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Hugo ouvrait le coffre. Il s'empara du sac de sport vide et y fourra la mitraillette, enveloppée dans son étui de plastique. Puis il ouvrit la mallette de gauche et s'empara de quelques sous-vêtements, tee-shirt, chaussettes, slip, ainsi que de sa trousse de toilette.

Enfin il ouvrit la trousse à outils où il récupéra un rouleau de Chatterton noir, qui rejoignit la mitraillette et le linge.

Puis il mit le sac sur son épaule et referma le coffre.

À l'accueil un homme bronzé au regard aimable et intelligent lui do

Une pièce assez vaste, mine de rien. Avec des fenêtres do

Hugo remercia l'hôte et prit possession de la chambre.

Alice alla se planter à la fenêtre.

– Prends une douche, et couche-toi, laissa-t-il tomber sans intention particulière.

Elle lui jeta un regard surpris avant de se diriger vers le petit cabinet de bains.

Hugo attendit qu'elle se soit enfermée pour ouvrir le sac. Il s'empara de la mitraillette et découpa le Chatterton qui retenait les chargeurs. Il en enclencha aussitôt un et arma la machine. Un claquement sec. Une balle était engagée dans le canon. Prête à l'emploi.

Puis il scotcha un chargeur sur celui qui était en place, tête-bêche, ce qui permettait de recharger à toute vitesse, en un tour de main.

Il en confectio

Il alla vérifier que la porte de la chambre était bien fermée à clé. À double tour.

Il ôta son blouson et ses bottes et s'allongea sur le lit.

Alice ressortit de la cabine avec un long tee-shirt blanc et une paire de petites chaussettes blanches. Elle se dirigea d'un trait vers son lit et se fourra sous les draps en éteignant sa lumière.

Hugo se leva et s'enferma à son tour dans la cabine de douche. Il se décrassa entièrement et revêtit ses sous-vêtements propres, puis il s'enroula à son tour dans les draps.

La lune projetait des stries pâles et dorées par les interstices des volets. Il ne vit pas le sommeil venir.

Ils arrivèrent en vue d'Évora un peu avant minuit et demi, par la Nl8. La N254 était plus jolie, mais la N18 était plus rapide lui avait dit Oliveira à l'intersection.

Le flic conduisit prudemment mais sûrement dans le dédale de vieilles rues. Il s'arrêta devant un porche qui do

Ils suivirent le tenancier de l'hôtel dans l'escalier garni de plantes exotiques et purent jeter au passage un coup d'œil admiratif à la terrasse qui do

Ils prirent deux chambres séparées mais voisines et se do

Anita posa son petit sac de sport sur le lit et fit le tour de la chambre.

Elle prit une douche rapide, puis une seconde, beaucoup plus longue, qui vida le ballon d'eau chaude, et réalisa qu'elle n'arrivait pas à se detendre. Malgré la fatigue, un virus énervé s'agitait dans son métabolisme. Elle tenta de faire le point, allongée, nue, sur le lit.

Elle entendit vaguement qu'on pénétrait sans trop de bruit dans une chambre, à l'étage. Des bruits furtifs.

Puis elle s'engouffra dans les draps. Elle se résigna à éteindre la lumière en sachant pertinemment que le sommeil ne viendrait pas tout de suite.

Mais rien de bien cohérent ne semblait surgir de ce brainstorm nocturne et involontaire. Les images du Grec tournoyaient régulièrement comme un diaporama malade et obscène. Le fichier Manta, se répétait-elle alors, comme un mantra hypnotique, le fichier Manta, tâchant de se concentrer sur ce qu'elle avait découvert d'important.

Travis. Skip. Un bateau. Une société. Un hangar sans doute quelque part. Un compte bancaire. Il faudrait s'occuper de cela dès demain, après avoir vu les cadavres à la morgue.

De faux citoyens belges. Roulant dans une voiture allemande. Des hommes d'Eva Kristensen?

Mais par qui se seraient-ils fait descendre? Eva K. aurait-elle des concurrents? Le milieu? La maffia?

Bon sang, Oliveira lui avait dit que Travis co

Nom de dieu… Travis aurait-il fait appel à des tueurs expérimentés du syndicat du crime sicilien pour contrer son ex-femme?

Elle se retourna sur le dos, soudainement tendue, et concentrée.

Oui, pensait-elle alors, presque furieusement.

La chose ne s'était jamais éclairée sous cet angle.

Travis était peut-être plus qu'un simple marin toxico? Peut-être n'était-ce qu'une couverture? Peut-être travaillait-il en fait pour la maffia, ou une organisation approchante?

