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CHAPITRE XVIII
C'est Alice qui l'avait réveillé.
Dans son sommeil un mouvement de forte amplitude était venu bousculer les règles d'un rêve très ancien qui venait périodiquement assaillir sa conscience endormie. Puis une voix avait réso
– Hugo, lui disait-elle, réveillez-vous… Hugo, il faut que vous vous réveilliez…
Il se réveilla.
– Ou'est-ce qu'ya?
– Ils sont là, Hugo… Oh, plein d'hommes, des hommes de ma mère… ils sont dans l'hôtel.
Il prit conscience tout à fait, rejetant les draps et s’asseyant sur le lit.
– Oui, jeta-t-elle, plus terrifiée à chaque seconde, je les ai vus entrer et j'ai entendu du bruit en bas, je… je ne dormais pas très bien et j'ai entendu leurs voitures… OH!
Elle venait de sursauter alors que de lourdes foulées grimpaient l'étage et que des voix étouffées se faisaient entendre.
– Ce sont eux, mon dieu, faillit-elle hurler mais Hugo lui faisait signe de la boucler, puis lui montra d'un geste ferme le cabinet de toilettes. Sa main empoignait déjà le pistolet-mitrailleur.
Il se mit sur ses pieds, doucement, et s'accroupit en tendant l'oreille, derrière le lit. Alice refermait la porte des toilettes sur elle. Le silence était retombé. Il déclencha le cran de sûreté et mit le système photo-optique en route. Il s'installa confortablement le dos au mur, en repliant ses jambes sur le sol et en tenant l'arme dirigée vers la porte, bien calée sur l'oreiller.
Un long film vert commença. Dans le viseur une porte verdâtre s'encadrait sur un mur d'une autre nuance, légèrement plus claire. Aucune lumière dans le couloir. Les types voulaient profiter de l'obscurité: ils allaient être servis.
Il attendit patiemment que la porte s'ouvre.
Une énorme détonation le fit sursauter, malgré l'habitude. Un violent éclair zébra l'image monochrome, là où la serrure explosa.
Et le rectangle vert intense découvrit un autre rectangle très dense, presque noir, mais où se détachaient nettement trois silhouettes, d'un beau vert, électrique et généreux. La croix graduée du collimateur se trouvait en plein sur la grosse silhouette du centre. Les hommes allaient se ruer dans la chambre dans une fraction de seconde.
Il appuyait déjà sur la détente. Un énorme jet de flammes orange troua la nuit, dans un bruit infernal. L'arme tressauta contre son épaule et il vit l'homme du centre et son voisin de droite partir à la renverse. Les flammes trouaient toujours la nuit et l'homme de gauche tenta de tirer avec son arme, en se jetant en avant, Hugo vit nettement l'éclair fluorescent zébrer la lentille mais le tir de l'homme ne fut pas assez précis. Les flammes orange to
Le viseur se stabilisa sur l'homme dans l'escalier alors que les flammes trouaient la nuit. Il vit la silhouette s'aplatir contre le mur, ombre verte sur un simple décor gris verdâtre. Le bruit de son corps reso
Son premier chargeur était vide. Il le dégagea vivement et le retourna d'un geste avant d'enclencher son double scotché dans un claquement sec.
Il arma la culasse.
C'est à ce moment-là qu'il se passa quelque chose d'étrange dans le couloir. Le grand type ne tirait plus vers lui, il tirait vers l'autre extrémité du couloir, d'ailleurs n'avait-il pas vu une porte s'ouvrir à la périphérie de sa vision alors qu'il plombait le type de l'escalier? Oui, la porte du fond en face de la sie
Le bruit du percuteur agaça son oreille.
Il reprit son souffle et essuya la sueur qui lui dégoulinait de partout sur le visage et dans le cou.
Il entendit leur course au rez-de-chaussée, la porte du hall s'ouvrir et des cris réso
Il fut surpris de constater qu'aucune sirène de police ne hululait dans la nuit.
Seigneur dieu. Cela faisait trois bo
Les silhouettes avachies en travers de la porte et le poids du PM dans le creux de sa main lui montraient toute la matérialité du phénomène.
Il ne fallait pas rester. Il courut jusqu'au cabinet et lança d'une voix étouffée:
– Alice c'est moi, Hugo. Tu peux sortir. C'est fini, maintenant.
Il entendit le verrou qu'on poussait puis le battant pivota, la découvrant, le visage anxieux et proprement défait.
Hugo tenait négligemment l'arme vers le sol, il gérait l'urgence et avait oublié momentanément le long terme. On avait tiré une deuxième fois du fond du couloir, après que l'homme de la chambre avait été abattu par la grande silhouette. C'était même sûrement ces coups de feu qui avaient atteint le chef des ombres.
Il était juste en train d'y penser lorsqu'il vit le visage d'Alice fixer un point derrière lui. Son visage exprimait une émotion indicible. Un mélange d'incompréhension, d'éto
Il se retournait lorsque la voix avait éclaté, extrêmement sèchement.
– Policia. Polizei. Police, puis en portugais: ne faites aucun geste et laissez tomber votre jouet.
Du coin de l'œil Hugo vit une élégante silhouette s'encadrer dans l'ouverture. Des cheveux longs, fauves, presque roux, qui tombaient sur ses épaules. Un simple polo noir et un blue-jean. Oui, bien sûr, la voix avait été si totalement féminine.
Il fit doucement face à la silhouette qui avançait vers lui, une des ses mains braquant le flingue vers lui, tout à fait professio
L'autre pendait mollement le long de son corps. Malgré l'obscurité, il put discerner des reflets gras dans le haut du bras. Et des rigoles noires suintant sur son poignet blafard.
– Ne faites rien de regrettable, et laissez tomber votre jouet. Je suis droitière.
Elle voulait sûrement dire par là qu'elle tenait son petit automatique de la main la mieux entraînée, se dit Hugo. Son regard se portait maintenant sur Alice.
Celle-ci totalement paralysée lâcha péniblement, en hollandais:
– Ma… Madame Van Dyke…
La femme-flic fit un sourire à l'enfant tout en continuant de braquer son petit automatique sur la figure d'Hugo. Manières qu'il trouvait tout à fait détestables et manquant de courtoisie.