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François épero
Il lui sembla que sur tous ces visages en fête, il y avait comme de la crainte, ou peut-être de la pitié…
«Pourquoi Henri n’était-il pas là pour me recevoir?… Plus vite! Plus vite!…»
Dix minutes plus tard, il sautait à terre, devant la maison du seigneur de Pie
– Fermée! Un visage muet! Porte close! Volets tirés! Que se passe-t-il?… Holà, bon vieillard, dites-moi…
Le vieux paysan auquel François venait de parler étendit le bras dans la direction d’une maison.
– Là! vous trouverez ce que vous cherchez, monseigneur et maître!
– Maître! maître! Pourquoi maître?
– Margency n’est-il pas à vous, maintenant!…
François n’écoutait plus. Il courait. Il bondissait vers la chaumière de la vieille nourrice, frémissant, supposant déjà quelque effroyable catastrophe… Jea
Jea
Il tendit les bras, balbutia le nom de la bien-aimée…
Mais ses bras, lentement, retombèrent.
Pâle de bonheur, François devint livide d’épouvante.
Quoi! il arrivait! il retrouvait l’amante, la chère épousée! Et elle était là, immobile, statue de l’effroi… du remords peut-être!…
François fit trois pas rapides.
– Jea
Un soupir d’agonie râla dans la gorge de la mère. Elle eut comme un sursaut de son être pour se jeter dans les bras de l’homme adoré. Son regard dément se posa sur Henri. Il avait sa toque à la main, et son bras se levait!…
– Non! non, bégaya la mère.
– Jea
Et son regard, à lui aussi, se tourna vers Henri.
– Mon frère!…
Tous les deux, le frère et l’épouse gardèrent un silence effrayant.
Alors, François, d’un geste lent, croisa ses bras sur sa poitrine. D’un effort furieux, il refoula le sanglot qui voulait éclater. Et grave, sole
– Depuis un an, pas un battement de mon cœur qui ne fût pour la femme à qui librement ce cœur s’est à jamais do
Ce que souffrit Jea
«Un mot!… et ta fille meurt!…»
Sa fille! Sa Loïse! Ce pauvre petit ange d’i
Ô mère! mère douloureuse!… Comme ton silence fut sublime!…
Jea
À peine François eut-il fini de parler qu’Henri se tourna à demi vers lui.
Sans quitter la fenêtre ouverte, sa main menaçante prête au funeste signal, d’une voix que sa tranquillité en cette épouvantable seconde rendait sinistre, il prononça:
– Frère, la vérité est triste. Mais tu vas la savoir tout entière.
– Parle! gronda François qui, une main dans son pourpoint, lacérait sa poitrine.
– Cette femme…, dit Henri.
– Cette femme… ma femme…
– Eh bien, je l’ai chassée, moi, ton frère!
François chancela. Jea
Et nettement, Henri articula:
– Frère, cette femme qui porte ton nom est indigne. Cette femme t’a trahi. Et c’est pourquoi moi, ton frère, en ton lieu et place, je l’ai chassée comme on chasse une ribaude.
L’accusation était capitale: la femme adultère était fouettée en place publique et pendue haut et court. Et cela, sans jugement ni recours, puisque François de Montmorency, en l’absence du co
La minute qui suivit l’accusation fut tragique.
Henri, prêt à tout événement, la main gauche crispée à sa dague, la droite serrant la toque… le signal fatal!… Henri tenait sous son regard Jea
Jea
Vivante?… Si ce mot peut s’appliquer au paroxysme d’horreur et à la quintessence de désespoir de celui qui se sent tomber dans un précipice, à pic, avec le vide devant, derrière, dessus et dessous.
Quant à François, il chancela, comme il avait chancelé là-bas, dans Théroua
Oui, en cette minute effrayante, dans l’immobilité de ces trois êtres bouleversés par des passions si diverses dans leurs attitudes de statues, il y eut on ne sait quoi de fantastique et d’épouvantable.
François lorsqu’il se fut dompté, lorsqu’il fut sûr de ne pas saisir dans ses mains puissantes l’adultère et de l’étrangler, François marcha sur Jea
– Est-ce vrai?
Jea
De nouveau, la question jaillit des lèvres de François:
– Est-ce vrai?
Le supplice allait au-delà des forces. Jea
Et ce fut alors seulement qu’elle murmura, ou crut murmurer, car on n’entendit pas ses paroles:
– Oh! mais achève-moi donc! mais tu vois bien que je meurs pour que notre fille vive!…
Et elle ne fut plus qu’un corps inerte chez qui la violente palpitation des tempes indiquait seule la vie.
François la regarda un instant, comme le premier homme biblique put sans doute regarder le paradis perdu.
Il espéra qu’il allait tomber foudroyé près de celle qu’il avait tant aimée.
Mais la vie, parfois si cruelle dans sa force, fut victorieuse de la mort consolatrice.
François se retourna vers la porte, et sans un cri, sans un gémissement, il s’en alla, très lent et un peu courbé, comme s’il eût été fatigué à l’excès d’une de ces courses immenses qu’on fait dans les cauchemars.