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Lorsqu'il quitte le bureau 214 après avoir paraphé toutes les pages et signé la dernière, il est so
Il songe à cela durant tout le trajet qui le conduit du commissariat à sa maison. Lorsqu'il arrive au bas de chez lui, il a pris une décision: plus jamais il n'appellera cette femme par le nom qu'elle a tenu à porter, et qui est le sien. Puisqu'elle a offert ce nom aux flics.
Ils n'ont plus d'argent, et trop d'enfants pour vivre seulement d'amour et d'eau fraîche. L'agrandissement de la maIson a avalé le superflu. Jea
A tribord, en position de tir derrière sa Mercedes, le père de Paul et d'Héloïse a lancé l'assaut lui aussi: plus d'argent de ce côté-là non plus; donc, pension réduite à un montant symbolique et dérisoire.
Tandis que lui-même tente de desserrer l'étau qui les étrangle côté gauche, Jea
«La voiture n'est pas à moi, ment le reup avec aplomb. Je la loue un week-end sur deux quand je prends les enfants.»
Il lui souffle la question:
«Toujours la même voiture?
– Oui…
– Depuis un an?»
Le reup se prend les pieds dans les pédales et met le clignotant.
«Tu n'as rien compris! Je ne la loue pas pour moi! Je la loue à d'autres!
– A qui?
– A des Yougoslaves.
– Explique-toi mieux, ricane Jea
– C'est pourtant simple! J'ai une voiture qui me coûte cher. Pour la financer, je la loue un week-end sur deux à des Yougos.»
Jea
«… Parce que les Yougos, tu comprends, ils adorent les Mercedes. Surtout quand ils se marient. Ils se marient généralement le samedi. Quand je n'ai pas les enfants, je la loue…
– Et ton mas en Provence?»
Il cherche à vendre.
«Loue-le à tes amis yougoslaves, raille Jea
– Et mon parquet? beugle le reup. Du chêne Moyen Age!
– Ils astiqueront.
– Savent pas faire.
– Vends le manoir de Fontainebleau.
– Il ne me coûte rien.
– Comme tes enfants, en somme…»
La demi-mondaine est là pour les nourrir, et le hachik pour les loger. Il paraît que la maison est agréable…
Quand elle raccroche, elle vient s'asseoir à côté de celui qu'elle appelle son deuxième mari et lui demande ce qu'ils vont faire.
Il dit que la situation n'est pas dramatique puisqu'ils ont un toit et un réfrigérateur.
«Et la femme de ménage?
– On la garde.
– Tu as des goûts de luxe», critique-t-elle.
Non. Il ne voit pas pourquoi ils se passeraient des services de cette dame qui vient chez lui depuis dix ans et pour laquelle il éprouve de l'affection sous prétexte que le reup renonce à se séparer de ses biens pour aider ses enfants. Le pétrolier voudrait que le hachik se charge de la santé financière de sa progéniture. Le gîte, mais aussi le couvert et tout ce qui va avec. En remerciement des insultes proférées.
«C'est votre histoire, grince-t-il. Tu dois régler ça avec lui.»
Il perçoit la manœuvre et ne désire rien tant que de renforcer Jea
«Très bien, conclut le reup après d'i
– Parfait», dit Jea
La reum et lui passent d'abord.
Palais de justice, deuxième.
La première fois, c'était au moment du divorce. Ils s'étaient présentés chez le juge chacun au bras de son avocat. Lui, il avait l'âme légère. Content d'en passer par là, enfin, parce qu'il s'agissait désormais d'une libération. Il n'avait plus envie. Il n'avait plus envie du tout. Sa vie avait bifurqué.
La reum avait demandé le divorce. Le bras de fer avait été terrible. A l'issue de la séance, ils s'étaient retrouvés sur les marches du Palais, un peu émus, un peu perdus, ne sachant pas très bien sur quelle ligne faire danser leur relation désormais.
«Embrassez-vous donc!» s'était écrié son avocat.
Ils l'avaient fait.
Mais pas ce jour-là. Lorsqu'il arrive, escorté par son défenseur, elle est assise sur une chaise, dans la salle d'attente. La natte s'est encore allongée: elle repose sur la cuisse, bien tenue entre les deux mains.
Le conseil siège à côté de sa cliente. Salut glacé, de loin. Autour, patientent des âmes en peine, maris et femmes déjà séparés, en instance de divorce. Eux non plus ne savent pas comment se prendre. La plupart des hommes affichent des mines débo
Lorsque les juges sortent de leurs alcôves pour appeler les perso
Ils sont reçus par la juge qui avait procédé à leur divorce. Aujourd'hui, où en sommes-nous?
Madame tend les reçus prouvant que la vie avec deux enfants coûte cher; Monsieur do
«Je ne pourrai pas, déclare Monsieur.
– Alors faites appel!
– Certainement.»
A peine a-t-il confié la mission à son avocat qu'il reçoit un coup de téléphone gêné de son banquier: la reum a fait une saisie-attribution sur ses comptes. Ceux-ci sont bloqués jusqu'au paiement de la somme exigée par Me Xavos, huissier, opérant pour le compte de la mère de ses enfants. Souhaite-t-il un prêt?
«Oui», fait-il.
«Non», conseille la médiatrice nommée par le procureur de la République.
Elle le reçoit dans un petit bureau, au rez-de-chaussée d'un immeuble tout propre. C'est une vieille dame fragile, ancie
«Ne payez pas tant que la cour d'Appel ne s'est pas prononcée.»
Ne souhaitant pas mêler son banquier à ses affaires perso
Le soir, avec Jea
Mais déchantent trois mois plus tard, après qu'elle-même et le reup ont été reçus par le juge chargé de leur différend. Sentence: pension strictement symbolique.
L'ingénieur dans le pétrole s'est bien débrouillé.
Ils croient être arrivés au bout de leurs peines.
Ils rêvent.
Jea
Le dimanche soir, quand Paul et Héloïse revie
Quant à la reum, elle n'épargne pas les siens davantage. Mais son registre est différent. Elle se do