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– Bon et là tout de suite j'aimerais que tu nous dises comment on peut t'appeler.
L'homme replongeait son regard dans celui d'Hugo.
– Je m'appelle Gustav Siemmens. C'est tout?
– Non, évidemment. Tu me diras aussi tout ce que tu sais sur votre bo
L'homme soupira en plissant les yeux. Il prenait seulement pleinement conscience de la chose, de la merde dans laquelle il était.
– Il est évident que ce que je cherche c'est que ta trahison soit irrémédiable. Dès ce soir. Que tu ne puisses faire machine arrière et que tu sois dans l’obligation de te tirer au plus vite d'ici. Peut-être même d'Europe. En échange, je négocierai le délai maximal que je pourrai obtenir. En trichant même un peu avec les flics pour te filer du rab, si je suis content de toi.
– Qu'est-ce qui me prouve que vous tiendrez vos promesses?
– Une seule chose: le fait que j'aurais pu te tirer d'abord une rafale dans les jambes. Avant de commencer la discussion.
L'homme émit un vague assentiment en opinant doucement du chef.
Il pesa une décision, le regard tourné vers l'intérieur. Un choix douloureux, mais exécuté sans trop de remords visiblement.
– Bon, si j'obtiens vingt-quatre heures de délai tu peux considérer le marché comme réalisable.
– J'ai besoin d'une marge de manœuvre pour négocier. Tu descendras à douze heures. Ça te laisse amplement le temps de te barrer pour les antipodes.
Le type lui jetait un regard glacé qu'Hugo soutint d'un œil parfaitement neutre.
L'homme finit par laisser tomber:
– D'accord pour douze heures.
– Bien, laissa tomber Hugo négligemment, maintenant tu te réinstalles dans le coffre.
Et il montrait la gueule noire grande ouverte, comme déjà habituée à la présence de ce passager incongru.
À Almansil il trouva une cabine et un endroit discret pour garer la Nissan. Si le dénommé Siemmens avait communiqué la description de la caisse à ses complices il faudrait d'urgence la changer dès demain matin, à la première heure, pensa-t-il en ouvrant la porte vitrée à soufflets.
Il composa à toute vitesse la série de codes de sécurité, mais il lui semblait que des siècles passaient avant que la voix d'Anita ne réso
– Anita, j'écoute.
Tout allait bien.
– Bon, c'est toujours moi, Hugo. J'ai encore du nouveau. Silence et chuintement électrique de la ligne téléphonique.
– Quel genre?
Hugo mit de l'ordre dans sa tête, il n'avait pas vraiment préparé son speech.
– Genre imprévisible. Bon voilà: à la sortie de Faro, avec Pinto, je me suis rendu compte qu'on était suivi… Je… comment dire… On cherchait Travis, vous voyez, et je voulais pas trop conduire ce type dans la bo
– C'est normal.
Elle en convenait aussi. Ça pourrait marcher.
– Bon, donc j'ai improvisé et… on a quitté la nationale, vers Silvès.
– O.K, Hugo…, soupira-t-elle.
Ça voulait dire d'aller droit au but, ça.
– Bon, on a trouvé une espèce de piste vers la Serra de Caldoeiro. Une route déserte, voyez. Y'faisait nuit. On a piégé le mec.
A nouveau le silence et l'électricité, sur lesquels se posait un souffle gracile.
Il se demanda s'il avait expliqué la chose avec suffisamment de concision.
– Bon dieu. Vous avez son identité?
– Il m'a dit s'appeler Gustav Siemmens, écoutez voilà, je…
– Vous avez vérifié?
– Quoi, vérifié?
– Son identité. Vous avez vérifié son identité?
Putain pensa-t-il suprêmement agacé, non, il etait pas flic, lui.
– Non j'ai quelque chose de plus important à vous dire dans l'immédiat.
Un soupir.
– O.K. Quoi?
– On peut traiter avec lui. Il nous do
Un long silence électrique, avec ce souffle posé, diaphane, à la limite du perceptible.
– Vous avez déjà engagé des tractations avec lui?
