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XII – MAGIE BLANCHE

Ces hommes armés de hallebardes étaient des soldats du guet, dont une troupe se tenait toujours dans le voisinage du Pré-aux-Clercs pour être à portée de s’entremettre dans les querelles qui se vidaient d’ordinaire sur ce terrain classique des duels. Suivant leur usage, ils s’étaient avancés fort lentement, et de manière à n’arriver que lorsque tout était fini. En effet, leurs tentatives pour rétablir la paix étaient souvent fort mal reçues; et plus d’une fois on avait vu des e

– Mon cher ami, dit Béville en se tournant vers Mergy, le conseil que j’ai à vous do

– La blessure n’est rien, dit George; dans trois jours elle sera fermée. Mais Comminges a des parents à Paris, et je crains qu’ils ne pre

– Ah! oui! il y a bien une mère qui par convenance se croira obligée de poursuivre notre ami. Bah! fais demander sa grâce par Mr de Châtillon, le roi l’accordera aussitôt: le roi est comme une cire molle sous les doigts de l’Amiral.

– Je voudrais, s’il était possible, dit alors Mergy d’une voix faible, je voudrais que l’Amiral ne sût rien de tout ce qui vient de se passer.

– Pourquoi donc? Croyez-vous que la vieille barbe grise sera fâchée d’apprendre de quelle gaillarde manière un protestant vient de dépêcher un catholique?

Mergy ne répondit que par un profond soupir.

– Comminges était assez co

– Comme il est toujours désagréable de passer quelques heures sous les verrous de la justice, reprit Béville, je vais mener ton frère dans une maison où l’on ne s’avisera pas de le chercher. Il y sera parfaitement tranquille en attendant que son affaire soit arrangée; car je ne sais si en sa qualité d’hérétique il pourrait être reçu dans un couvent.

– Je vous remercie de votre offre, Monsieur, dit Mergy; mais je ne puis l’accepter. Je pourrais vous compromettre en le faisant.

– Point, point, mon très cher. Et puis ne faut-il pas faire quelque chose pour ses amis? La maison où je vous logerai appartient à un de mes cousins, lequel n’est pas à Paris dans ce moment. Elle est à ma disposition. Il y a même quelqu’un à qui j’ai permis de l’habiter, et qui vous soignera: c’est une vieille fort utile à la jeunesse et qui m’est dévouée. Elle se co

– Eh bien, dit le capitaine, nous le conduirons dans cette maison aussitôt après que maître Ambroise aura mis le premier appareil.

En parlant ainsi, ils abordèrent à la rive droite. Après avoir guindé Mergy sur un cheval, non sans quelque peine, ils le conduisirent chez le fameux chirurgien, puis de là dans une maison isolée du faubourg Saint-Antoine, et ils ne le laissèrent que le soir, couché dans un bon lit, et recommandé aux soins de la vieille.

Quand on vient de tuer un homme, et que cet homme est le premier que l’on tue, on est tourmenté pendant quelque temps, surtout aux approches de la nuit, par le souvenir et l’image de la dernière convulsion qui a précédé sa mort. On a l’esprit tellement préoccupé d’idées noires, qu’on peut à grand’peine prendre part à la conversation la plus simple; elle fatigue et e

Une nuit, oppressé par la chaleur étouffante (c’était au mois de juillet), il voulut sortir de sa chambre pour se promener et respirer l’air dans un jardin planté d’arbres, au milieu duquel était située la maison. Il mit un manteau sur ses épaules et voulut sortir; mais il trouva que la porte de sa chambre était fermée à clef en dehors. Il pensa que ce ne pouvait être qu’une méprise de la vieille qui le servait; et comme elle couchait loin de lui, et qu’à cette heure elle devait être profondément endormie, il jugea tout à fait inutile de l’appeler. D’ailleurs sa fenêtre était peu élevée; au bas la terre était molle, pour avoir été fraîchement remuée. En un instant il se trouva dans le jardin. Le temps était couvert; pas une étoile ne montrait le bout de son nez, et de rares bouffées de vent traversaient de temps en temps, et comme avec peine, l’air chaud et lourd. Il était environ deux heures du matin, et le plus profond silence régnait aux environs.

Mergy se promena quelque temps absorbé dans ses rêveries. Elles furent interrompues par un coup frappé à la porte de la rue. C’était un coup de marteau faible et comme mystérieux, celui qui frappait paraissant compter que quelqu’un serait aux écoutes pour lui ouvrir. Une visite dans une maison isolée, à pareille heure, avait de quoi surprendre. Mergy se tint immobile dans un endroit sombre du jardin, d’où il pouvait tout observer sans être vu. Une femme, qui ne pouvait être autre que la vieille, sortit sur-le-champ de la maison, une lanterne sourde à la main; elle ouvrit, et quelqu’un entra couvert d’un grand manteau noir garni d’un capuchon.

La curiosité de Bernard fut vivement excitée. La taille et, autant qu’il en pouvait juger, les vêtements de la perso

La vieille commença par allumer quelque chose qui brûla aussitôt dans un réchaud placé au milieu de la table en répandant une lumière pâle et bleuâtre, comme celle de l’esprit-de-vin mêlé avec du sel. Elle éteignit ensuite ou cacha sa lanterne, de sorte qu’à la lueur tremblotante qui sortait du réchaud, Mergy aurait pu difficilement reco

– Eh bien, Camille, dit à voix basse la dame voilée, il va mieux, me dis-tu?

Cette voix fit tressaillir Mergy.

– Un peu mieux, Madame, répondit la vieille, grâce à notre art. Pourtant, avec ces lambeaux et aussi peu de sang qu’il y en a sur ces compresses, il m’a été difficile de faire grand’chose.

– Et que dit maître Ambroise Paré?

– Lui, cet ignorant! qu’importe ce qu’il dit? Moi, je vous assure que la blessure est profonde, dangereuse, terrible, et que ce n’est que par les règles de la sympathie magique qu’elle peut guérir; mais il faut souvent sacrifier aux esprits de la terre et de l’air… et pour sacrifier…

La dame la comprit aussitôt.