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IV.

Le 3 mai, cette a

Le 3 mai, cette a

«Tom veut venir vivre chez toi.»

Il en laisse tomber son stylo.

«Il t'attendra en bas de chez moi le 4 juin.» Elle raccroche aussitôt.

Il rappelle.

«Je t'ai dit le 4 juin. Il aura toutes ses affaires. Je n'ai rien à ajouter.»

Il reste un long moment silencieux, immobile, incrédule.

De très longues a

Il avait longuement parlé avec l'enfant. A la fin, il lui avait dit: «Je ne crois pas que le moment soit venu.» Victor avait accepté. Il avait retrouvé son calme. Il était revenu chez sa mère. Quelques mois plus tard, il avait dit à son père: «Je te remercie d'avoir pris cette décision.» Et plus tard encore, un soir, au moment de s'endormir: «Si Tom demande un jour à venir chez toi, prends-le.»

Mais Tom demande-t-il vraiment la même chose?

A seize heures quinze, Pap' est devant l'école. Pour une fois, il délaisse le parpaing gris. Il se campe au premier rang, à deux mètres de la porte, et il attend. Il ne se soucie de rien ni de perso

Tom a le sourire. Il apparaît au milieu d'une haie d'enfants, puis il se place dans les rangs et marche vers la sortie. Il voit son père. Il marque une petit signe d'éto

«Tom…

– Oui?

– Je dois te dire…»

Il cherche ses mots. Tom le regarde, attentif.

«Ta mere m’a téléphoné…»

L'enfant s'arrête sur le trottoir. Un vague sourire éclaire son regard. Il dévisage son père. Deux dents lui manquent sur le devant. Il a le regard gris, les fossettes en coin – une joie, une inquiétude, une attention peu ordinaires.

«Elle t'a dit?»

– Oui. Ce matin.

– Ah!» s'exclame Tom.

Il attend. Le sourire s'est rétréci en une boule de gomme.

«Qu'est-ce que tu en penses, Pap'?

– Pourquoi ne m'en as-tu pas parlé?»

Ils ne bougent pas. Ils se fixent.

«J'y réfléchis depuis longtemps. C'est sorti hier soir… Pap', est-ce que ce serait possible?

– Pourquoi veux-tu venir vivre à la maison?»

L'enfant do

«Mais toi, Pap', tu voudrais bien que j'habite avec vous?»

Un bout de langue pointe entre les incisives. Tom est inquiet.

«Bien entendu.

– Maman est d'accord, tu sais?

– Elle me l'a dit.

– Alors?

– Réfléchis encore.

– Je sais ce que je veux.

– On pourrait déjà essayer jusqu'à la fin de l'a

– Non. Tout le temps.»

Le sourire de Tom s'élargit. Il a oublié la boulangerie.

«Ce que je pourrais faire, c'est rester aussi longtemps avec toi qu'avec elle.

– Après, tu reviendrais chez ta mère?

– Non. J'habiterai tout seul.»

Ils se do

Elle est à son bureau. Il dit qu'il a parlé à Tom. Elle se tait. Il lui propose de la retrouver le lendemain à la sortie de son agence.

«Pour quoi faire?

– Discuter de la situation. Faire le point…

– C'est inutile. Je t'ai dit que Tom serait chez toi le 4 juin.

– Pourquoi le 4 juin?

– Ça me regarde.»

Il la sait blessée. Il voudrait échanger avec elle, certainement pour Tom, mais aussi pour elle.

«Voyons-nous, insiste-t-il. C'est une décision grave. Nous devons décider toi et moi, laisser Tom à l'écart, organiser ce qui doit l'être entre nous.

– Il sera chez toi le 4 juin, réplique-t-elle encore, fermée, cadenassée. Il n'y a rien à organiser.»

Puis raccroche.

Pendant deux jours, il la rappelle. Pendant deux jours, elle lui fait la même réponse: le 4 juin, Je n'ai rien d'autre à ajouter.

