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Elle avait donc une incroyable histoire à te raconter. Toutes ses histoires sont incroyables. *** a la passion de l'hyperbole, et ses hyperboles ne manquent jamais de te faire sourire et plaisir. Elles t'offrent le loisir de jouer et plaider la modération sage. Tu fais l'ange.
L'histoire était, de fait, purement romanesque. Revenue (elle vivait maintenant à N.Y. tout proche) sur le campus rendre visite à des amis d'une promotion immédiatement après la sie
Tu plaisantas un peu de cette déclaration qui te parvenait par ricochet et surprise. Tu t'enquis du nom de ton admiratrice. *** l'ignorait, c'était une rencontre de hasard, a friend of a friend. Tout cela très lointain. Une description peut-être? Mais il faisait nuit et la voiture était obscure et tout le monde empilé au retour d'une sortie. L'histoire incroyable, c'est qu'une inco
So, what are you go
*** te jugeait bien sévère. L'inco
Ridicule.
Et de fait, tu riais beaucoup, assise par terre sur le parquet au milieu de ton living-room parfaitement vide et zen où tu répétais tous les jours tes katas et t'infligeais quelques étirements, quelques pompes. La conversation téléphonique glissa à d'autres histoires incroyables et se termina sur ta profession d'incrédulité.
Tu avais cependant de la curiosité. Tu passas cette nuit-là en revue mentalement avant de t'endormir les participantes de ce cours de self-defense for women. Tentas de te ressouvenir d'événements qui eussent pu trahir à l'interprétation rétrospective le sentiment dont il avait été fait aveu si hyperbolique (mais peut-être l'hyperbole était-elle le fait de la narratrice et non du perso
Puis tu n'y pensas plus jusqu'au moment, deux ou trois jours après, de te changer pour te rendre au gymnase. Tu te changeais toujours dans ton bureau, évitant ainsi à ta pudeur la promiscuité des vestiaires. Tu avais plaisir aussi à marcher comme cela en kimono sous les arbres du campus. C'était habiter le lieu d'une certaine manière, faire mieux que simplement le traverser comme on est condamné à traverser par exemple les universités françaises. Tu compris ce soir-là en te dépouillant de tes habits et en revêtant ton uniforme que ce rituel avait eu aussi pour fonction de te do
Ce cours de self-defense était une bien intéressante affaire. On s'y battait sous la direction d'une sensei très remarquable: petite, pas mince, noire élevée dans le Bronx, vivant dans le Bronx, ceinture noire de jiu-jitsu, et merveilleusement capable d'inspirer de la combativité et du courage aux plus timorées des jeunes filles bien élevées qui formaient une part importante de la classe.
Vert paradis de féminisme sympathique, aux méthodes pragmatiques: on y disséquait toutes les situations d'agression qui se peuvent rencontrer, que la visée en fût la bourse, la vertu ou la vie. Analyser, inventer les parades. Mimer l'affrontement s'il était la seule stratégie jouable. A tour de rôle, chacune se faisait victime ou agresseur. Le corps à corps était franc mais plein de prévenance et de précautions. Au point qu'en fin de semestre et pour confronter sa classe à des situations plus musculeuses et des adversaires moins délicats, sensei invitait l'équipe de football américain de l'université à venir servir d'agresseurs.
Voilà à quoi, trois fois par semaine, tu allais t'entraîner. Et après que *** t'eut révélé l'incroyable histoire, tu t'y rendis avec une trépidation supplémentaire et une conscience redoublée. Chaque femme qui t'abordait (car on faisait tourner les partenaires pour varier les poids, les tactiques et les morphologies) pour s'offrir en victime à tes violences ou en perpétratrice, tu la regardais comme une adversaire, une partenaire mais aussi comme la possible inco
Dans ta quête pour discerner, pour deviner parmi ces corps lequel était habité de désir à ton endroit, il arriva que pour toi tous leurs gestes, mouvements, contacts s'érotisèrent. Tu assaillais tour à tour ces corps successifs avec tendresse, tu t'offrais à leurs entreprises avec curiosité. Tu te rendais à présent aux entraînements comme on se rend à un rendez-vous amoureux. Sensation de légèreté physique, perspective du vertige. Et pourtant, ton soupçon non plus que ton désir diffus ne se fixait jamais sur aucun corps. L'inco
Tu n'as jamais su qui était l'inco
[Nuit 2]