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Mais déjà la reine s’était faite impénétrable. Oui, Jea
– Vous ne me dites rien, madame, reprit Marillac tout pâle. De grâce, que pensez-vous?…
Dans son angoisse, la reine trouva soudain un prétexte à ne pas répondre aussitôt, et elle dit sans sévérité:
– Il faut que vous soyez bien troublé, comte; pour la première fois, vous interrogez votre reine!
– Ah! pardon, madame, bégaya le comte en s’inclinant si bas qu’on eût dit qu’il allait s’agenouiller.
Cet instant de répit suffit à Jea
– Vous êtes pardo
– Je vous en supplie, Majesté…
– Eh bien, je n’en pense rien en ce moment. Je la co
Le comte comprit que la reine était troublée. Pourquoi hésitait-elle? Elle, la franchise incarnée.
Un frémissement le secoua.
– Madame, s’écria-t-il, au risque de paraître oublier encore toute convenance, c’est une question qui m’est encore sur mes lèvres. Ah! pardo
Jea
– Madame, reprit-il avec plus d’ardeur, si Votre Majesté ne me répond pas, c’est qu’elle condamne ma fiancée…
– Je n’ai rien contre Alice de Lux, dit Jea
Mais ce mensonge fut dit d’une voix si basse que Marillac, plus que jamais, eut l’intuition de la catastrophe qu’il attendait, pour ainsi dire. Il se ramassa, prêt à lutter, prêt à arracher à la reine son secret. Et livide, il prononça:
– Ce que je vais dire est peut-être un sacrilège. C’est sans doute un crime de lèse-majesté. Je me maudis, madame, mais je commets le crime, dussé-je me poignarder tout à l’heure pour avoir osé suspecter votre parole sacrée…
Il tomba à genoux.
– Madame, acheva-t-il, ayez pitié d’un malheureux qui vous porte dans son cœur, qui n’a que vous au monde, pour qui vous êtes famille, amitié, affection, tout!… Madame, votre parole ne me suffit pas… c’est un serment qu’il me faut… Jurez-moi que vous venez de dire la vérité!…
Jea
Et voilà que la passion débordante du malheureux jeune homme ne lui laissait même pas le temps de respirer. Il fallait répondre à l’instant… répondre par un serment! Et elle voyait Déodat si parfaitement, si profondément passio
– Comte, dit-elle avec une fermeté irrésistible, relevez-vous et écoutez-moi.
Le comte se releva, chancelant. Il était comme ivre. Un flot de sueur froide coulait sur son front.
– Comte de Marillac, reprit la reine avec ce même ton d’autorité souveraine, je vais vous do
Un rauque sanglot se brisa dans la gorge du jeune homme.
Et pourtant, il était tout heureux de ce délai que lui imposait la reine.
– Où est Alice de Lux? demanda la reine.
– À Paris, répondit le comte d’une voix presque inintelligible. Rue de la Hache. La maison à porte verte, près de la nouvelle tour…
– C’est bien, dit Jea
– Madame! balbutia le comte avec une poignante angoisse.
– Nous partirons ensemble, reprit la reine. Vous prendrez le commandement de mon escorte. Allez, comte… préparez-vous à m’accompagner…
Le jeune homme sortit en titubant… Dehors, il respira péniblement, s’arrêta quelques minutes…
«Mais, rugit-il au fond de lui-même, il y a donc une vérité sur Alice? Quelque chose que j’ignore? D’où vient cette croyance? Qui m’autorise à supposer ces insanités? Allons donc, que s’est-il passé? Rien?… La reine ne co
Il jeta autour de lui des regards sanglants. Celui qui lui eût cherché querelle à ce moment eût été un homme mort.
«Il n’y a rien, se répéta-t-il. Il ne peut rien y avoir.»
En même temps, la conviction s’enracinait en lui, qu’il y avait «quelque chose». Et ce fut la crainte d’apprendre ce quelque chose plus encore que celle de déplaire à la reine, qui le décida à s’éloigner.
«Ce qui est étrange, continua-t-il à songer en marchant, c’est que les deux seuls amis à qui j’aie parlé d’elle, ont eu des réserves mystérieuses. Voici Pardaillan, par exemple. Il ne la co
Ainsi, ce malheureux se tourmentait et se débattait en vain contre le doute. Il se mit à hurler en lui-même:
«Je ne veux pas la soupço
Dans les âmes généreuses, la révolte contre le doute prend de ces formes violentes et vaines. Dans l’esprit de Marillac, l’attitude de Pardaillan et de la reine devenaient de ces preuves qui ne savent pas ce qu’elles doivent prouver, mais qui sont des preuves d’autant plus terribles.
Il rentra, brisé par la fatigue morale plus encore que par la fatigue physique, dans l’hôtellerie où il était descendu, et dormit quelques heures d’un sommeil de plomb.
Lorsqu’il se présenta à la reine de Navarre, celle-ci put juger des ravages qui s’étaient faits dans l’esprit de Marillac. Ses traits s’étaient durcis. Sa parole était devenue brève et rauque.
«Que va-t-il devenir lorsqu’il saura! songea la reine. Et faut-il qu’il sache?…»
Elle évita soigneusement de parler d’Alice et do
– Nous allons à Blois, dit-elle en terminant. Puisque Charles me do
Le comte s’inclina sans répondre et sortit pour s’occuper, avec une activité fébrile, des préparatifs du départ.
Trois heures plus tard, Jea