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Il décroche le combiné de l'hôtel et demande la France.
«Je veux joindre Paris.»
On lui demande le numéro de la chambre.
«Sur la clé.
– Ne quittez pas!»
Il cherche la clé. Introuvable. Il ouvre la porte; pas de numéro. Il reprend le téléphone. On a coupé. Il rappelle le standard:
«Je ne trouve pas le numéro!
– Votre nom.»
Il le do
«Restez en ligne.»
Puis:
«On vous rappelle.»
Il raccroche. Il reste une longue minute près de l'appareil. Comme il ne so
Il rappelle le standard. On ne répond pas. Il descend au rez-de-chaussée. Cabine. Il y entre. Il décroche. Rien. Il ressort. Un planton lui apprend que la cabine est en pa
Il retrouve Jea
«Demain, je travaille, dit-elle. Je dois do
Il s'éto
«Pourquoi le ferais-je? Je les ai quittés ce matin seulement. Ils sont chez leur père: il ne peut rien leur arriver.
– Mais s'ils essaient de te joindre?»
Elle l'observe avec ironie.
«Tu crois que tes enfants ont tenté de te téléphoner?
– Bien sûr!
– Bien sûr que non!»
C'est alors qu'il se souvient d'un détail qu'il n'aurait pas dû oublier: ses enfants n'appellent jamais.
«Allons sur la place Djemàa el-Fna», dit-il.
Paris.
Il redoutait le pire, et le pire est arrivé. Rien dans la boîte aux lettres, rien sur le fax. Mais un message sur le répondeur. Il émane de la reum. Quatre mots brefs et tranchants: «Tom restera chez moi.» Et plus loin, quelques soupirs tout gris et tout tristes de l'enfant lui demandant de le rappeler.
Ce 3 juin est un jour noir.
Il s'assied auprès de Jea
«Tu avais raison. Il ne viendra pas.»
Le plus terrible, pour le moment, ce n'est pas le revirement maternel, le brusque obscurcissement des paysages lumineux tracés les jours précédents. C'est la tête de Tom. Son désarroi. Son chagrin. Dans sa chambre, frappant et frappant encore sur son punching-ball. Interdit de téléphone. Tout seul avec les peluches et les jeux qu'il devait emporter chez son père.
Sombres images.
Il téléphone. Répondeur. Il laisse un message: «Les enfants, rappelez-moi.» Et passe le reste de la soirée à tourner en rond, rêvant qu'il se rend chez la reum, force la porte, prend son petit bonhomme sous le bras et l'emporte avec lui. Il envisage tous les possibles avec Jea
Le lendemain, à onze heures quinze, il est devant l'école. Il so
«On déjeune tous les deux.»
Ils vont par les rues sans parler ni se regarder.
Tom a seulement dit: «Elle ne veut plus.»
A table, il ajoute:
«Elle a téléphoné au juge. Le juge a dit qu'elle avait ma garde.»
Il confond juges et avocats. Dans son esprit d'enfant, ils sont dotés de la même autorité, que seule celle du père saurait contrebalancer. Et le père, en ces circonstances si particulières, ne peut qu'abando
«Je vais appeler ta mère, dit-il.
– Elle ne répondra pas.
– Lui écrire.
– Elle jettera tes lettres.»
L'enfant ajoute:
«Tu dois faire comme elle. Aller chez le juge.»
Il téléphone, cependant. Répondeur. Il écrit. Ses lettres lui revie
Les vacances, cette a
Il écrit de nouveau. Il propose une rencontre. La lettre lui revient. Il téléphone. Répondeur. La fin des vacances approche.
Tom dit:
«Papa, je n'ai pas changé d'avis.»
Il ne répond pas.
Tom insiste:
«Papa, tu dois faire quelque chose pour moi.»
Il s'était fixé un premier terme: la rentrée scolaire. Il attend un mois encore.
Tom dit:
«Papa, je n'ai toujours pas changé d'avis.»
«Il ne reviendra pas sur son choix», confirme Jea
Il attend un mois encore. Il désire laisser à Tom tout le temps de la réflexion. Il veut être persuadé que son choix est nécessaire. Il sait qu'il n'a à peu près aucune chance d'obtenir ce que l'enfant souhaite. Mais il ne peut laisser la demande de son fils sans réponse. Sur ce point, Jea
Il envoie une dernière proposition à la reum: discutons. Il argumente: si elle refuse, les enfants seront les premiers exposés à ce qui suivra; évitons-leur cela.
La lettre lui revient, non décachetée. Il lui adresse un double, qu'il fait porter par huissier: il veut épuiser toutes les voies pacifiques. Elle lit. Mais ne répond pas.
Alors il so
Palais de justice, troisième.
La juge les convoque quelques mois plus tard. Quand il pénètre dans la salle d'attente, la partie adverse est déjà là. Ainsi que son avocate. Elle l'entraîne dans le couloir et dit:
«J'ai reçu une déposition de dernière minute. Elle est accablante.
– De qui?»
Castagnette.
Il lit. Castagnette s'est fait le porte-plume de la reum. A travers ses lignes, suppurent des envies, des jalousies, des mesquineries. Il se mêle de ce qui ne le regarde pas, pénètre dans une histoire où il voudrait occuper une place alors qu'il n'est qu'une tique posée sur le cul des circonstances. Il a cuisiné un ragoût d'écriture difficile à avaler: il affirme que le père veut avant tout détruire ses enfants; il affirme que le père réclame Tom dans le seul but de mieux le manipuler; il affirme que le père hait ses garçons; il affirme que le père…
Le père est horrifié. Lorsqu'il se présente devant la juge, la même que les fois précédentes, il est bouleversé. Il parle à peine. Il demande au magistrat de lire le témoignage de Castagnette. Lui s'en tiendra là. Il ne fera qu'une observation: en tant que père, il n'accepte pas que ses deux enfants vivent dans un climat où la haine et la violence président, avec un homme autorisé à écrire, donc à dire, donc à laisser sinon à faire entendre à ses deux garçons que leur père, oui, leur père, les hait.
Dans un silence plombé, la juge lit le témoignage. Dépose les feuillets sur le bureau, regarde ses vis-à-vis et déclare seulement:
«Il y a en effet un problème.»
Ordo
Merci Castagnette.
«Il est à fond dans le potin! s'écrie Victor.
– On va aller voir un psy? demande Tom.
– Je mettrai ma jupe rouge, déclare Héloïse.
– C'est pas une corrida! remarque Paul.
– T'iras pas, de toute façon.
– Les psys, c'est des cons, reprend Victor.
– T'en co
– Tropa! Dans ma très longue carrière, j'en ai croisé cinq ou six. Le meilleur moment, c'est quand tu t'allonges. T'es cool et tu dors.
– Tu ronfles quand tu dors?
– Non, il pète!
– Les garçons, c'est vraiment débile! déplore Héloïse.
– T'as les nichons qui poussent, hihihi!» susurre Paul.
Tour de table. Victor souhaite que Tom aille chez son père parce que lui-même se voit assez bien cas unique chez la reum. Héloïse voudrait que Tom vie
«Catastrophe nationale! s'exclame Victor. Où vont les nains?»
Jea
«Tu vas gagner.»
Une fois dans un sens, une fois dans l'autre.
Sourit de ses grands yeux noirs et rectifie: