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IV L’ÂME D’UN POÈTE

Nous laisserons maintenant ces divers perso

Et nous prierons le lecteur de vouloir bien nous accompagner à Paris où les faits et gestes de divers autres perso

Et enfin, des deux inséparables qui avaient nom: Crébillon et Noé Poisson.

Si le bienveillant lecteur y consent, c’est justement à ces deux dignes amis que nous avons affaire pour le moment.

Donc, que devenaient Noé Poisson et Crébillon depuis l’enlèvement de Jea

Lorsque le carrosse emportant Mme d’Étioles au trot de ses deux vigoureux chevaux se fut ébranlé vers la route de Versailles, Noé Poisson, pâle, mais fier d’avoir aidé à sauver celle qu’il appelait sa fille, avait dit à son ami Crébillon:

– La voilà sauvée!… Ouf!… Nous avons eu du mal!…

Le poète avait murmuré:

– Sauvée? Qui sait?…

Puis il était rentré dans son logis après avoir échangé une poignée de main avec son ami Poisson.

Ce dernier, calme et tranquille comme le dieu de la sérénité, s’était éloigné de son côté.

Pendant quelques jours, le digne Noé se tint en repos dans son taudis de la rue de la Huchette: il avait de l’argent. Mais lorsque l’argent lui fit défaut, il se souvint tout à coup qu’il avait quelque part une femme, sa chère et tendre Héloïse, qui le houspillait un peu plus que de raison, mais qui consentirait peut-être à garnir son gousset vide, ce qui lui permettrait d’étancher la soif qui le talo

D’ailleurs il n’avait pas revu Crébillon et le poète lui manquait. Et puis… ne fallait-il pas recevoir les félicitations de sa femme? Si sa fille Jea

Tout cela ne méritait-il pas une récompense? Et quelle plus belle récompense que quelques beaux louis d’or frappés à l’effigie du Bien-Aimé? voire, à défaut, quelques écus?

Et si Héloïse, son acariâtre moitié, se montrait rétive, lui, Noé, irait trouver M. de Tournehem ou M. d’Étioles: que diable! le père et le mari de Jea

Telles furent les réflexions de maître Poisson, lorsqu’il s’aperçut qu’il n’avait plus un sou vaillant.

Noé quitta donc la rue de la Huchette, et, sans tituber, étant à jeun, se dirigea incontinent vers le quai des Augustins, c’est-à-dire vers l’hôtel d’Étioles où Héloïse avait élu domicile.

Il fit une entrée qu’il pensait être imposante et majestueuse, ce qui n’empêcha nullement la matrone de lui faire un accueil plutôt rébarbatif: Héloïse, depuis la disparition de Jea

– Te voilà! s’écria-t-elle, ivrogne, sac à vin! D’où viens-tu? Tu as bu tout ton argent et tu viens en demander d’autre?

Noé se bourra le nez de tabac, se grandit, se gonfla, et répondit, très calme:

– J’ai bu, en effet, tout l’argent que j’avais; mais sachez, madame, que tout ivrogne que je suis, vous me devez de la considération, je dirai même plus, du respect…

– Ouais!… grommela Héloïse, il faut que tu sois à jeun pour tenir des propos aussi dénués de sens.

– Je suis à jeun en effet, avoua en soupirant le triste Noé, mais, je sais néanmoins ce que je dis, ma mie, et je maintiens ce que j’ai avancé. Car enfin ce n’est pas vous, je pense, qui avez arraché notre fille Jea

Héloïse sursauta… Est-ce qu’elle allait enfin savoir…

– Un danger? fit-elle palpitante. Jea

– Simplement ceci: que Jea

– Jea

– Qui?… M. Berryer en perso

– M. Berryer t’a dit?… Oh! Oh! pensa la matrone, que veut dire ceci? Et de quoi diable le Berryer s’est-il mêlé?

Puis, tout haut, elle ajouta:

– Et c’est toi qui as sauvé Jea

– Moi-même, ici présent, répondit l’ivrogne, avec une modestie pleine de jactance.

– Comment? Raconte-moi cela. Raconte vite et bien… N’oublie aucun détail si tu veux que je te garnisse ta bourse!

Alors Noé fit à sa femme, dans tous ses détails, le récit de l’enlèvement de Mme d’Étioles en ayant bien soin d’insister sur le rôle que lui, Noé, avait joué dans cette affaire.

L’ivrogne pensait que plus il do

Héloïse Poisson était une intrigante dénuée de tout scrupule, qui avait placé sur Jea

Il est vrai qu’elle ne savait rien depuis la visite qu’elle avait faite à la tireuse de cartes à laquelle elle avait dicté toutes les réponses faites à Jea

Il est vrai qu’elle avait vainement parcouru Paris en tous sens.

Mais, maintenant, elle réfléchissait, et là où son imbécile de mari n’avait rien vu, elle lisait, elle, à jeu ouvert.

Elle suivait, par la pensée, tout le complot auquel Noé avait i

En rapprochant le récit de Noé de ses observations perso

Et qui sait? certains faits qui lui revenaient à la pensée le lui faisaient croire, le roi lui-même avait peut-être prêté les mains à cet enlèvement.

Le roi lui-même!…

La matrone tressaillit de joie à cette pensée.

Jea

Jea

Jea

Aussi la joie, l’orgueil l’étouffant, elle laissa éclater son secret et apprit à Noé, satisfait, roulant des yeux effarés, éblouis, ce qu’elle pensait être la vérité.

– Poisson, mon ami, ajouta-t-elle en terminant, notre fortune est assurée maintenant.

– Le roi!… c’était le roi!… murmurait Noé, et je l’ai aidé!…

– Sans t’en douter, il est vrai!

– Corbleu! voilà qui va faire plaisir à Crébillon, songeait Noé; je cours lui a

Et, avec l’insouciance des ivrognes, Noé, pas méchant homme au fond, mais cerveau obscurci et âme oblitérée, Noé, qui n’avait guère le sens du fas et nefas, s’écria:

– C’est fort heureux pour nous, en effet, car j’espère bien maintenant que tu ne me refuseras pas quelques louis.

Tout Noé était dans ces mots.

Héloïse, cette fois, se montra généreuse.

– Tiens, dit-elle, prends… et surtout pas un mot à perso

Et la matrone tendit à son époux une bourse gonflée que celui-ci engouffra prestement dans une de ses poches.