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POST SCRIPTUM
Et bien entendu, infoutue tu fus de respecter les règles que tu t'étais prescrites à l'origine de ce projet. Ce n'est plus même clinamen, c'est déflexion maximale…
Te croyais-tu vraiment capable de mener ce que l'on appelle une vie régulière et te plier à une dactylographie métronomique, aux heures sobres du matin? Tant que tu ne t'es pas laissée aller à ta pente qui est depuis toujours d'écrire la nuit, ton projet demeura aux limbes. Il serait ho
Quant à écrire chaque jour ou même chaque nuit, belle espérance… De ton vice cardinal, la procrastination, comptais-tu te corriger si aisément? Il n'avait pas fallu une semaine avant de te lasser toi-même. A chaque jour suffirait sa femme? Non point. Il y a tant de livres que tu n'as pas lus encore et que tu convoites de feuilleter… L'écriture et les femmes attendraient bien encore un peu… Chateaubriand te tenait éveillée jusqu'à point d'heure, et les matins que tu avais dédiés à ton devoir d'écriture te trouvaient au lit avec un homme mort il y a plus de cent ans. Tu aurais dû te livrer à des orgies d'écriture pour rattraper le temps perdu à te coucher si tard que tu peux de bo
Mieux: tu as abando
Et quant à faire des phrases simples… Vœu pieux. Même en parlant, tu n'y arrives pas. Tu effleures une idée et hop! ne peux te retenir d'embrasser d'un coup d'œil un vaste paysage de détours et de reliefs que ta phrase ne pourra se refuser au plaisir d'étreindre tout entier, enfilant ses perspectives ou sinuant selon ses méandres.
Pour combler la mesure de ton peu de foi, par-delà les promesses (mais étaient-ce des promesses que faisait cet ante scriptum? des prédictions, des a
Celle-ci en particulier, qui devrait suffire à faire vaciller l'édifice entier: dans la série de ces nuits, il y en a une, au moins une, qui est une fiction. Et tu ne diras pas laquelle.
Cherchez la fiction.
C'est un tour dont tu te délectais par avance. Car si l'un de ces exercices de mémoire est feint, et qu'on ne sache lequel, comment les lire dès lors? De chacun, le statut et l'interprétation sont suspendus indéfiniment, et de leur série entière, l'abord incertain. Comment les (re)lirez-vous dès lors, lectrice? Comme fable ou comme histoire? Et quel enseignement sur la nature des désirs ici évoqués?
Mais c'est un tour dont la délibération n'a pas été sans t'obliger à quelque réflexion. Comment construirais-tu une telle fiction?
Te suffirait-il de relire et examiner les séquences d'authentique remémoration pour en discerner les tours et pouvoir ainsi mimer la forme et le mouvement? Vieux procédé d'accréditation. Ne risquais-tu pas de te trahir alors par une familiarité trop accusée? Il se pouvait que le résultat de ce mimétisme prît l'aspect d'un quasi-pastiche. Il se pouvait aussi que cette section risquât de ressembler à chacune des autres – qui entre elles ne se ressembleraient pas toutes – par quelque trait de famille.
Tu pouvais aussi incliner à la chimère et recoller des fragments de souvenirs d'origines différentes. Do
Tu pouvais encore, puisque ta mémoire est tout autant des figures de ta culture et de tes lectures, plutôt que dans le cours de l'écrire laisser venir à toi et se révéler l'emblème qui do
Mais sait-on vraiment, de l'invraisemblable coïncidence ou de l'implacable consistance, ce qui signe ou la fiction ou le récit?
La prudence voulait, quoi qu'il en soit, que de ces diverses méthodes d'engendrer de la fiction, on mêlât les moyens et les stratégies: l'impur serait ton principe.
Restait, le cycle de ces exercices à peu près mené à bout (demeurant bien en deçà certes de ce que tu t'étais fixé, de ces trente jours ou nuits, car vraiment, quand une fois la raison qui t'avait déterminée à ce terme fut devenue caduque, qu'importait que des nuits il y en eût eu trente ou treize ou vingt et une? puisqu'il s'était agi d'aller à l'encontre de ton idéal de littérature, de ton ambition esthétique de l'œuvre intégralement calculée, pourquoi ne pas se laisser mener par son plaisir, ou son absence de plaisir, à continuer, à reprendre, à avancer…), restait la question la plus délicate à délibérer: que faire de ce petit tas de phrases? Etait-il bien raiso
Ne risquais-tu pas, quelles que fussent tes précautions, si tu publiais ces exercices, de blesser telle ou telle qui se reco
N'avais-tu pas pris soin que l'abstraction de tes récits fût telle qu'elle interdît l'identification certaine de leurs sujets? Tu as même poussé la précaution jusqu'à crypter les initiales qui les désignent. Cela était simple: replacés dans l'ordre chronologique de leur événement dans ta vie, ces souvenirs t'offraient une suite de lettres à laquelle tu as appliqué un chiffre très classique. (Ainsi, leur référence, si elle est couverte par le secret, n'en est pas moins objective. Chiffrer n'est point, en premier ressort, feindre; bien au contraire, l'application du chiffre n'est-elle pas destinée stratégiquement à assurer l'authenticité – autant que le secret – du message?) Ensuite, la clause par laquelle tu jetais la suspicion fictio
[P.P.S.: Une de mes proches lectrices m'a fait cette remarque: quid de celles qui ne se retrouveront pas dans ces nuits? L'omission ne risque-t-elle pas de blesser, elle aussi? Ma seule excuse en ce cas – s'il devait s'avérer – serait d'invoquer ma paresse, son vagabondage désordo
Ne blessais-tu pas, par ailleurs, ta propre pudeur et, par extension, celle de tes proches (la pudeur est-elle jamais chose individuelle?) à raconter ces choses qu'avec raison la morale ordo
La parade est simple. Tu n'oublieras pas de recommander à ceux qui t'aiment de ne point jeter les yeux sur ce livre. C'est un livre que tu ne destines qu'à tes adversaires, ou encore aux inco