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– S’il guérit, dit-elle, tu auras le double de ce que je viens de te do
– Ayez bo
– Ah! Camille, s’il allait mourir!
– Tranquillisez-vous; les esprits sont cléments, les astres nous protègent, et le dernier sacrifice du bélier noir a favorablement disposé l’Autre .
– Je t’apporte ce que j’ai eu tant de peine à me procurer. Je l’ai fait acheter à un des archers qui ont dépouillé le cadavre.
Elle tira quelque chose de dessous son manteau, et Mergy vit briller la lame d’une épée. La vieille la prit, et l’approcha de la flamme pour l’examiner.
– Grâce au ciel, la lame est sanglante et rouillée! Oui, son sang est comme celui du basilic du Cathay, il laisse sur l’acier une trace que rien ne peut effacer.
Elle regardait la lame, et il était évident que la dame voilée éprouvait une émotion extraordinaire.
– Vois, Camille, comme le sang est près de la poignée. Ce coup est peut-être mortel.
– Ce sang n’est pas celui du cœur; il guérira.
– Il guérira?
– Oui, mais pour être atteint d’une maladie incurable.
– Quelle maladie?
– L’amour.
– Ah! Camille, dis-tu vrai?
– Eh! quand ai-je manqué à dire la vérité? quand mes prédictions se sont-elles trouvées en défaut? Ne vous avais-je pas prédit qu’il sortirait vainqueur du combat? Ne vous avais-je pas a
– Il est vrai.
– Vous-même, n’avez-vous point percé au cœur l’image de son adversaire, dirigeant ainsi les coups de l’homme pour qui j’ai employé ma science?
– Oui, Camille, j’ai percé au cœur l’image de Comminges; mais on dit que c’est d’un coup à la tête qu’il est mort.
– Sans doute, le fer a frappé sa tête; mais, s’il est mort, n’est-ce pas que le sang de son cœur s’est coagulé?
La dame voilée parut écrasée par la force de ses argument. Elle se tut. La vieille arrosait d’huile et de baume la lame de l’épée, et l’enveloppait de bandes avec le plus grand soin.
– Voyez-vous, Madame, cette huile de scorpion, dont je frotte cette épée, est portée par une vertu sympathique dans la plaie de ce jeune homme. Il ressent les effets de ce baume africain, comme si je le versais sur sa blessure; et, s’il me prenait envie de mettre la pointe de l’épée rougir dans le feu, le pauvre malade sentirait autant de douleur que s’il était brûlé vif.
– Oh! garde-t’en bien!
– Un certain soir j’étais au coin du feu, fort occupée à frotter de baume une épée, afin de guérir un jeune gentilhomme à qui elle avait fait deux affreuses plaies à la tête. Je m’endormis sur ma tâche. Tout d’un coup le laquais du malade vint frapper à ma porte; il me dit que son maître souffrait mort et passion, et qu’à l’instant où il l’avait quitté il était comme sur un brasier ardent. Savez-vous ce qui était arrivé? L’épée, par mégarde, avait glissé et la lame était en ce moment sur les charbons. Je la retirai aussitôt, et je dis au laquais qu’à son retour son maître se trouverait tout à fait à son aise. En effet, je plongeai tout aussitôt l’épée dans de l’eau glacée avec un mélange de quelques drogues, et j’allai visiter mon malade. En entrant, il me dit:
«- Ah! ma bo
Elle acheva le pansement de l’épée, et dit d’un air satisfait:
– Voilà qui est bien. Maintenant je suis sûre de sa guérison, et dès à présent vous pouvez vous occuper de la dernière cérémonie.
Elle jeta quelques pincées d’une poudre odoriférante sur la flamme, et prononça des mots barbares en faisant des signes de croix continuels. Alors la dame prit l’image de cire d’une main tremblante, et la tenant au-dessus du réchaud, elle prononça ces paroles d’une voix émue:
– De même que cette cire s’amollit et se brûle à la flamme de ce réchaud, ainsi, ô Bernard Mergy, puisse ton cœur s’amollir, et brûler d’amour pour moi !
– Bien. Voici maintenant une bougie verte, coulée à minuit, suivant les règles de l’art. Demain allumez-la devant l’autel de la Vierge.
– Je le ferai; mais, malgré toutes tes promesses, je suis horriblement inquiète. Hier j’ai rêvé qu’il était mort.
– Étiez-vous couchée sur le côté droit ou sur le gauche?
– Sur… sur quel côté a-t-on des songes véritables?
– Dites-moi d’abord sur quel côté vous dormez. Je le vois, vous voudriez vous abuser vous-même, et vous faire illusion.
– Je dors toujours sur le côté droit.
– Rassurez-vous, votre songe n’a
– Dieu le veuille!… Mais il m’est apparu tout pâle, sanglant, enveloppé dans un linceul…
En parlant ainsi elle tourna la tête, et vit Mergy debout à l’une des entrées du bosquet. La surprise lui fit pousser un cri si perçant, que Mergy lui-même en fut éto
Un peu mortifié d’avoir laissé échapper une si belle proie, il regagna sa chambre à tâtons, et se jeta sur son lit. Toutes les pensées lugubres étaient ba
Il l’ouvrit, et lut ces mots:
«Cavalier, l’ho
Quelques instants après la vieille entra pour lui apporter un bouillon. Elle portait ce jour-là, contre son usage, un chapelet à gros grains pendu à sa ceinture. Sa peau, soigneusement lavée, n’offrait plus l’apparence du bronze, mais d’un parchemin enfumé. Elle marchait à pas lents et les yeux baissés, comme une perso
Mergy crut que, pour pratiquer plus méritoirement la vertu que le billet mystérieux lui recommandait, il devait avant tout s’instruire à fond de ce qu’il devait taire à tout le monde. Tenant le bouillon à la main, et sans laisser à la vieille Marthe le temps de gagner la porte:
– Vous ne m’aviez pas dit que vous vous nommiez Camille?
– Camille?… Je m’appelle Marthe, mon bon monsieur… Marthe Micheli, dit la vieille, affectant d’être fort surprise de la question.
– Eh bien! soit; vous vous faites appeler Marthe par les hommes; mais c’est sous le nom de Camille que vous co
– Les esprits!… Doux Jésus! que voulez-vous dire?
Elle fit un grand signe de croix.
– Allons, point de feintises avec moi; je n’en dirai rien à perso
– La dame qui?…
– Allons, ne répétez pas tout ce que je dis, et parlez franchement. Foi de gentilhomme! Je ne vous trahirai pas.
– En vérité, mon bon monsieur, je ne sais ce que vous voulez dire.
Mergy ne put s’empêcher de rire de la voir prendre un air éto
– Tenez, bo
– Hélas! mon gentilhomme, en vérité, en vérité, je ne comprends rien à ce que vous me dites.