Страница 12 из 93
Mais qu’ils eussent pénétré pour l’enfermer, elle!… C’était bien invraisemblable! Et pourtant, ils l’avaient enfermée!
Oh!… il n’y avait à cela qu’une explication, une terrible explication.
C’est que la maison où l’avait conduite d’Assas leur appartenait à eux!… C’est qu’ils n’avaient pas eu besoin d’y pénétrer! C’est qu’au contraire, ils l’y avaient attendue!…
Mais alors… d’Assas… oh! non, non! mille fois non!
Elle se fût arraché le cœur plutôt que de le soupço
Brisée de fatigue et d’épouvante, la tête perdue dans cet inextricable fourré de mystères touffus comme une sombre forêt, Jea
Presque aussitôt, elle se renversa sur le canapé: incapable de résister plus longtemps à la fatigue physique et morale, elle ferma les yeux, peut-être évanouie ou peut-être endormie.
En tout cas, si elle s’évanouit, le sommeil succéda sans secousse à l’évanouissement, et elle demeura plongée dans cette torpeur jusque vers quatre heures de l’après-midi…
Vers ce moment-là, les yeux encore fermés, elle crut apercevoir le pas rapide et léger d’une femme qui allait et venait. Elle entendit le bruit de la vaisselle que l’on place sur une table, des verres qui se choquent.
Elle crut avoir rêvé!
Il lui sembla qu’elle n’avait pas quitté la maison des quinconces et que c’était sa femme de chambre qu’elle entendait.
– Suzon, murmura-t-elle, est-ce toi?…
En même temps, elle ouvrit les yeux: ce n’était pas Suzon. Elle n’était pas dans la petite maison des quinconces…
Toute la réalité lui revint d’un coup.
La femme qu’elle avait entendue était une jolie soubrette qui disposait la table pour un déjeuner.
Jea
– Je crois que madame a bien reposé…
– Qui êtes-vous? demanda Jea
– Comment! madame ne me reco
Jea
Est-ce qu’on allait chercher à la rendre folle!…
Elle fit bo
– Je reco
L’inco
Puis elle reprit:
– Je puis assurer à madame que je m’appelle Suzon. Je lui affirme de plus que je ne suis pas sa geôlière et que je suis ici simplement pour la servir. Ainsi, par exemple, si madame a faim…
Elle eut un geste engageant vers la table toute dressée.
C’était cette table même où elle avait soupé en face du chevalier!
– Mais on veut donc me garder ici priso
– Oh! non, madame… pas priso
– Je puis donc sortir en ce cas?… Je puis donc m’en aller?…
– Pas aujourd’hui, madame!… Il y aurait du danger pour madame si elle nous quittait aujourd’hui… Madame ferait bien de ne pas se tourmenter et de se mettre à table.
Jea
Mais elle marcha rapidement à la soubrette et lui prit les deux mains:
– Tu t’appelles Suzon?…
– Oui, madame…
– Eh bien! Suzon, écoute-moi… Veux-tu…
Elle s’interrompit, palpitante.
– Je suis toute disposée à faire tout ce qui pourra être agréable à madame, fit la soubrette.
– Veux-tu gagner vingt mille livres? fit Jea
– Si je le veux, Seigneur! Une pauvre fille comme moi!… Vite, que madame me dise ce qu’il faut faire!
– Ouvre-moi la porte, voilà tout!
– Oh! s’écria la soubrette avec désespoir, madame se moque de moi!…
– Cinquante mille livres! dit Jea
– Quel malheur, mon Dieu, quel malheur que je ne puisse!…
– Cent mille livres!…
– Mais, madame, vous m’offririez un million que je ne pourrais pas le gagner!
– Pourquoi! Oh! pourquoi?
– Mais… parce que je suis enfermée avec madame, voilà tout!
– Cessez, madame, d’essayer de séduire cette fille: Suzon est incorruptible.
Ces paroles furent prononcées par une voix derrière Jea
Jea
Jea
Cet homme, elle ne l’avait ni vu ni entendu entrer!…
Par où, comment, sans bruit, avait-il pénétré dans cette pièce!…
Qui était cet homme?…
Stupéfaite, épouvantée, elle l’examina tandis qu’il faisait un geste à Suzon, ou du moins à celle qui prétendait se nommer ainsi.
La soubrette disparut aussitôt dans une pièce voisine dont la porte se referma.
L’homme, entre deux âges, avait une figure grave et fière. Il portait avec une hautaine élégance le somptueux costume des seigneurs de l’époque.
Son épée de parade s’enrichissait de diamants à la poignée.
Il portait sous le bras son chapeau, et, dès que la soubrette se fut éloignée, il s’inclina respectueusement.
Cet homme qui apparaissait ainsi sous le costume d’un nouveau perso
Il n’avait plus cette physionomie modeste et même humble qu’il prenait avec les vêtements bourgeois.
Lorsqu’elle eut fini d’examiner l’inco
– Qui êtes-vous, monsieur? demanda-t-elle avec cette harmonieuse dignité qui lui seyait si bien.
– Madame, dit M. Jacques, mon nom importe peu ici. Ce qui importe, c’est que vous soyez rassurée sur mes intentions à votre égard. Nous avons à causer, madame, et je voudrais que vous puissiez me faire l’ho
– Pourtant, monsieur, je me vois ici priso
– C’est ce dont je vais avoir à répondre, madame, et j’espère m’en tirer à mon ho
– Inutile, monsieur, dit Jea
– Trempez au moins un biscuit dans ces deux doigts de vin d’Espagne.
En même temps, avec une bo
Jea
Et en effet, elle se trouva toute réconfortée, un peu de rose reparut sur ses joues pâles.
– Je suis prête à vous entendre et à vous répondre.
– Je commence donc par m’excuser, madame, de la pénible nécessité où je me suis trouvé de vous garder ici malgré vous. Me pardo
– J’attends donc, monsieur, que vous m’expliquiez pourquoi vous me séquestrez. Je ne sais si je vous pardo