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En une poignée de minutes, la maison se transforma en une forteresse inexpugnable. Sorvan plaça les hommes à tous les points stratégiques, à l'extérieur comme à l'intérieur. Il envoya les deux Français en reco
– Que dit Koesler exactement, où ils sont les mecs de Travis? avait soufflé Dorsen, précautio
– Quelque parrt dans le coin. Il me dirre qu'eux rrôder entrre la Serra Monchique et l'autrre là-bas, Caldoeirro… Il me rrappeler si eux revenirr vers Monchique.
Puis il avait tourné dix bo
Dorsen s'était posté à une fenêtre, sur une chaise, et s'était patiemment préparé. Il avait armé son Beretta et engagé une balle dans le canon de la kalachnikov à crosse repliable. Puis il avait patiemment attendu, l'œil fixé sur la forêt enviro
Une demi-heure plus tard, il entendit Sorvan souffler en s'arrêtant près de lui. Des volutes de fumée planaient dans tout le salon.
– Quoi foutrre Koesler, nom de dieu?
Dorsen s'était légèrement retourné et avait vu le colosse, le regard intense fixant la petite route, debout à ses côtés. Une petite route qui serpentait jusqu'à la vallée et où aucune lumière mobile ne venait dans leur direction.
– Y vont p'têt plus du tout vers Monchique, maintenant, se risqua Dorsen.
Le Bulgare lui jeta un vague coup d'œil, puis lui tourna le dos.
Il fonça comme un rhinocéros en furie vers le vestibule de l'entrée. La ca
– Allô, K-2? ici Kaiserr, vous m'entendrre, rugissait l'énorme voix de Sorvan.
Elle rugit pendant cinq bo
Puis Dorsen avait entendu le pas lourd de Sorvan revenir dans le salon.
– Dorrsen? Koesler ne répondrre pas. Il y a un prroblème…
Dorsen avait doucement fait face au colosse.
– Nous devoirr agirr.
Dorsen avait instinctivement compris que le Bulgare venait de l'engager d'office comme lieutenant et il avait passé le fusil d'assaut russe sur son épaule.
Sorvan semblait réfléchir intensément.
– Nous allons sorrtirr. Verrs cette sierra, là où Koesler dirre que le Sicilian allait. Nous parrtager les équipes. Toi, les deux Frrançais et moi on va sorrtirr, Antoon…
Son hurlement retentit dans toute la maison, jusqu'à la cuisine ou se trouvait ledit Anton.
L'homme accourut au pas de course. Anton était un des rares survivants des hommes de Sorvan, avec Rudolf et les deux Français. Il avait fait équipe avec un type de Koesler, à la frontière de Vila Real de Santo Antonio, et avait ainsi échappé au massacre. Les équipes de Badajoz et d'Albufeira étaient constituées d'hommes de Koesler.
Quant aux deux Portugais de Marvao, c'étaient des hommes du milieu local, qui avaient été visiblement mis sur le coup par leur mystérieux contact au Portugal.
Anton était un jeune élève officier de la police bulgare qui avait dû fuir avec le colosse en 1991.
C'est en bulgare que le colosse s'adressa à son congénère.
– Anton, toi et Rudolf vous allez rrester ici et vous coordo
Anton hochait à peine la tête.
– Bon, rrappelle les Frrançais au talkie.
Il se tournait déjà vers Dorsen, alors qu'Anton marchait d'un pas vif vers l'entrée en collant un rectangle noir, gainé de cuir à son oreille.
– Je n'aime pas ça, que Koesler ne pas répondrre, reprenait le Bulgare dans son néerlandais approximatif.
Dorsen ne répondit rien. Lui non plus il n'aimait pas ça. C'était Koesler qui l'avait embauché sur ce coup, en lui promettant un boulot sans trop de risques et il co
Dorsen avait pris le volant, avec Sorvan à ses côtés et les deux Français à l'arrière. Ils avaient pris une des deux grosses Opel Vectra et Dorsen avait suivi consciencieusement les indications que Sorvan lui do
Ils plongèrent dans la vallée et foncèrent en direction de l'est. Trente bornes plus loin, Sorvan lui dit de prendre la petite route qui menait à la N124. Il surveillait attentivement la carte, l'index plaqué sur un coin précis du réseau, l'œil guettant le moindre pa
– Voilà, c'est quand eux prrendrre cette rroute que Koesler envoyer son derrnier message.