La voix était sévère. Et réclamait un éclaircissement immédiat.
– Non, je lui ai dit que je devais d'abord avoir l'autorisation légale d'un officier de police judiciaire. Mais c'est vrai qu'il est déjà d'accord. Si on lui do
Une nouvelle virgule de silence.
– Je vois… Et vous?
Tiens… Elle manifestait un intérêt pour ce qui allait advenir de lui, sur l'autre branche du futur.
– Moi aussi je devrai m'évanouir dans la nature, mais je vous expliquerai ça plus tard. En attendant est-ce que vous m'autorisez officiellement à entreprendre des tractations avec Siemmens, dans le cadre dont je vous ai parlé?
Un nouveau silence. Une plus forte pression du souffle.
– Oui. Pas plus de douze heures. Mais je veux aussi savoir où est Mme Kristensen et je veux sa véritable identité, à lui.
Hugo suspendit sa respiration. Il n'avait pas pensé à ça.
– Je n'avais pas prévu ça, Anita… Désolé. Ecoutez, je vais essayer de faire passer cette pilule et je vous rappelle aussitôt. En attendant préparez les flics à un hallali. Si ça marche, dans une demi-heure vous pouvez leur communiquer l'adresse de la bande.
– D'accord, on dit un autre coup de fil dans une demi-heure. Si vous ne le faites pas dans trois quarts d'heure c'est qu'il y aura eu un problème, disons… sérieux. Dites-moi où vous êtes.
Un mélange d'attention et de professio
– Oui, je suis à Almansil, à l'ouest de Faro.
– Je co
– O.K. Nissan vert sombre. Neuve. Plaques espagnoles.
– Décrivez-moi Siemmens.
– Un grand type, solide. Cheveux bruns, yeux bleus presque gris, un visage mince. un peu émacié, aux traits réguliers, avec un grand nez droit et qrelques rides. Un type de quarante-cinq ans, pas plus.
Le souffle, légèrement suspendu.
– Cheveux bruns?
– Ouais, mais c'est de la teinture, je suis sûr que ses cheveux sont comme ses sourcils et l'ensemble de sa pigmentation, un blond très clair, presque cendré, je peux parfaitement le décrire parce que mon père lui ressemblait, sur ce plan-là strictement, j'entends…
Un léger rire, fruité, comme une saveur palpable malgré la distance.
– Incroyable, Hugo, vous savez qui c'est?
– Non, du tout, répondit-il sincèrement éto
– D'après votre description il s'agit sûrement de Koesler, Karl.
– Et alors?
– C'était… disons le secrétaire spécial d'Eva Kristensen et Wilheim Bru
– Non, je ne comprends rien. Vous me dites oui, puis après vous me dites non. Et c'est quoi putain cette histoire de snuff-movies, au pluriel, Alice ne m'a parlé que d'une seule cassette.
Un soupir, avec son cortège de parasites saturés.
– Pluriel?… Ah, évidemment, vous ne vous doutiez pas de la chose?
– Que… Non… Putain… ah, bon dieu je ne sais même plus comment m'expliquer clairement. Bon, résumons-nous, Eva Kristensen a fait d'autres films que celui qu'Alice a trouvé chez elle?
– Oui. Quand Alice a volé cette bande elle était entreposée dans une pièce remplie d'autres cassettes.
Ah, oui, d'accord, se mettait-il à comprendre. La mère Kristensen montrait enfin son véritable visage.
– Est-ce qu'on peut dire que c’est le genre de ca
Un bref éclat de rire froid, et réprimé, désespéré.
– Oui, je pense qu'on peut la décrire comme telle.
– Je vois…, laissa-t-il tomber, rêveur. Cette chasse prenait tout son sens.
L'enfer s'était déplacé. Non, il proliférait, comme un virus. Comme les deux gosses brita
– Dites-moi, vous avez vu les images, vous… c'était comment, genre vidéo 8 amateur, filmée à la va comme j'te pousse ou ça vous semblait, comment dire, tourné de manière professio
– Je comprends… Oui, professio
Oui, pensait-il, le siècle s'achevait par la cerise confite couro