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– Mais, madame, observa timidement l’espio

– Oui; je l’espère, du moins… mais garde-toi bien d’en parler. Oublie tout ce que je t’ai dit… Tu sais ce qui attend les malheureux qui me trahissent… Oh! c’est pour te prévenir seulement… j’ai confiance en toi… eh bien, quel mal vois-tu à ce que Jea

– Au Louvre, madame?

– Oui! au Louvre! J’y compte bien.

– Mais si elle me voit, madame?… Ne vaudrait-il pas mieux, pour Votre Majesté surtout, et puis un peu pour moi aussi, que la reine de Navarre ne me vit point? Si Votre Majesté y consentait, je m’éloignerais pour quelques temps… six mois… un an… d’ailleurs, je pourrais me tenir en correspondance avec vous, madame…

– Tu as raison… il ne faut pas que Jea

La joie qu’éprouva l’espio

Joie de courte durée! Déjà Catherine continuait:

– Tu ne te montreras donc pas au Louvre. D’ailleurs, pour la mission que je te réserve, il n’est pas nécessaire que tu y paraisses… mais tu ne quitteras point Paris, et nous correspondrons simplement… Tu continueras à habiter ta maison de la rue de la Hache. Tous les soirs, tu me feras parvenir le résultat de tes observations. Voici comment… Tu me suis bien, n’est-ce pas?

– Oui, Majesté! dit Alice avec accablement.

– Tu as vu le nouvel hôtel que je me suis fait bâtir? Tu as vu la tour?… Eh bien, la première ouverture du bas de la tour est presque à hauteur d’homme. Cette ouverture est barrée de deux barreaux; mais il y a place pour passer la main; tous les soirs, tu viendras jeter là tes petites missives; et lorsque j’aurai quelque ordre à te faire parvenir, une main te tendra le billet que tu auras à lire. Tu as bien compris tout cela?

– Oui, Majesté! répéta Alice avec ce même désespoir concentré.

– Très bien. Maintenant, sois attentive. D’abord, je vais t’a

– Votre Majesté dit-elle vrai! s’écria Alice dans un élan de joie.

– Très vrai, mon enfant. Je te jure qu’après ce dernier… service que tu auras rendu à la royauté, tu seras entièrement libre.

– Oh! madame! fit Alice en tremblant.

– Tu seras libre: je t’en fais le serment sur ce Christ qui nous écoute! Mais moi, je ne me considérerai pas comme libre vis-à-vis de toi. Je t’enrichirai, Alice. D’abord, tu peux compter que tu seras inscrite sur la cassette royale pour une pension de douze mille écus. Ensuite, j’ai sept ou huit hôtels dans Paris, tu choisiras celui que tu voudras, et je te le do

Alice, par un prodigieux effort de volonté, parvint à ne témoigner ni approbation ni improbation, et à demeurer très indifférente en apparence devant ce projet.

– Donc, reprit Catherine, complètement rassurée, je te trouve quelque beau gentilhomme qui t’aimera, que tu aimeras… Vous habitez à votre guise Paris ou la province; vous venez ou vous ne venez pas à la Cour; enfin, vous êtes entièrement libres, et toi, ma fille, tu es non seulement libre, mais heureuse, riche, enviée… et tiens, mon enfant, voici les bijoux que tu mettras le jour de ton mariage!

En disant ces mots, Catherine souleva le deuxième compartiment du coffret aux bijoux.

La troisième rangée apparut.

Elle était éblouissante.

Là, maintenu par de légères agrafes d’or, serpentait un collier de diamants vraiment digne d’une souveraine pour un jour de sacre. Aux quatre angles du compartiment, s’emboîtaient quatre bracelets massifs, dont chacun laissait voir une perle grosse presque comme une noisette! Les intervalles des bracelets au collier étaient occupés par des bagues et des pendants d’oreille incrustés de saphirs; enfin, au centre de l’espace occupé par le collier, était placée une agrafe composée de deux monstrueuses émeraudes semblables à deux yeux glauques qui eussent cherché à fasciner la jeune fille.

Alice n’éprouvait qu’une sorte d’horreur pour ces bijoux qui jadis exerçaient sur elle une irrésistible tentation.

Elle jeta un coup d’œil sur cet étalage de somptueux joyaux; les émeraudes, les yeux maudits qui la regardaient avec une funeste ironie la firent frisso

– Oh! madame, il n’est pas possible que vous me destiniez une aussi magnifique récompense…

Et, en elle-même, la malheureuse songea:

«La dernière honte! La dernière infamie! Et après, je serai libre!… libre!… ô mon amant!… ô toi qui m’as régénéré par la douleur, l’amour, le désespoir!…»

Et la reine, de son côté, pensait:

«Hum! qu’a-t-elle donc?… Le troisième compartiment lui-même ne l’émeut pas?… Nous verrons tout à l’heure ce qu’elle dira devant le quatrième et dernier!…»

Alors, elle reprit à demi-voix comme si, dans son cynisme, elle eût éprouvé tout de même quelque embarras.

– Ainsi, c’est convenu, n’est-ce pas? Maintenant, la mission, la voici… Fais-y bien attention, mon enfant, ceci est d’une exceptio

– Oui madame, dit Alice avec une certaine fermeté.

– L’homme, reprit la reine d’une voix qui siffla, comme dans le silence des bois sifflent les vipères, l’homme est à Paris; c’est mon e

– Son nom! demanda Alice.

– Le comte de Marillac! répondit Catherine de Médicis.

Le nom réso

La minute qui suivit l’instant où il fut prononcé fut pour elle une de ces inoubliables minutes où l’âme a le vertige, où tout semble s’effondrer dans la conscience, où l’esprit le plus ferme s’envole au hasard de la démence comme un oiseau blessé qui tournoie au souffle de l’ouragan dans les airs en délire…

Livide, agitée d’un tremblement convulsif, crampo

Mais Catherine, en cet instant, l’avait profondément étudiée… devinée peut-être…

Car elle se leva et marcha sur l’espio

Alice la vit venir comme l’oiseau fasciné peut voir venir le reptile qui va le dévorer…

La reine la prit par la main. Elle serra furieusement cette main et d’une voix rauque à force de vouloir demeurer calme:

– Tu co

Un instant, elle eut l’idée de tomber aux pieds de la reine. Elle se retint, et répondit:

– Non!…

Il lui eût été impossible de prononcer une autre parole.

– Et moi, je dis que tu le co

Farouche, obstinée, éperdue, cherchant en vain à rassembler une idée, elle ne trouva à répondre que son mot qu’elle jeta dans un spasme:

– Non!…

Catherine demeura une minute penchée sur l’espio

L’instant fut tragique.

Ces deux têtes, l’une admirable de beauté, mais décomposée par l’angoisse, l’autre violente, sinistre, avec des yeux fulgurants, ces deux têtes qui se touchaient presque, do