Страница 19 из 22
Ultimément, tu agis comme si la chose était réelle et ressentie, et comme si tu parlais encore avec elle que tu as cru co
Et tout cela, cette dissection interminable des ombres, trop psychologique et naïf encore de ta part.
Une petite écharde cynique et banale te point dans tes odyssées mentales, instillant à l'animal janséniste et contemplatif ce soupçon que le monde n'est qu'un champ de bataille où se déploient les intérêts, les luttes et les ruses stratégiques de l'ambition et de la puissance, inauthentique de part en part, l'authenticité n'étant que l'ultime fiction déployée par l'inauthentique pour mieux t'aider à t'abuser, et que ce que tu crois délicatesse morale ou penchant intérieur et souverain n'est que fonction (ou écran) de ton impuissance à poursuivre les seuls biens réels qui soient, ici et maintenant, et que tu n'as pas la vertu de désirer sans scrupule car te fait défaut le courage de reco
Parfois Y* te manque.
Un matin, dans un taxi qui t'emportait vers un aéroport, vers une gare, vers un amphi de cours – la radio branchée sur quelque programme culturel t'apporta sa voix, la voix nue, enchanteresse de Y* qu'il te sembla jamais n'avoir entendue encore dans sa nudité, dans ses harmoniques, dans ses inflexions, son spectre, la fulguration érotique d'un désir sans histoire et sans espoir.
Tu songes à la simplicité qu'il y aurait eu à l'appeler, la rencontrer dans quelque jardin discret, café obscur. T'apparaît peut-être la figure de ce que tu désirais: la ravir à son milieu, comme s'il était possible de la dépouiller de ces traits que sans doute l'adaptation à ce monde, dans la sorte de compétition darwinie
Où dénouer le fil du désir. Rêver des nuits. Errer encore parmi les ombres.
[Nuit 9]