Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 85 из 187

Sous le regard de Catherine, Alice, vacillante, se ployait en arrière, comme pour fuir une effroyable vision.

La lutte fut terrible et courte.

Alice se renversa, tomba, pantelante, sans que la fascinatrice l’eût touchée.

Catherine mit un genou à terre.

Et sa voix rauque, éraillée, jaillit non comme une question, mais comme une affirmation définitive:

– Tu l’aimes!…

L’espio

– Je ne le co

Puis elle s’évanouit.

Catherine tira de son aumônière un flacon de cristal qu’elle déboucha avec précaution. Elle le fit respirer à la jeune fille. L’effet fut immédiat. Une secousse violente galvanisa Alice. Elle ouvrit les yeux. Son visage se couvrit d’une abondante sueur.

– Debout! gronda la reine.

Alice de Lux obéit. Tandis qu’elle se relevait, Catherine reprenait sa place dans son fauteuil.

En même temps, son visage, prodigieusement habile à prendre toutes les expressions, redevenait paisible et serein. Ses yeux s’adoucirent, non degrés, mais en un instant. Un sourire erra sur ses lèvres. Et sa voix se fit caressante:

– Que vous arrive-t-il donc, mon enfant? Êtes-vous à ce point fatiguée? Ou bien, auriez-vous perdu dans ce dernier voyage ces belles qualités d’énergie et de force morale que j’admirais en vous? Voyons, parlez-moi sans crainte… dites-moi toute votre pensée… vous savez bien, au fond, que je vous aime assez pour subir un peu vos caprices…

Elle eut un haussement d’épaules tout affectueux. Elle était d’une admirable bonhomie.

Alice de Lux demeura un instant suspendue entre deux abîmes: la terreur d’une supercherie possible, l’espoir que la reine, par affection, par caprice, par politique peut-être, la ménagerait.

Les juges d’instructions et les gens de police, lorsqu’ils veulent arracher à leur priso

Coupable ou i

Ce hideux travail du juge d’instruction ou du policier consiste à faire passer le prévenu, en un laps de temps aussi bref que possible, par des états d’âme aussi antithétiques et aussi violemment opposés que possible. Tel serait, par exemple, le bourgeois aisé, de fortune moye

Ce travail porte un nom d’argot aussi hideux et ignoble dans sa basse expression que le travail lui-même.

Cela, s’appelle «cuisiner» un prévenu.

Or, le bon jeune homme qui après avoir somnolé sur des livres de droit, après cinq ou six ans de brasserie, après enfin ce qui constitue les études, passe ses examens, et à qui dès lors, l’abominable organisation sociale confère le droit redoutable de l’inquisiteur, ce bon jeune homme, disons-nous, lorsqu’il s’admire de cuisiner son prévenu, doit bien se mettre dans la tête qu’il n’a rien inventé – pas même cela!… Ces affreuses coutumes nous vie

C’est à ce travail que se livra Catherine de Médicis. Elle se mit à cuisiner l’espio

– Voyons, reprit la reine avec son bon sourire, avouez-moi que vous êtes fatiguée… Eh! mon Dieu, je comprends cela, moi! Je vous demandais un dernier service, voilà tout. Si cela dépasse vos forces, ne croyez pas au moins que j’en profite pour rétracter mes promesses. Non, non, Alice, je vous tiens en estime et en affection particulières parmi toutes mes filles d’ho

Alice étudiait avec une attention passio

Une chose lui paraissait sinon certaine du moins très probable: c’était cette affection de Catherine. Et puis, la reine était vraiment naturelle; il fut impossible à l’espio

– Oh! madame, s’écria-t-elle en joignant les mains, si Votre Majesté daignait m’y autoriser!…

– T’autoriser? À quoi? Voyons, tâche d’être claire et précise. Tu sais que je n’ai pas de temps à perdre.

Ce mouvement d’impatience bougo

– Eh bien, oui, dit-elle d’une voix tremblante, je suis fatiguée… au-delà de ce que Votre Majesté pourrait supposer. Tout à l’heure, entraînée par le désir de vous plaire, et aussi par la certitude que cet effort serait le dernier, je vous promettais de m’ingénier encore à… séduire la perso

– Ainsi, ce n’était pas le nom de l’homme qui te faisait pâlir? demanda la reine.

Alice se raidit.

– Le nom de cet homme?… mais je l’ai déjà oublié, Majesté!… celui-là ou un autre… qu’importe!

Elle prononça ces paroles avec une véhémence qui eût suffi pour prouver qu’elle mentait, s’il eût été besoin d’une preuve.

– Non, continua-t-elle, ce n’est pas l’homme qui me fait horreur (elle crut avoir trouvé un décisif moyen de dépister la reine), pourquoi me ferait-il horreur? Je ne le co

En parlant ainsi, la malheureuse se mit en effet à pleurer.

Catherine hochait doucement la tête.

– Pauvre petite, murmura-t-elle comme à part soi, comme elle a l’air de souffrir! C’est de ma faute, aussi… j’aurais dû m’apercevoir que cette enfant aspirait à une vie de calme…

L’espio

– Oui, Majesté! c’est cela… une vie de calme! Votre Majesté est une grande reine!…

– Comment! Tu m’as entendue?

– Que Votre Majesté me pardo

– Relève-toi donc, interrompit la reine, cela me chagrine de te voir à mes pieds comme une suppliante, comme une… criminelle…

Alice eut l’imperceptible soupçon que Catherine lui préparait un mauvais coup. Mais ce soupçon s’évanouit aussitôt lorsqu’elle entendit la reine continuer:

– Ainsi, c’est ton congé que tu veux, ma petite Alice?

– Si Votre Majesté voulait me l’accorder, dit Alice en se relevant, je lui en serais reco