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Alice s'exécuta et la jeune femme se saisit des objets en émettant un petit râle. Son bras gauche était maintenu par une attelle de carbone, dans un bandage tout à fait orthodoxe.
– Prenez deux comprimés contre la fièvre et un antibiotique. Et buvez cette bouteille entièrement, ordo
La jeune femme eut un léger sourire lorsqu'elle hocha la tête. Elle avala les pilules et reposa la bouteille contre elle.
– Et maintenant, qu'est-ce qu'on fait? demanda-t-elle, tout à fait sérieusement.
– Pour le moment je réfléchis… Le mieux serait évidemment que vous alliez au plus vite dans un hôpital et que moi, je ramène cette môme chez son père…
La jeune femme exhala un petit soupir.
– Et où pensez-vous que ça se trouve, ça?
– J'vous l'ai dit à l'hôtel, j'sais pas exactement, mais Alice le sait et vous-même vous avez parlé d'Albofera ou quelque chose comme ça, non?
– Albufeira, corrigea-t-elle dans un souffle.
– C'est ça, Albufeira.
– Ce n'est pas là.
– Comment ça, ce n'est pas là?
– Ce n'est pas à Albufeira. Cette adresse n'est plus la bo
Oh, merde, pensa Hugo, si fort qu'il crut l'avoir prononcé à haute voix.
Il regardait Alice qui ne disait rien, la bouche entrouverte, proprement hébétée. Il comprit qu'Alice n'en savait pas plus. Qu'elle ignorait en fait où se trouvait son père.
On pouvait parler de série noire, en effet.
– Écoutez, reprit la jeune flic. Ça ne sert plus à rien ce que vous faites. Même si je ne sais pas ce qui s'est passé exactement à Évora ni pourquoi les flics ont mis tant de temps pour venir, vous pouvez être sur que dans quelques heures à peine le pays tout entier sera à votre, à notre recherche…
Hugo réfléchissait, à toute vitesse, tel un ordinateur amphétaminé. Ari, qu'aurait dit Ari, nom de dieu?
Pense par toi-même, lui gueulait alors une voix tonitruante, trouve une putain de solution.
– Hugo, reprit la jeune femme, d'un ton conciliant. Il faut me ramener à un centre de police, le plus vite possible. Ces hommes ont tué un policier là-bas, l'homme de la porte du fond. C'était le policier qui m'aidait à retrouver Travis au Portugal. Il faut que vous me laissiez, avec Alice, à un commissariat quelconque. Ensuite si vous voulez je vous laisse une douzaine d'heures pour remonter à fond vers l'Espagne et la France…
Hugo se retourna vers elle avec un rictus plus sarcastique qu'il ne l'aurait vraiment voulu.
– Vous rigolez ou quoi? Vous pensez être en situation de discuter?
Sa voix était vraiment dure et il décida de calmer le jeu.
– Écoutez miss. Vous êtes blessée et moi je dois conduire cette môme jusqu'à son père.
– Je vous ai dit que ce n'était plus la bo
– Je sais. J'ai entendu.
– Qu'est-ce que vous comptez faire, alors?
Là, Hugo était bloqué.
– Je ne sais pas encore, justement je réfléchissais avant de me faire interrompre, me semble-t-il…
La jeune femme soupira.
– Écoutez, reprit Hugo, c'est sans doute vrai que je n'ai pas la bo
La flic releva une paire d'yeux éto
– Et quoi donc?
– Alice ne veut plus être mise sous le contrôle de la police. D'après elle, si jamais je fais ça sa mère la reprendra, presque illico. Son père n'a strictement aucun droit légal sur elle. Elle me l'a dit, texto, tout à l'heure pendant que vous dormiez. Elle peut vous le confirmer si vous le désirez.
Il fit signe à Alice de se lancer.
Elle se retourna vers la flic et se concentra deux petites secondes.
– Anita… c'est vrai. Si la police me reprend ma mère et ses avocats me récupéreront, vous le savez bien…
Hugo alluma une cigarette et tendit son paquet par-dessus la banquette. La jeune femme se saisit d'une Camel. Il lui tendit l'allume-cigares puis attendit sa réponse.
– Bon… Vous avez raison. Je ne suis pas en mesure de discuter… Quelle est votre décision?
– Nous allons nous reposer un peu, déjà. Et je vais jeter à nouveau un coup d'œil au trou de gros calibre que vous avez dans le bras… Si vous n'y voyez pas d'inconvénient.
Après qu'il eut inspecté la blessure et vérifié que le bandage et les points de suture tenaient le choc, il l'avait regardée et lui avait jeté un maigre sourire.
– Ça pourra faire l'affaire un jour ou deux. Mais d'ici là, je vous aurai conduite à un hôpital…
– Qui êtes-vous?
– Hugo est un surnom. Je m'appelle Berthold Zukor.
Il ne regarda même pas Alice pour lui transmettre un message invisible. La fliquesse ne paraissait pas avoir les yeux dans sa poche.
– Berthold Zukor, murmura-t-elle.
– Vous voulez voir mes papiers?…
– Bon, non ça va. Comment avez-vous rencontréAlice?
Hugo jeta un coup d'œil vers la petite.
– Vous n'avez qu'à le lui demander, elle vous do
La flic ne répondit rien..
Il se redressa hors de la voiture, et prit une profonde inspiration d'air pur et tonique.
– Raconte-moi, Alice, consentit-elle à lâcher devant Hugo muré dans son silence.
