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XXII L’AUBERGE DE MAREIL

Au cri qu’elle poussa, le cavalier se retourna vivement: c’était Déodat. En apercevant Alice immobile et comme pétrifiée, il pâlit, se leva précipitamment, courut à elle et lui saisit la main.

– Quoi! Alice! fit-il d’une voix ardente. Je ne rêve pas. C’est bien vous! Vous au moment où mon âme était noyée de tristesse à la pensée d’une longue séparation! Oh! je ne suis donc pas tout à fait maudit, puisque je vous revois!

Il parlait avec une sorte de fièvre, dans la stupeur d’une joie telle qu’il ne songeait même pas à se demander pourquoi et comment elle était là.

Il l’avait entraînée vers la grande flamme claire du foyer, l’avait fait asseoir, et il tenait ses mains dans les sie

– Oh! mais vous êtes glacée… Vous tremblez, Alice… Vos mains sont froides… Rapprochez-vous… là… plus près du feu… Quoi! C’est vous! C’est vous! Oh! dites-le moi… Pourquoi tremblez-vous ainsi? Comme vous êtes pâle! Comme vous paraissez fatiguée…

«Que vais-je lui dire! songeait-elle.»

– Chère adorée! Au moment où je vous ai vue, là, debout contre cette porte, je songeais: C’est fini! Jamais je ne la reverrai! Nous sommes séparés pour toujours!… Et vous voilà! Vous êtes là!…

«Oh! sanglota-t-elle au fond d’elle-même, que dire! qu’inventer!…»

Et son silence, maintenant, éto

Elle se taisait. Pourquoi?…

Eh! pardieu! Est-ce qu’elle ne devait pas être effarée de son audace? Quoi! cette jeune fille avait quitté la reine de Navarre pour le rejoindre, accomplissant ainsi un acte qui la compromettait à jamais, qui la perdait! Et il était assez ridicule pour se demander les raisons de sa pâleur, de son angoisse, de son silence!

Il est vrai qu’ils s’aimaient, qu’ils s’étaient juré leur foi, qu’ils s’étaient fiancés!

Mais tout de même une enfant, une pure et chaste enfant comme Alice ne court pas après un homme – fût-il son fiancé! – sans en éprouver un émoi profond!

Ah! comme il regrettait, à cette heure, de n’avoir pas confié cet amour à la reine de Navarre!… Elle eût consolé sa douce fiancée, la bo

Et le jeune homme, maintenant, ne savait comment témoigner à la bien-aimée tout le respect dont son âme était pleine, en même temps que la gratitude qui débordait de son cœur.

Il serra ses deux mains avec plus de timidité.

– Alice! murmura-t-il.

Elle ferma à demi les yeux.

«Voici l’horrible minute! songeait-elle. Oh! mourir! avant que mes lèvres se desserrent!…»

– Alice, reprit-il, et sa voix prenait des inflexions d’une infinie caresse, je vais vous ramener à Saint-Germain auprès de la reine… Puisse-t-elle ne pas être partie encore…

Elle fut agitée d’une profonde secousse et leva sur lui des yeux égarés.

– Alice, chère Alice, cher ange de ma triste vie, en vain je chercherais des paroles capables de vous remercier de ce que vous venez de faire… Si jamais j’avais été assez misérable pour douter de votre amour, quelle preuve plus magnifique et plus adorable eussiez-vous pu m’offrir que celle de cette sublime confiance qui vous a poussée à partir parce que je partais!… Oh! Alice… comment reco

Les yeux de la jeune fille s’emplirent d’un éto

Et au fond de cet éto

Prudente jusqu’au bout, elle continua pourtant de garder le silence.

– Mais ce que vous avez fait, Alice, reprenait-il doucement, il faut que nul ne le sache… Venez… il en est temps encore… venez, ma chère âme… dans une demi-heure, nous serons à Saint-Germain… et nous dirons tout à la reine… puis je reprendrai mon chemin, et vous m’attendrez, paisible, confiante…

Alice, alors, parla.

Elle venait de trouver ce qu’il fallait dire.

Et, la tête baissée, la voix tremblante, elle murmura:

– La reine est partie…

– Partie!… s’écria le jeune homme en frappant ses mains l’une contre l’autre.

– Elle est bien loin, maintenant!…

Il y eut un silence. Marillac, profondément troublé, contemplait avec un inexprimable attendrissement Alice de Lux qui, maintenant, se remettait un peu.

En effet, la foudre était écartée pour un moment.

Pour quelques heures ou quelques jours, l’explication redoutable était écartée par le seul fait que le comte croyait à un coup de tête amoureux de la jeune fille: acte de folie, soit, mais qu’il ne pouvait blâmer.

Ce fut donc elle qui reprit:

– J’ai profité du moment même où Sa Majesté allait monter dans sa voiture pour m’éloigner… j’ai entendu qu’on m’appelait, qu’on me cherchait… puis j’ai vu le carrosse partir dans la nuit.

– Ceci est un grand malheur, dit le comte. Oh! comprenez-moi, Alice. Pour moi, vous demeurez la pure et noble fiancée que vous êtes, l’élue de mon cœur; et je vous chérirais davantage, si c’était possible, pour votre généreuse folie… Mais que va-t-on dire? Que va penser la reine?

Alice leva sur le jeune homme la flamme veloutée de son regard.

Puis ses lourdes paupières aux longs cils noirs se baissèrent. Et elle murmura:

– Que m’importe ce qu’on pourra dire ou penser, puisque je vous ai vu… Je ne pouvais supporter l’idée d’une plus longue séparation… et lorsque je vous ai vu prendre le chemin de Paris, une force irrésistible m’a poussée à me mettre en route, moi aussi… Ô mon ami… ne me renvoyez pas…

En parlant ainsi, Alice de Lux paraissait bouleversée. Elle l’était réellement. Seulement, ce n’était ni l’émoi de l’amour ni le trouble de la pudeur. C’était son mensonge qui la bouleversait. Et c’était aussi les suites de ce mensonge.

Mais Déodat ne vit que l’explosion de l’amour. Son cœur se gonfla d’admiration passio

– Pardon, Alice, oh! pardon! s’écria-t-il dans le ravissement de son âme. Vous êtes plus grande, plus fière, plus généreuse que moi, et je ne mérite pas d’être aimé d’une fille telle que vous. Oh! à cette minute où vous me do

Il s’était relevé.

Debout, les bras croisés, le front baissé comme sous le poids de lourds souvenirs, sa haute silhouette vivement éclairée d’un côté par la flamme du foyer, tandis que l’autre demeurait dans l’ombre, il apparaissait comme un de ces êtres que la destinée a choisis pour les grandes passions, pour les existences orageuses.

Et elle, assise, la tète levée, le contemplait avec une sorte de farouche admiration.

Ils oubliaient tous les deux qu’ils se trouvaient au fond de cette pauvre auberge de paysans.

Ils ne s’inquiétaient pas de savoir si on les écoutait, si on les regardait.

C’était une de ces minutes inoubliables, terribles et suprêmement délicieuses où l’amour éclate dans toute sa rayo

Alors, il semble que le ciel va s’entrouvrir pour laisser voir l’éternel et sublime spectacle du bonheur absolu, et en ce moment même, les yeux n’osent se lever vers ce ciel de peur d’y trouver la tempête et la foudre.

Et elle était belle, cette espio

Elle était belle de sa beauté fatale, belle aussi de l’amour immense, pur, sincère, qui brûlait son cœur!

Oui! pour la haïr ou la plaindre, attendons de la co

Le fils de Catherine de Médicis, debout devant l’espio