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– Le sang et l'oxygène n'alimentent plus convenablement son cerveau. Elle ne pourra plus penser et va vivre comme un légume. Ça peut encore durer longtemps et elle pourra même avoir encore pendant des a

Il me faisait marrer, avec cette façon qu'il avait de répéter «ça ne pardo

– Mais c'est pas le cancer, n'est-ce pas?

– Absolument pas. Tu peux être tranquille. C'était quand même une bo

me suis mis à chialer. Ça me faisait vachement plaisir qu'on évitait le pire. Je me suis assis dans l'escalier et j'ai pleuré comme un veau. Les veaux ne pleurent jamais mais c'est l'expression qui veut ça.

Le docteur Katz s'est assis à côté de moi sur l'escalier et il m'a mis une main sur l'épaule. Il ressemblait à Monsieur Hamil par la barbe.

– Il ne faut pas pleurer, mon petit, c'est naturel que les vieux meurent. Tu as toute la vie devant toi.

Il cherchait à me faire peur, ce salaud-là, ou quoi? J'ai toujours remarqué que les vieux disent "tu es jeune, tu as toute la vie devant toi», avec un bon sourire, comme si cela leur faisait plaisir.

Je me suis levé. Bon je savais que j'ai toute ma vie devant moi mais je n'allais pas me rendre malade pour ça.

J'ai aidé le docteur Katz à descendre et je suis remonté très vite pour a

– Ça y est, Madame Rosa, c'est maintenant sûr, vous avez pas le cancer. Le docteur est tout à fait définitif là-dessus.

Elle a eu un immense sourire, parce qu'elle a presque plus de dents qui lui restent. Quand Madame Rosa sourit, elle devient moins vieille et moche que d'habitude car elle a gardé un sourire très jeune qui lui do

Le soir on a ouvert la bouteille de Champagne que Monsieur N'Da Amédée nous avait offerte pour fêter que Madame Rosa n'avait pas le pire e

– Madame Rosa, bientôt, vous irez en Normandie, Monsieur N'Da Amédée va vous do

Madame Rosa disait toujours que les vaches étaient les perso

– Et à part ça, qu'est-ce qu'il t'a dit, le docteur? Je vais mourir?

– Pas spécialement, non, Madame Rosa, il m'a pas dit spécialement que vous allez mourir plus qu'un autre.

– Qu'est-ce que j'ai?

– Il n'a pas compté, il a dit qu'il y avait un peu de tout, quoi.

– Et mes jambes?

– Il m'a rien dit spécialement pour les jambes, et puis vous savez bien que c'est pas avec les jambes qu'on meurt, Madame Rosa.

– Et qu'est-ce que j'ai au cœur?

– Il a pas insisté.

– Qu'est-ce qu'il a dit pour les légumes?

J'ai fait l'i

– Comment, pour les légumes?

– J'ai entendu qu'il disait quelque chose pour les légumes?

– Il faut bouffer des légumes pour la santé, Madame Rosa, vous nous avez toujours fait bouffer des légumes. Des fois même vous ne nous avez fait bouffer que ça.

Elle avait les yeux pleins de larmes et je suis allé chercher du papier cul pour les torcher.

– Qu'est-ce que tu vas devenir sans moi, Momo?

– Je vais rien devenir du tout et puis c'est pas encore compté.

– Tu es un beau petit garçon, Momo, et c'est dangereux. Il faut te méfier. Promets-moi que tu vas pas te défendre avec ton cul.

– Je vous promets.

– Jure-le-moi.

– Je vous jure, Madame Rosa. Vous pouvez être tranquille de ce côté.

– Momo, rappelle-toi toujours que le cul, c'est ce qu'il y a de plus sacré chez l'homme. C'est là qu'il a son ho

– Je sais, Madame Rosa, c'est un métier de bo

On est resté comme ça une heure à se tenir la main et ça lui faisait un peu moins peur.

Monsieur Hamil voulut monter la voir quand il a appris que Madame Rosa était malade, mais avec ses quatre-vingt-cinq ans sans ascenseur, c'était hors la loi. Ils s'étaient bien co

Je me disais que ce serait une bo

– Vous voyez comme elle était belle, Madame Rosa, avant les événements. Vous devriez vous marier. Bon, je sais, mais vous pourrez toujours regarder la photographie pour vous rappeler d'elle.

– Je l'aurais peut-être épousée il y a cinquante ans, si je la co

– Vous vous seriez dégoûtés l'un de l'autre, en cinquante ans. Maintenant, vous pourrez même plus bien vous voir et pour vous dégoûter l'un de l'autre, vous n'aurez plus le temps.

Il était assis devant sa tasse de café, il avait posé sa main sur le Livre de Victor Hugo et il paraissait heureux parce que c'était un homme qui ne demandait pas cher.

– Mon petit Mohammed, je ne pourrais pas épouser une Juive, même si j'étais encore capable de faire une chose pareille.

– Elle n'est plus du tout une Juive ni rien, Monsieur Hamil, elle a seulement mal partout. Et vous êtes tellement vieux vous-même que c'est maintenant à Allah de penser à vous et pas vous à Allah. Vous êtes allé Le voir à La Mecque, maintenant c'est à Lui de se déranger. Pourquoi ne pas vous marier à quatre-vingt-cinq ans, quand vous risquez plus rien?

– Et que ferions-nous quand nous serions mariés?

– Vous avez de la peine l'un pour l'autre, merde. C'est pour ça que tout le monde se marie.

– Je suis beaucoup trop vieux pour me marier, disait Monsieur Hamil, comme s'il n'était pas trop vieux pour tout.

Je n'osais plus regarder Madame Rosa, tellement elle se détériorait. Les autres mômes s'étaient fait retirer, et quand il y avait une mère pute qui venait pour discuter pension, elle voyait bien que la Juive était en ruine et elle voulait pas lui laisser son môme. Le plus terrible, c'est que Madame Rosa se maquillait de plus en plus rouge et des fois elle faisait du racolage avec ses yeux et des trucs avec ses lèvres, comme si elle était encore sur le trottoir. Alors là c'était trop, je ne voulais pas voir ça. Je descendais dans la rue et je traînais dehors toute la journée et Madame Rosa restait toute seule à racoler perso