Alice s'agita puis réfléchit, prit son inspiration et se lança.
– Voilà. Quand j'ai fui du magasin, des hommes de ma mère m'ont poursuivie et je me suis cachée dans la voiture d'Hugo. Comme ça. Au hasard. Ensuite Hugo m'a emmenée avec lui et…
Il la vit hésiter devant l'épisode de Vitali et il faillit lui envoyer un clin d'œil complice lorsqu'elle reprit son récit, en omettant le crochet par Düsseldorf.
Il fit le tour de la voiture pour faire quelques pas. Dans son dos la môme continuait son récit.
– Ensuite… Nous sommes descendus jusqu'en Espagne, puis à la frontière des hommes de ma mère ont réussi à me prendre mais Hugo m'a délivrée, ensuite nous sommes venus… Jusqu'ici. A Évora…
Toorop sourit. Il retourna s'asseoir derrière le volant.
La jeune femme semblait réfléchir à toute vitesse. Mettant en place des bouts de solutions a un rébus compliqué.
– On a retrouvé deux hommes dans une voiture allemande, au nord de Castelo Branco. Plombés de balles. C'était vous?
Il réfléchissait à toute vitesse, lui aussi. Il décida de jouer franc-jeu. De toute façon deux types de plus ou de moins, au point où il en était…
– Oui. Les types avaient attrapé Alice. Une histoire un peu compliquée. J'ai dû intervenir…
La fliquesse lui jetait un regard curieux, presque éto
– Qu'est-ce que vous faites dans la vie, monsieur Zukor?
Il eut un petit rire bref, irrépressible. Ses yeux se plissèrent malicieusement, sans qu'il y puisse rien.
– Là très franchement j'ai peur que nous n'ayons pas assez de toute la nuit pour éclaircir ce mystère. C'est une question que je me pose sans arrêt…
Il vit un muscle se détendre au coin de la bouche joliment dessinée, mais fermée par la concentration. Une esquisse de sourire. Un petit éclat amical dans le regard. Fugitif mais tangible. Elle sembla détendre toute sa structure.
– À moi de poser des questions si vous le voulez bien…
La jeune femme hocha la tête en silence.
– Que savez-vous sur Travis? Avez-vous une idée de l'endroit où il se trouve?
– Je sais un certain nombre de choses sur Travis que je n'ai pas le droit de vous dire. Et je n'ai aucune idée de l'endroit où il se cache.
Hugoo se ferma. Il retenta le coup.
– Ecoutez, do
Anita réfléchit quelques instants.
– Oui… On pourrait commencer par chercher un bateau nommé la Manta . Un hangar. Un terrain, en bord de mer. Le nom d'une société.
– C'est tout ce que vous avez?
– Oui, mentit Anita en occultant la maffia et la drogue.
– La Manta murmura Hugo.
Il regarda la montre du tableau de bord. Dans une heure l'aube se lèverait.
– Bon, une ou deux heures de sommeil, d'accord? et on reprend la route aux aurores.
– Par où comptez-vous commencer?
Il se cala sur le siège, qu'il rabaissait vers la banquette en poussant un grognement de satisfaction. Il invita Alice à en faire autant. La BMW était suffisamment spacieuse pour que cela ne gêne pas Anita.
Il répondit à la question de la jeune femme en mettant un bras sur ses yeux.
– Je ne sais pas encore… On verra bien sur le moment. Maintenant dormez. Une ou deux heures…
Le PM était enfermé dans le coffre. Les clés étaient dans une poche du blouson retenues par une chaînette. Le Ruger était à sa place. La fille ne co
Il plongea presque aussitôt dans un puits de béatitude sans fond.
Quand il avait entendu les détonations et les rafales, Vondt était sorti de la voiture. Il avait dit aux deux Français qui surveillaient l'entrée de prendre des fusils et d'aller se poster aux coins de la rue, d'ouvrir le feu sur tout ce qui bougerait et de se maintenir en contact talkie permanent avec lui.
Il alluma son propre poste et marcha jusqu'à l'entrée d'un pas vif.
À l'intérieur on se serait cru à fort Alamo. Dans le hall, il vit Rudolf, la main crispée sur son 38, faire un geste désespéré vers la cage d'escalier au bas de laquelle Koesler, armé d'un fusil à pompe, et un Indonésien, armé d'un petit Uzi, tentaient d'accéder à l'entresol. Ça pétaradait dans tous les sens et la cage était soumise à un véritable tir de bacrage. Ils montaient prudemment les marches lorsqu'un corps déboula lourdement vers eux et que les rafales augmentèrent d'intensité. Ça canardait dans tout l'étage.
Il hurla à Koesler et à Jampur d'y aller, nom de dieu, alors qu'il armait son 45. Puis il gueula à Rudolf ce qu'il foutait encore ici alors qu'il y avait du travail à l'étage. Le gros Allemand courut jusqu'à l'escalier à la poursuite de Koesler.
Mais les détonations reprirent de plus belle et un autre corps déboula l'escalier, alors que Vondt atteignait le bas des marches. Les rafales et les coups de feu trouaient l'espace, dans un vacarme hallucinant. Un fusil à pompe glissait sur les marches à côté du corps, troué d'impacts. Il entendit des cris et le bruit d'une retraite précipitée. Il croisa Koesler qui redescendait à toute vitesse en tenant un Sorvan fulminant, blessé à la jambe en de multiples points. Son bras tombait mollement sur la poitrine de l'Afrikaner, la main un peu flasque autour de son énorme 44 magnum automatique.