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VI LE RETOUR DU PRISONNIER
Avons-nous assez dit quel était l’amour passio
Ce ne fut pas de la douleur. Ce ne fut pas du désespoir. Jea
La pensée lui vint soudain que l’enfant était à la maison… elle bondit, arriva haletante…
Au milieu de la grande pièce, un homme était là, debout, livide, fatal… Henri de Montmorency!
– Vous! vous qui ne m’apparaissez qu’aux heures sinistres de ma vie!
D’un élan il fut sur elle, lui saisit les deux poignets, – et d’une voix basse, rauque, rapide:
– Vous cherchez votre fille? Dites!… Oui! vous la cherchez! Eh bien, sachez ceci: votre fille, c’est moi qui l’ai! Je l’ai prise! Je la tiens! Malheur à elle si vous ne m’écoutez!
– Toi! hurla-t-elle. Toi, misérable félon! Ah! c’est toi qui m’as pris ma fille! Eh bien, tu vas savoir de quoi une mère est capable.
D’une secousse furieuse, elle voulut se dégager, pour mordre, pour griffer, pour tuer! il la maintint rudement.
– Tais-toi, gronda-t-il en lui meurtrissant les poignets. Écoute, écoute bien! si tu veux la revoir…
La mère n’entendit que ce mot: la revoir! Sa fureur se fondit. Elle se mit à supplier:
– La revoir! Oh! qu’avez-vous dit! La revoir!… Dites! oh! redites, par pitié! j’embrasserai vos genoux, je baiserai la trace de vos pas! Je serai votre servante! La revoir! vous avez bien dit cela?… Ma fille! Mon enfant! Rends-moi mon enfant!…
– Écoute, te dis-je!… Ta fille, à cette minute, est aux mains d’un homme à moi. Un homme? Un tigre, si je veux, un esclave! Nous avons convenu ceci: écoute, ne bouge pas!… Voici ce qui est convenu: Que je m’approche de cette fenêtre, que je lève ma toque en l’air, et l’homme tu entends bien? l’homme prendra sa dague et l’enfoncera dans la gorge de l’enfant… Bouge, maintenant!…
Il la lâcha et se croisa les bras.
Elle tomba à genoux, et de son front heurta la terre battue, voulant crier grâce, ne pouvant pas, élevant seulement ses mains en signe de détresse et de soumission…
– Relève-toi! gronda-t-il.
Elle obéit promptement, et toujours avec un geste affreux des mains tendues, suppliantes – balbutiantes, si nous osons dire, car à de certains moments tragiques, le geste parle.
– Es-tu décidée à obéir? reprit le fauve.
Elle fit oui, de la tête, démente, pantelante, terrible et sublime…
– Écoute, maintenant, François… mon frère… Eh bien, il arrive!… Tu entends? Ici, devant toi, je vais lui parler… Si tu ne dis pas que je mens, si tu te tais… ce soir ta fille est dans tes bras… Si tu dis un seul mot, je lève la toque… ta fille meurt!… Regarde, regarde… Voici François qui vient…
Sur la route de Montmorency, un tourbillon de poussière accourait, comme poussé par une rafale… et de ce tourbillon sortait une voix frénétique:
– Jea
– François! François! hurla Jea
D’un pas d’une tranquillité féroce, Henri se rapprocha de la fenêtre et gronda:
– C’est donc toi qui auras tué ta fille!
– Grâce! Grâce! Je me tais! J’obéis!
À cette seconde, François de Montmorency poussa violemment la porte et, haletant d’émotion, ivre de joie et d’amour, s’arrêta chancelant, tendit les bras, murmurant:
– Jea
Oui, c’était François de Montmorency que bien des gens et le co
François, parti avec deux mille cavaliers, était arrivé dans Théroua
Il était temps! le soir même de son arrivée, un corps d’armée allemand et espagnol investissait la place et commençait aussitôt ses mines. Dès le surlendemain, le premier assaut fut do
Électrisés par le fils aîné du co
Au début du troisième mois, des parlementaires e
Les parlementaires commencèrent à exposer les propositions de l’empereur.
Au moment où François allait répondre, des clameurs terribles s’élevèrent:
– Aux armes! Aux armes! criaient les français.
– Muerte! Muerte! (Mort! Mort!) hurlaient les envahisseurs.
C’était le corps espagnol qui, sans en avoir reçu l’ordre, assure-t-on, se précipitait à l’assaut par une brèche qui venait d’être faite.
Alors, dans les rues de Théroua
Le soir, il n’y avait plus derrière une barricade improvisée qu’une trentaine de combattants, à la tête desquels un homme levait à chaque instant son estramaçon rouge qu’il tenait à deux mains, et qui à chaque fois retombait sur un crâne.
Un coup d’arquebuse finit par l’abattre… Ce fut la fin!
Cet homme, c’était François de Montmorency, qui, selon la parole do
À la nuit close, des maraudeurs le trouvèrent étendu à la place même où il était tombé. L’un d’eux le reco
C’est ainsi que Théroua
On sait aussi que l’Artois fut dès lors envahi et que l’armée royale éprouva une série de revers, notamment à Hesdin, jusqu’à ce qu’enfin, à la suite des succès remportés dans le Cambrésis, une paix éphémère fût signée.
Cette paix rendit du moins la liberté aux priso
François de Montmorency ne mourut pas de sa blessure. Mais longtemps, il eut à lutter contre la mort; il se rétablit enfin, et un jour, on lui a
Il se mit aussitôt en route avec une quinzaine de ses anciens compagnons, débris de la grande bataille livrée dans Théroua
Puis confiant, heureux, respirant à pleins poumons, souriant à l’amour, répétant tout bas le nom de la femme adorée, il continua son chemin.
Lorsqu’il aperçut enfin les tours du manoir de Montmorency, le cœur lui battit à se rompre, ses yeux se remplirent de larmes, et il s’élança au galop.
Les cloches de Montmorency so
– Où est mon frère? interrogea François.
– Monseigneur, commença le bailli, c’est un bien beau jour que celui…
– Messire, dit François en fronçant le sourcil, j’entendrai votre harangue tout à l’heure. Où est mon frère?
– À Margency, monseigneur.