Страница 163 из 187
XLV JEANNE D’ALBRET
Au moment où le comte de Marillac se mit en route pour accomplir la mission de confiance que lui avait do
Jea
Elle avait imaginé un plan aussi simple que hardi, et qui comportait deux actions simultanées.
Il consistait à réunir sous les murs de La Rochelle tout ce qu’il y avait de protestants en France décidés à risquer un grand coup pour conquérir la liberté de conscience, c’est-à-dire non seulement le droit de penser autrement que les catholiques, mais l’existence civile dans un pays où ils étaient exclus de toutes les charges et de tous les emplois.
En un mot, elle jugeait que l’heure était venue de vaincre ou de mourir.
Une fois cette armée réunie et organisée, elle en prendrait le commandement elle-même et marcherait droit sur Paris.
Telle était la première action du plan.
La deuxième consistait à tenter dans l’intérieur même de Paris un coup de main qui devait coïncider avec l’apparition de Jea
Ce coup de main, c’était l’enlèvement du roi Charles IX que l’on eût transporté au camp des réformés.
Coligny, Condé, Henri de Béarn devaient prendre les devants, s’installer dans Paris et y préparer l’enlèvement.
Trois ou quatre cents protestants devaient, par petites troupes ou même isolément, entrer dans la capitale de Charles IX et occuper peu à peu tout le côté de la ville situé entre le Louvre et les fossés Montmartre.
Telle était la deuxième action du plan.
La résultante de ces deux combinaisons, la voici:
Jea
Au même instant, la porte Montmartre eût été attaquée du dehors.
Jea
Voilà dans son ensemble le plan de la guerrière. On peut dire qu’il était réellement inspiré par le désespoir, et il est impossible d’affirmer qu’il n’eût pas réussi.
Quoi qu’il en soit, on a vu que ce plan avait reçu dans Paris un commencement d’exécution; Henri de Béarn, Condé et Coligny n’avaient pas hésité à y entrer secrètement; ils y étudiaient la possibilité d’enlever Charles IX et cherchaient à gagner à leur cause ceux des catholiques tolérants qu’indignaient les persécutions et la mauvaise foi montrée par Catherine après la paix de Saint-Germain.
Les choses en étaient là, lorsque Jea
La lettre venait de Charles IX et lui était apportée par un gentilhomme du roi.
En substance, Charles IX assurait la reine de Navarre de sa bo
Pendant quelques jours, Jea
Elle avait simplement dit à l’envoyé du roi qu’elle ferait tenir une réponse.
Voilà où en étaient les choses lorsque, le soir du seizième jour après son départ de Paris, le comte de Marillac arriva en vue de La Rochelle.
Son cœur battit à la pensée qu’il allait revoir là reine.
Mais nous devons dire que cette émotion venait surtout des résolutions qu’il avait prises pendant la route.
Le comte avait pour Jea
Or, les seize journées de route monotone qu’il venait d’accomplir, il les avait passées à se demander comment la reine de Navarre accueillerait son idée de mariage avec Alice de Lux.
Quand il y songeait, il ne voyait pas quelle objection la reine pourrait bien faire à ce mariage.
Mais, pour la première fois, il éprouvait de ces vagues inquiétudes qui semblent nous prévenir des catastrophes proches et qui sont comme des frissons d’âme.
Qu’était-ce en effet qu’Alice de Lux?
Qui le savait au juste?
D’où venait-elle? Qu’était-elle venue faire à la cour de Jea
Jusqu’alors, aucune de ces questions ne s’était nettement présentée à son esprit. Il aimait ou plutôt, comme nous l’avons expliqué, il adorait Alice sans la discuter, ce qui est le propre même de l’adoration.
Maintenant qu’il se trouvait en présence d’une résolution précise, il lui fallait des arguments précis pour le cas où Jea
Il faut noter ici que jamais le comte n’avait interrogé Alice. Il eût cru la renverser du piédestal où il l’avait mise s’il lui avait posé une seule question sur son passé. Qu’est-ce en effet qu’une question, sinon la forme hypocrite du soupçon? Et qu’est-ce que le soupçon, sinon le doute, c’est-à-dire, au fond, la conviction inavouable que la femme aimée est indigne – inavouable jusqu’au moment où elle s’affirme avec violence, et où il ne saurait plus être question d’amour, mais de vanités blessées.
Le comte de Marillac n’était et ne pouvait être jaloux. Il était inquiet, voilà tout: inquiet non pas de ce qu’il penserait, lui, d’Alice; mais de ce qu’en penserait la reine. Que savait-il d’Alice de Lux?
Un jour, il l’avait trouvée non loin de sa voiture brisée, là-bas, dans les montagnes de Béarn. Il l’avait conduite à la reine. Alice avait dit qu’elle fuyait Catherine de Médicis. Voilà en quelques mots tout ce qui était co
Quant à sa famille, le comte s’en inquiétait peu. Alice eût été de roture qu’il lui eût peu importé. Alice, d’ailleurs, était de bo
Donc, le comte de Marillac était violemment agité en entrant dans la ville de La Rochelle. Il s’informa aussitôt de la maison où logeait la reine.
Lorsque Marillac se trouva en présence de Jea
– Vous voilà donc, mon cher enfant, dit doucement la reine émue. J’espère qu’aucun événement fâcheux ne vous ramène parmi nous…
– Non, madame… au contraire.
Jea
– Sa Majesté le roi de Navarre est en parfaite santé, madame, et aucun danger ne le menaçait à l’heure où j’ai quitté Paris. J’en dirai autant de monsieur l’amiral et de monsieur le prince.
– C’est mon fils qui vous envoie? demanda la reine visiblement soulagée d’une grosse inquiétude.
– Non, madame, fit Déodat. Je vous suis député par madame Catherine qui a pris soin de m’accréditer auprès de Votre Majesté.
En même temps, il tira de son pourpoint la lettre de Catherine de Médicis et, mettant un genou à terre, la tendit à Jea
– Vous avez donc vu la mère du roi de France? demanda Jea
– Je l’ai vue, madame, et voici en quelles étranges circonstances.
Marillac fit un récit fidèle et circonstancié de son entrevue avec Catherine, en tout ce qui concernait les propositions de paix et de mariage. Il énuméra les garanties offertes. La reine écouta avec une attention soutenue, bien que son esprit, à ce moment, suivît une autre piste.