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De l'autre côté du mur, pour le premier transfert: la reum et son nouveau copain, un joueur de castagnettes opérant en solo dans un orchestre – ont dit les enfants.
«Un orchestre de quoi? a-t-il demandé.
– De chambre, a répondu Tom.
– De cave! a rectifié Victor.
– Bouffon!
– Il s'entraîne avec des copains dans la cave de
ses parents.
– Quel âge?
– Dans les quarante.»
Avenir assuré, promotion attendue…
Pap' reste à l'écart tandis que ses garçons rejoignent la reum klaxo
Une heure plus tard, sous la forme d'un convoi motorisé, le second transfert s'a
Le reup descend. Saharie
Autour de la piscine, c'est plutôt Reiser que Van Dongen. Un peu gênées, les femmes chaussent les hauts des maillots tandis que les mecs redressent les épaules et rentrent le ventre pour assurer un mInImum.
«J'y vais», dit Jea
Elle se débarrasse d'une torpeur gracieuse, se lève et court au-devant des sept mercenaires qui avancent de front. Pap' la suit du regard, imaginant sans conceptualiser vraiment le choc des cultures entre son amoureuse en lotion solaire et la chemise impeccable du reup en marche.
Deux bisous pour chacun.
Les valises attendent. Paul prend la première, et Héloïse la seconde. On charge. On échange quelques mots. Puis, après avoir lancé un salut martial et de loin au hachik et sa bande, les sept remontent en caisse, actio
«Comment peux-tu vivre avec un type comme moi apres avoir vecu avec un type comme lui?» demande-t-il souvent à Jea
A quoi elle répond, avec ce sourire de garce allumeuse auquel il ne résiste pas:
«Pour moi, tu es si exotique, mon amour!»
D'après ses récits, il imagine sa vie d'avant, jeune femme au foyer dans une demeure de luxe sise en bordure de la forêt de Fontainebleau. L'homme travaille tandis qu'elle s'occupe du foyer, fait des dîners pour quinze perso
«Admirable, commente-t-il. Tu te fais à tout!»
Dans leur nouvelle vie, ils mènent leur barque à l'inverse des courants précédents. Elle travaille, elle est indépendante, et il est content qu'il en soit ainsi. Elle craint le chômage sans qu'il puisse la rassurer tout à fait; il pourrait évidemment assumer cette charge pour elle, pas pour elle et quatre enfants: il n'en aurait pas les moyens.
Elle voudrait une vie de famille. Il lui offre un cadre qu'elle ne co
Quant à la vie de famille, il ne peut pas. Il ne sait pas. Longtemps, les familles ont été associées dans son esprit à des utilités fabriquées, obligées, de celles qui circulent, à quatre ou cinq, sur les autoroutes des vacances. Le père, la mère, les trois enfants. A l'avant, à l'arrière. Les uns se retournant pour parler, les autres allongeant le cou pour entendre. Même la définition des rôles, lorsqu'ils sont joués selon les sexes, lui a toujours semblé le comble de la sottise. Autorité paternelle. Tendresse maternelle. Respect filial.
Souvent, le soir, il se penche à la fenêtre, et il voit, dans les salles à manger de l'immeuble d'en face, des familles à table. Il les montre à Jea
«Tu voudrais qu'on vive ainsi?»
Paysages bornés par les repas de famille. Conseil d'administration du soir. Immuable rituel. Tables rondes ou carrées. Papa préside, maman est en face, mangeons. Rappels à l'ordre: on ne parle pas la bouche pleine, on mange de tout, on ne choisit pas, on ne se balance pas sur sa chaise, on ne coupe pas la parole, on ne boit pas en mangeant, on ne confond pas avec la cour de récréation, on ne se sert pas le premier, on passe les plats, on laisse aux autres, on fait moins de bruit en mangeant, on s'essuie la bouche, on ne sort pas de table avant d'avoir fini, on débarrasse, on passe l'éponge.
Pas de liberté dans tout cela. Pas de démocratie. Il faut apprendre de ceux qui savent, toujours les mêmes, nul n'y peut rien. Absurde cérémonie. Il a do
«Je ne saurai jamais», répète-t-il.
Il aime les familles atypiques, qui se moquent de ces critères extérieurs et normés. Lorsque l'imagination dépasse la règle, que l'invention transforme les rapports en une harmonie fondée sur des choix, des désirs, un naturel. Dans ces cercles-là, il est toujours le bienvenu. Ailleurs, on se méfie de lui, qui trace le chemin d'une route à Contourner. Il dérange. Il est un élément perturbateur.
Dans les familles déchiquetées, séparées, recomposées, où la politesse de bon aloi n'a plus cours car les fonctions sont redistribuées et l'imagination obligatoire, le doute l'emporte toujours sur les certitudes. Car les géniteurs devie
Il en a déjà tenu plusieurs: père, beau-père de circonstance, seul, sans enfants, avec un enfant, deux enfants… Chaque fois, il a tenté de faire au mieux, improvisant toujours car le dogme n'est pas son fort. Costumé pour l'heure en parâtre installé, il essaie de faire bo
Dans la vie de tous les jours, les géométries tâto
Elle regarde les films de WaIt Disney avec ses enfants, co
Paul rapporte des chars d'assaut miniatures, des pistolets à billes, des mitraillettes en plastique offertes par son père, quand les armes sont déconseillées chez lui. Où l'usage de la télé est sévèrement contrôlé tandis que chez sa mère, deux rues à côté, Héloïse se pâmait devant les sitcoms de son âge.
Lorsqu'ils sont ensemble, Tom et Victor hurlent jusqu'au vertige quand les deux autres de la bande des Quatre respectent les règles de leur éducation selon lesquelles on ferme les portes sans les claquer et les bouches avant de les ouvrir intempestivement.
Les uns pre
Par respect pour la communauté, il fait des efforts et tait les lignes de divergence. Il essaie d'obtenir le même résultat de la part de ses fils.
«Rangez vos chambres.
– Comment on fait?»
«Mettez la table.
– Dans quel sens?»
«On se lave les mains avant de manger.
– C'est mieux après.
– Avant et après!
– Je ne veux pas user mes mains, moi!»
Le plus difficile, ce sont les coudes sur la table. Parce qu'il n'a jamais compris comment tenir sans. Alors il ne demande rien à ses enfants. Contrairement à Jea