Страница 21 из 32
Une fois, il a tenté d'élever la voix. Contre Héloïse. Elle s'est enfermée dans sa chambre, en larmes, et lorsqu'il l'a rejointe pour signer l'armistice, elle téléphonait au reup. Il en a ressenti autant de chagrin que si elle lui avait jeté à la face le pire des anathèmes, celui qu'il redoute par-dessus tout depuis toujours et qui, par chance ou miracle, ne lui sera jamais lancé: Tu n'es pas mon père.
D'un côté.
De l'autre, il y a Jea
Il ne sévit donc jamais. Doublement ligoté: sa nature n'y trouve pas plus son compte que le résultat obtenu.
Sur ce point, Jea
– Comment? s'est-il écrié.
– Mais oui, mon chéri! Comme ma mère avec moi, et comme ma grand-mère avec elle!»
Il a eu peur. Il s'est dit que l'affaire devenait très compliquée si déjà elle chaussait des charentaises de grand-mère, si son amour et son respect de la famille se déplaçaient si loin en aval de son histoire amoureuse.
Il n'est pas sur la même longueur d'ondes. S'il apprend l'autonomie à ses garçons, s'il les arme contre des morales qu'il exècre, s'il les aide à affirmer ce qu'il pressent en eux – et qui le satisfait -, il aura accompli son boulot. En naissant, ses enfants se sont déjà éloignés. Depuis, ils n'ont fait que poursuivre sur cette voie. Lui-même, un jour, marchera derrière eux. Il ne les veut pas tout à lui. Qu'ils se dirigent à leur pas vers un destin qui ne lui appartient pas. Il ne retiendra perso
Jea
«Ma famille, répète-t-il, ce sont mes amis.
– Dommage pour vous», réplique-t-elle.
Elle a certainement raison. Mais il ne co
Ils ont poussé sur des terreaux trop éloignés pour découvrir un champ commun où leurs quatre enfants iraient de concert. Vivant ensemble, les uns et les autres pre
Lorsque les enfants étaient petits mignons minuscules, ils suscitaient l'admiration plutôt que le débat. Au fil du temps, ils sont devenus l'axe essentiel de leurs préoccupations, de leurs échanges et de la plupart de leurs engueulades. Grandissant, ils ont également grandi entre eux. Désormais, ils occupent toute la place.
«Les enfants nous bouffent, se plaint Pap'. Nous ne vivons que par eux et pour eux.
– Je n'ai pas le temps pour autre chose, réplique Jea
– Oui, mais moi, parfois, j'étouffe.»
Il est devenu comme un arbre fruitier dont chaque branche supporte le poids d'un fils, d'un reup, d'une presque belle-fille, d'un autre fils, d'une reum, d'un presque beau-fils. Il ploie. Il voudrait s'ouvrir au soleil de son amoureuse. Retrouver ses grâces de jeune fille, leurs jeux et leurs libertés de naguère. Qu'elle soit plus amante et moins maman. Que la vie quotidie
«Tu es là, dit-il, mais tu me manques.»
Un soir, elle lui répond: «Je vais revenir.»
Il est tard. Ils sont dans la chambre. Ils ont pris l'apéro – leçons et devoirs -, ont invité tous les profs, tous les élèves, l'administration, les horaires et le règlement intérieur des collèges et lycées à la table du dîner. Ils vie
«A partir du mois prochain, poursuit Jea
Il la regarde, attendant la suite. Elle vient entre ses bras et murmure: «L'Atelier des bijoux, c'est fini. Je suis au chômage.»
Un mois plus tard, Pap' croise le facteur.
«Courrier pour vous!»
Il lui tend une enveloppe bizarre. Format contractuel. Pas de timbre. Le cachet fait foi: Centre de police judiciaire et administrative. Avec une adresse, à Sèvres.
«Courrier officiel, chuinte le facteur. Ça se découpe selon le pointillé.»
Il décachette. C'est un formulaire rempli par le lieutenant de police Riclou, lequel prie le destinataire de bien vouloir se présenter à l'adresse mentio
«Qu'est-ce que c'est que ce truc-là? demande Jea
Une tuile, répond-il.
– D'où vient-elle?»
Il l'ignore.
Le jeudi 2 octobre, à quinze heures, seul et sans armes, il se présente au guichet d'accueil du commissariat de police de Sèvres. Il tend sa convocation à une dame revêche qui lui désigne la salle d'attente en le priant de s'asseoir là. On l'appellera. Il dit qu'il a un rendez-vous plus tard dans l'après-midi. On répond que mieux vaut l'a
Il s'assied. Commissariat de ville. Avis de recherche placardés sur les murs, côtoyant des affiches vantant les bienfaits de l'armée de terre. Plus loin, des bureaux genre paysagers encombrés d'hommes et de femmes. Une tension perceptible aux incessantes allées et venues, perso
Il se demande ce qu'il fait là.
A seize heures dix, sur injonction, il se présente à l'orée du bureau 214, deuxième étage, àdroite de l'escalier. Un homme est assis derrière une table. Il se lève lorsqu'il entre pour s'asseoir après qu'il s'est posé sur une chaise à tubulures recouverte d'un plastique gris.
Il le prie de décliner son identité. Après quoi, il lui demande s'il co
Le lieutenant a une calvitie prononcée, le regard bleu métal, un holster vide sous l'aisselle gauche, une petite fille encadrée sous verre, sagement assise sur un rayo
L'homme se concentre sur la phase deux de l'intimidation, crispant les jointures de ses phalanges qui blanchissent puis rougissent, faisant osciller un chef fermé tout en émettant un râle poitrinaire qui so
«Avez-vous des soucis d'argent?
– Cela m'arrive.
– En ce moment?
– Oui.»
Long soupir.
«C'est tout le problème.
– Pourquoi, inspecteur?
– Lieutenant!
– De quoi suis-je suspecté?
– Vous n'avez pas la moindre idée? – Nullement.»
Le flic s'assied, pose ses mains sur ses cuisses et un regard insinuant sur son visiteur.
«Allez-y. Expliquez-moi pourquoi je suis là.
– Abandon de famille.
– Vous dites n'importe quoi!»
C'est sorti comme un pet.
«Je ne préjuge de rien et ne juge qu'en dernière extrémité. Votre ex-femme est venue. Cette accusation est de son fait.»
Il en reste bouche bée. Le lieutenant agite une feuille devant lui. C'est un dépôt de plainte.
Il a un geste qui veut exprimer la terrible fatalité s'abattant sur les couillons de son espèce.
«Vous êtes mal tombé, mon vieux. Il y a les femmes de cœur et les autres. Fallait mieux choisir.
– Pourquoi? zézaie-t-il.
– Elle vous réclame un mois de pension alimentaire.
– Je ne peux pas, dit-il tout de go.
– Cela ne relève pas de ma compétence. Moi, je ne suis qu'un petit lieutenant qui va transmettre le dossier au procureur.
– Et après?
– Instruction du dossier puis décision du juge.»
Le lieutenant Riclou pose un clavier d'ordinateur devant lui.
«Racontez-moi tout.»
Il enregistre sa déposition. Qui est brève: sept ans auparavant, il s'est fait foutre à la porte de chez lui; il a abando
«Vous n'auriez pas dû, commente le flic. C'est illégal.
– Comment peut-on faire quand on ne peut plus? Do
– Discuter.
– J'ai essayé.
– Saisissez le juge aux Affaires familiales.
– Et en attendant, pour la plainte?
– Vous risquez deux ans de prison.»