contraire qu’une boutade grossière d’un homme fort indifférent en matière de religion. Le pape faisait des difficultés pour do