Страница 77 из 97
Dorsen se dandina un instant. Ce à quoi il pensait était bien pire.
Nom de dieu, pensait-il, si jamais Koesler est vivant et que ce Sicilien le fasse parler nous allons tous y passer…
Il tressaillit malgré lui en voyant que le Bulgare l'observait attentivement, la lampe toujours fixée vers la carte.
– Je penser exactement à la même chose que vous Dorrsen… (Son ton était presque rêveur.) Mais je me demander juste si Koesler êtrre du genre à trahirr facilement ou non. Qu'est-ce que vous en pensez vous, vous le co
Dorsen comprit aussitôt pourquoi Sorvan l'avait emmené.
– Koesler ne parlera pas. C'est un dur.
Sorvan pesa patiemment ces paroles. Puis do
– On rretourrne à Monchique… Plus la peine de cherrcher Koesler. Nous avertirr Vondt tout de suite à son rretourr…
Dorsen dansa d'un pied sur l'autre une nouvelle fois:
– Sorvan? je pense à quelque chose…
Le Bulgare l'observa froidement, ne laissant plus rien paraître de ses émotions.
– Je vous écouter, Dorrsen…
– Ben… Si le Sicilien de Travis il rôdait par ici c'était p'têt pas parce qu'y nous avait repérés, voyez?
Sorvan ne bronchait pas.
Dorsen reprit.
– P'têt' tout simplement que c'est par ici qu'il habite ce Travis. Que Koesler il les a suivis jusqu'à leur planque, ou pas loin, mais que les mecs l'ont vu aussi et qu'avec Travis ils l'ont fait priso
Sorvan était plus impassible qu'un mur.
Un mince sourire arqua ses lèvres mais s'évanouit aussitôt.
– Vous savez à quoi moi je penser, Dorrsen? Moi, je penser que Koesler y s'est fait baiser, couillo
Et Sorvan montra de la main les montagnes plongées dans la nuit.
– Allez, on a plus rien à foutrre ici.
Quand Dorsen avait effectué son demi-tour, Sorvan lui avait jeté un coup d' œil et avait laissé tomber:
– J'espère jouste qu'il tiendrra quelques heures votrre chef, là. Le temps que nous quitter la planque…
Dorsen avait blêmi et n'avait plus desserré les dents. Ils atteignaient les contreforts de la Serra de Monchique lorsque le poste de C.B. crachota.
– Ouais, Kaiserr, gronda le Bulgare.
C'était De Vlaminck, un homme de Koesler, qui jeta d'une voix désespérée dans le spectre métallique:
– Oh, putain, vous nous demandiez d'appeler quand on verrait des lumières… Ben j'peux vous dire que des lumières y en à plein la montagne, Sorvan.
– Putain, qu'est-ce que…, sursautait le colosse. Au même moment le Français situé à la droite de la banquette montra un point de l'autre côté de la vallée.
– Look at it, jeta-t-il froidement en pointant son index contre la glace.
Ils arrivaient de l'autre côté de la butte. Sur le côté droit s'ouvrait une vallée sombre derrière laquelle se profilait la masse de la Serra de Monchique.
La montagne était constellée de lumières bleues, aux pulsations invariables et menaçantes.
Le ciel se veinait de rose lorsque Hugo s'était décidé à agir. Il avait observé un ultime instant le mouto
D'un seul œil. Car il s'éveilla dès qu'Hugo eut repris place.
Il s'ébroua et passa sa main libre dans les cheveux.
Puis il attendit patiemment la suite des événements.
Hugo enclencha une cassette de Public Image Lid dans le lecteur. Il lui fallait un truc robuste, dur, tranchant et hypnotique, qui le maintiendrait en activité. Puis il libéra le Sud-Africain.
Il était au summum de la méthode Burroughs-Moskiewicz. Son regard embrassait la route, le paysage et Koesler, à sa droite, et aussi l'arrière du véhicule, dans le rétroviseur.
Pinto s'éveillait à son tour et se redressait sur la banquette.
– Alors, suite du programme? demanda-t-il, la bouche pâteuse.
Hugo lui sourit dans le rétroviseur.
– On va prendre des nouvelles…
Il pouvait voir que Koesler se tassait légèrement dans son fauteuil. Pour lui aussi, maintenant, il valait mieux que l'opération se soit déroulée sans bavures.
À la cabine d'Almansil, Hugo fit le point dans sa tete et composa le numéro de la maison d'Ayamonte. Le sempiternel code de sécurité.
La voix d'Anita. Incroyablement intense, comme si un feu couvait sous le masque sociable et maître de soi.
– Anita, j'écoute.
– Bonjour, Anita, c'est Hugo, je viens aux nouvelles.
– L'opération est terminée. Tout s'est à peu près bien passé. Près de cent policiers ont cerné la maison. Deux hommes ont essayé de sortir et se sont fait abattre, les autres se sont rendus.
Hugo souffla, malgré lui.
– Bon… Ça veut dire que nous pouvons laisser filer Koesler et nous occuper tranquillement de Travis, maintenant.
– Non.
C'était une négation nettement affirmée.