Dorsen ralentit et mit les feux en veilleuse.
Ses yeux se plissèrent pour discerner la voie blanchâtre qui s'enfonçait vers les versants des hautes buttes boisées, aux contours découpés, là-bas à l'horizon.
C'est dans cette montagne boisée qu'ils tombèrent sur la voiture de Koesler.
La voiture n'était pas du tout à la bo
Elle se dressait sur le côté de la piste, en contre-bas d'une pente caillouteuse couverte de pins et de cèdres, posée étrangement en équilibre sur le côté. La voiture était complètement défoncée et sous le rayo
Il s'extirpa de la voiture, s'appuya sur sa ca
Dorsen sortit à son tour, puis les deux Français, chacun de son côté.
Ils entourèrent la voiture et promenèrent les faisceaux de leurs torches de part et d'autre de la route, sur la pente du haut en en contrebas, à la recherche du corps de Koesler. Mais perso
– Ils l'ont p'têt'buté plus haut, sur la route, à l'extérieur de la voiture, laissa tomber Dorsen, sans dire un mot plus haut que l'autre.
Sorvan observait le capot de la Seat, accroupi devant la calandre verticale.
– C'est bien ce fumier avec la mitrraillette… Bon, jeta-t-il en se redressant.
Puis en jetant un coup d'œil vers l'obscurité où descendait la pente de gauche:
– On va foutrre la voiturre là-bas dedans… Allez.
Et les deux Français repoussèrent la voiture sur ses roues, qui s'enveloppèrent de poussière en retombant dans un fracas de métal brisé et de verre pilé.
Puis avec Dorsen ils s'arc-boutèrent sur le métal défoncé et jetèrent la carcasse dans la ravine caillouteuse, parsemée d'arbustes épineux et de pins, qui s'enfonçait vers un petit cours d'eau, sinuant entre la serra et un de ses contreforts.
– On va continuer surr la rroute… Faut trrouver Koesler…
Et ils remontèrent tous en silence dans l'Opel.
Sorvan décrocha aussitôt le micro de la C.B. et appela Monchique.
Il tomba sur Anton et il gronda, en bulgare:
– Anton? Alors?
– Rien, chef. Rien du tout. Pas de bagnoles, pas de visiteurs. Rien à signaler à l'horizon.
Sorvan grogna:
– Bon, putain, en quoi tu veux qu'jte le dise: j'te demande si t'as des nouvelles de Koesler alors tu me réponds si oui ou non, d'accord? Sorvan avait meuglé ça d'un ton qui fit froid dans le dos à Dorsen.
– D'accord, chef, non, non, pas de nouvelles de Koesler.
Sorvan avait coupé sèchement puis avait observé la route. Dorsen mit pleins phares quand ils abordèrent le tronçon de route qui surplombait l'endroit ou la Seat de Koesler s'était immobilisée. Le chemin de terre était constellé de bris de métal et de Plexiglas qui scintillaient comme du mica, sous la lumière électrique. lis ressortirent et fouillèrent les buissons alentour. Sorvan détecta la trace des pneus de la Seat et celles d'un autre véhicule. Qui avait continué droit vers l'est.
Mais le corps de Koesler restait introuvable.
Sorvan demanda à Dorsen d'éteindre les feux de la voiture puis il s'assit sur le siège passager, les deux pieds bien à plat sur la route, près d'une étoile de Plexiglas. li dirigea sa lampe de poche sur la carte routière.
– Bon, cette rroute conduirre jusqu'à la N2, là-bas… Mais nous êtrre déjà à quatrre-vingts borrnes de Monchique…
Il observait Dorsen et les deux Français qui revenaient de leur fouille dans les fourrés en hochant négativement la tête.
– Putain, gronda le Bulgare, qu'est-ce que lui fairre du corrps de Koesler ce fumier?