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Ils eurent rejoint la chasse en un instant.

Le cerf s’était d’abord lancé au milieu d’un étang, d’où l’on avait eu quelque peine à le débusquer. Plusieurs cavaliers avaient mis pied à terre, et, s’armant de longues perches, avaient forcé le pauvre animal à reprendre sa course. Mais la fraîcheur de l’eau avait achevé d’épuiser ses forces. Il sortit de l’étang haletant, tirant la langue et courant par bonds irréguliers. Les chiens, au contraire, semblaient redoubler d’ardeur. À peu de distance de l’étang, le cerf, sentant qu’il lui devenait impossible d’échapper par la fuite, parut faire un dernier effort, et, s’acculant contre un gros chêne, il fit bravement tête aux chiens. Les premiers qui l’attaquèrent furent lancés en l’air, éventrés. Un cheval et son cavalier furent culbutés rudement. Hommes, chevaux et chiens, rendus prudents, formaient un grand cercle autour du cerf, mais sans oser en venir à portée de ses andouillers menaçants.

Le roi mit pied à terre avec agilité, et, le couteau de chasse à la main, tourna adroitement derrière le chêne, et d’un revers coupa le jarret du cerf. Le cerf poussa une espèce de sifflement lamentable, et s’abattit aussitôt. À l’instant vingt chiens s’élancent sur lui. Saisi à la gorge, au museau, à la langue, il était tenu immobile. De grosses larmes coulaient de ses yeux.

– Faites approcher les dames! s’écria le roi.

Les dames s’approchèrent; presque toutes étaient descendues de leurs montures.

– Tiens, parpaillot ! dit le roi en plongeant son couteau dans le côté du cerf, et il tourna la lame dans la plaie pour l’agrandir.

Le sang jaillit avec force, et couvrit la figure, les mains et les habits du roi.

Parpaillot était un terme de mépris dont les catholiques désignaient souvent les calvinistes. Ce mot et la manière dont il était employé déplurent à plusieurs, tandis qu’il fut reçu par d’autres avec applaudissement.

– Le roi a l’air d’un boucher, dit assez haut, et avec une expression de dégoût, le gendre de l’Amiral, le jeune Téligny.

Des âmes charitables, comme il s’en trouve surtout à la cour, ne manquèrent pas de rapporter la réflexion au monarque, qui ne l’oublia pas.

Après avoir joui du spectacle agréable des chiens dévorant les entrailles du cerf, la cour reprit le chemin de Paris. Pendant la route, Mergy raconta à son frère l’insulte qu’il avait reçue et la provocation qui en avait été la suite. Les conseils et les remontrances étaient inutiles, et le capitaine lui promit de l’accompagner le lendemain.