Il sentit aussitôt que l'espèce de braise qui couvait ne manquerait pas de le brûler s'il tentait de la contrer. Voyons un peu le choc du feu et de la glace, se dit-il pour se do
– J'aime que les choses soient claires. Vous voulez dire par là que vous comptez trahir votre promesse?
Un silence, dont il percevait la vibration orageuse.
– Il n'y avait que six hommes dans la maison… et le dénommé Sorvan, là, leur chef, il n'y était pas… Pas plus que Vondt… Il faut que j'vous dise quelque chose à son sujet, d'ailleurs, j'ai appele Amsterdam dans la soirée et lui aussi c'est un ancien flic…
– Écoutez-moi attentivement, Anita (sa voix était incroyablement glaciale). J'ai engagé ma parole envers Koesler et vous aussi alors n'essayez pas de noyer le poisson. Je vous le dit carrément, que cela vous plaise ou non je libérerai ce type dans l'heure…
– Dans ce cas sachez que je demanderai à ce qu'un mandat d'arrêt soit également lancé contre vous. Et que je ferai fermer toutes les frontières à un dénommé Siemmens ou Koesler. Dans l'heure, moi aussi!
On passait un cran supérieur, là.
– Écoutez, reprit-il, plus froid que jamais, qu'est-ce que vous voulez que j'en fasse? Que je me le tape jusqu'à la planque de Travis?
– Non. Je vais vous dire ce que vous allez faire: vous allez le livrer aux flics d'Almansil. Je les appellerai tout de suite et ils se chargeront de lui… Et vous, vous rentrerez ici. Je dois prendre la situation en charge, maintenant.
– Vous plaisantez j'espère? C'est ça votre conception du partenariat? J'me tape le sale boulot et vous récoltez les lauriers, en gros?
– Ne faites pas l'idiot. Si leur chef est encore en liberté, la situation reste pratiquement inchangée. Alice continue de courir de grands risques. Madame K. est encore opératio
– Nous n'avons toujours pas avancé, Anita, je vous répète que nous lui avons do
– Et moi je vous répète qu'en échange nous devions avoir Sorvan, au minimum, et que nous ne l’avons pas. Madame K. tire toujours les ficelles…
Hugo réfléchissait à toute vitesse. Putain, plus têtu que ça il ne voyait que lui, en gros.
– O.K. Supposons que je lui extirpe un renseignement nous permettant de localiser Vondt, ou madame K, est-ce que vous réexamineriez votre position?
Un long silence.
– Écoutez, Hugo, qu'est-ce qui vous pousse à jouer comme ça les médiateurs? Vous êtes son avocat ou quoi? Je suis sûre que vous seriez moins compatissant si vous co
– Je ne demande qu'à être mis au courant.
– Non, pas maintenant.
Il l'aurait pilée, sur-le-champ.
– Bon, reprit-il, et notre deal alors? S'il nous livre Vondt, ou Kristensen, qu'est-ce qu'on fait?
– Dites-lui que je lui garantis une remise de peine des juges, disons une certaine compréhension, s'il nous livre la tête. Ce que je veux c'est Eva Kristensen. Rien de moins.
Nom d'une putain de tête en bois de fliquesse d'Amsterdam!
Il faillit éclater de rire dans la cabine. Mais ce rire se serait vite évanoui, comme un simple souvenir.
Maintenant il fallait gérer cette nouvelle situation avec Koesler, et ne pas commettre d'erreurs.
– Vous ne me facilitez pas la tâche, Anita, jeta-t-il avant de raccrocher.
En quelques secondes il avait programmé la séquence suivante. Il était impératif de ne rien laisser paraître.
Il s'assit au volant et démarra dans l'instant, le visage neutre et concentré de quelqu'un qui fait attention à sa conduite.
Il prit la route de Faro puis un petit chemin qui grimpait à l'assaut des collines, vers le nord.
Il vit Koesler se crisper, presque imperceptiblement.
Il fallait assurer le coup.
– On va mettre au point ta sortie du pays. Les flics sont d'accord mais faut encore un petit effort.
Il vide quadragénaire aux yeux gris fixer la piste, mais se détendre peu à peu.
Dans les collines il trouva un sentier forestier et le prit sans hésiter. Ils s'enfoncèrent sous un chapiteau vert et or aux senteurs ravissantes, qui entraient par les glaces grandes ouvertes. Un petit vent frais et tonique faisait bouger le sommet de la voûte végétale et créait un effet spécial naturel de grande envergure, comme si des arrosoirs de lumière se déversaient des branches.
Hugo se détendit à l'extérieur et invita les autres à en faire autant.
Pinto avait toujours le riot-gun bien en main, lorsqu'il sortit de la voiture.
Koesler les suivit à quelques mètres de là, les traits légèrement anxieux. Le visage de Pinto était fermé mais exempt d'agressivité, il se demandait lui aussi ce qui allait suivre.
Hugo se retourna face à l'homme aux yeux gris et laissa tomber:
– Y a un petit problème… Sorvan et Vondt ont échappé au coup de filet. Avec sans doute quelques hommes.