Le samedi suivant, week-end de bande des Quatre, il informe la petite compagnie que sauf complication de dernière heure, Tom viendra habiter la maison le 4 juin.

C'est un hourra général.

Ils sablent le champomy.

Tom a

Le soir, quand les enfants sont couchés, Jea

«Quand même, la reum est une bien étrange perso

Ils sont allongés sur le lit, dans leur chambre. C'est une nuit de printemps très douce.

«Je ne crois pas que ce sera si simple, poursuit-elle.

– Elle l'a dit…

– On ne fait pas la guerre à un homme pendant tant d'a

– On ne dit pas une chose à un enfant pour faire son contraire.

– Je ne la comprends pas, poursuit Jea

– Si Paul ou Héloïse demandaient à vivre chez leur père, tu t'y opposerais?

– Non. Je voudrais seulement que cela se passe dans la paix.

– Ce sera le cas.»

Jea

«Ne te fais pas d'illusions, mon amour.

– Il viendra», dit-il.

Elle ne répond pas.

«Il viendra», répète-t-il.

Une ombre danse dans la chambre. Une branche d'arbre qui se reflète dans la glace.

Il la fixe.

Il ne dort pas.

Il compte les moutons jusqu'au 4 juin.

Le 30 mai, ils partent au Maroc. Jea

La veille du départ, il a acheté un téléphone portable afin de joindre Tom et Victor sans être embarrassé par les frontières, les opératrices, l'incompréhension des langues. Il a téléphoné une première fois à l'aéroport pour dire au revoir, et une seconde fois au moment du décollage pour dire que l'avion roulait à fond de train sur la piste. C'était une façon d'inviter ses enfants au voyage, de ne pas les quitter aussitôt. Lorsque son voisin l'a informé qu'il était interdit d'utiliser ces engins en vol, il a activé le bip du grand silence.

A l'atterrissage, il est comme les autres, composant les quatre chiffres de son code secret, puis actio

«Tu n'as plus de batterie», constate Jea

Ils louent une voiture. Entre Casablanca et Marrakech, il fonce sur les routes mal carrossées qui sinuent au cœur d'un paysage aride. Il ne s'intéresse ni aux gens ni aux paysages. Jea

Avant le départ, ils en ont rêvé. Seuls. Sans désir de partage. Ils ont bâti un monde dont ils sont les rois et les mages. Le leur, exclusivement. Pour le moment. Ils s'ouvriront aux autres plus tard, lorsqu'ils auront fait le tour d'eux-mêmes. Père et fils n'ayant jamais vécu ensemble, s'apprêtant à ne plus se quitter, ni le mardi ni le dimanche soir, et si c'est le matin, c'est pour se retrouver très vite. Ils ont décidé pour les écoles, pour les copains, pour l'argent de poche, pour les jeux, pour les livres, pour tout ce qui leur a manqué et qu'ils s'apprêtent à enfouir dans leurs poches, main dans la main, secrètement liés déjà. Ils en ont parlé sans cesse et sans cesse, remetdmt leurs choix en cause, non par souci de faire mieux mais pour y revenir, laisser ouvert ce ciel tout bleu où ils font du toboggan entre les nuages.

Jea

«Il viendra», dit-il.

Elle ne répond pas.

A l'hôtel, il branche le portable pour faire le plein d'énergie. Rien. Il ouvre la fenêtre afin de capter des ondes meilleures. Rien. Bis. Rien.

«Le rappel automatique ne fonctio

Elle est sur la terrasse. Elle respire les senteurs d'olivier. Elle a revêtu un pantalon beige et un tee-shirt noir sans manches. Elle est gaie, juvénile et heureuse.

Il vient vers elle, la prend dans ses bras, promène sa main dans ses cheveux, et il lui dit qu'il l'aime, qu'il n'a jamais aimé une femme aussi longtemps.

«J'espère qu'on restera toujours ensemble, murmure-t-il.

– Bien sûr que oui.»

Elle ferme les yeux. Il l'embrasse sur les paupières, très doucement, tandis que sa main se referme sur sa nuque.