En ce cas, pourquoi aurait-il fait exécuter ces hommes sur le bord d'une route portugaise? Ben tiens, réagissait-elle. Parce qu'ils y étaient, évidemment. Ce qui voulait dire qu'Eva K. n'était pas loin et que l'étau se resserrait. Travis devait très certainement se méfier au plus haut point de son exfemme. Il avait alors pris les devants et fait exécuter deux types un peu trop curieux… Peut-être Travis se planquait-il à un endroit peu éloigné du lieu de l'exécution… Oui, oui sans doute. Mais il y avait autre chose. Et cette autre chose, Anita le savait de tout son être, cette autre chose c'était Alice.

Elle ne savait d'où venait cette impression mais elle sentait comme l'aura immatérielle de la fillette dans cet «incident». Elle s'agita dans les draps.

Une sorte de scénario tramait sa toile dans son esprit. Et si Travis avait en quelque sorte planifié la fugue d'Alice? Oui mais… Comment?

Pas de réponse.

Supposons qu'il travaille pour la maffia, il doit posséder des relations bien placées et un réseau efficace. Admettons qu'il ait réussi à communiquer avec Alice, malgré sa déchéance des droits paternels. Peut-être était-ce cela le projet dont Travis parlait dans son courrier au Grec. Peut-être même était-ce pour cela qu'il avait programmé sa d i sparition?

Pour s'évanouir dans la nature des mois avant l’execution. Histoire d'avoir le temps de bien brouiller les pistes. Sans doute le bateau aurait-il servi à filer aux antipodes, avec sa fille, dans une retraite bien préparée.

Oui, mais Alice s'était sauvée de chez elle après avoir vu la cassette de Chatarjampa, il était difficile de voir une main extérieure à tout cela.

Oui mais c'est justement ça, le chaos, le désordre, le hasard. Alice était tombée sur la cassette avant que Travis n'ait eu le temps de tout mettre en place. Elle avait fui avant son ordre et sans doute ne savait-elle pas du tout où il se trouvait. Non, sans doute perso

À trois heures du matin passées, elle ne dormait toujours pas. Elle avait élaboré cent hypothèses, échafaudé mille scénarios. Elle pesta contre l'insomnie et se leva pour boire un verre d'eau. Elle tourna cinq minutes dans la chambre éclairée par le pâle rayo

Elle finit par somnoler après avoir éteint sa cigarette. Elle tenta de faire le vide en elle, uniquement tendue vers le silence qui baignait l'ancien solar. Elle commença à légèrement partir…

Un bruit de moteur apparut graduellement dans l'univers. Puis un deuxième, juste devant l'entrée. Les moteurs se turent. Puis des portières claquées discrètement, des bruits de pas, des voix étouffées.

Elle ne sut pourquoi, cela l'éveilla et la fit se lever. Elle aperçut deux capots avant, qui se faisaient face, devant l'entrée. Un groupe d'hommes se dirigeaient rapidement et furtivement vers l'entrée.

Elle se raidit et se jeta instinctivement en arrière. Elle se posta sur un côté de la fenêtre et vit que deux hommes semblaient monter la garde devant l'entrée. Qu'est-ce que cela voulait dire?

Des flics?

Peut-être avait-on appris qu'elle et Oliveira étaient ici et les cherchait-on au sujet d'une des affaires dont ils s'occupaient (quoiqu'elle s'obstinât à penser qu'elles ne faisaient qu'une). Elle décida de s'habiller et commença à enfiler son jean lorsqu'elle entendit des bruits venant du rez-de-chaussée.

Des bruits sourds, comme… Bon sang, quelque chose qu'on casse et une voix qui s'élevait comme une plainte soudainement coupée.

Ce n'était certes pas normal… Elle acheva de s'habiller à toute vitesse et se précipita vers le holster suspendu au dossier de la chaise. Elle n'avait pas encore commencé de le fixer lorsqu'elle entendit une cavalcade dans l'escalier.

Un signal d'alarme retentit dans sa tête, bruyamment.

Danger. Immédiat.

Vondt remontait vers Monchique lorsqu'il avait reçu un appel radio tout excité de Koesler.

– Putain, assenait celui-d d'une voix tendue et crispée, encore plus métallique que la normale dans le spectre radio… Vous allez pas le croire, là en vingt minutes ce qui vient de se passer…

– Qu'est-ce qu'y a Koess… Gustav? C'est quoi ce raffût?

– Écoutez, putain… Là je suis à Évora, la fliquesse a quitté la maison du Grec avec le flic portugais et ils sont montés vers le nord comme je vous ai dit tout à l’heure…

– O.K., O,K., coupa Vondt, agacé, et alors?

– Y se sont arrêtés à Évora, dans un petit hôtel. Bon la rue était pas très pratique pour mater alors j'ai dû me garer plus haut. J'voulais attendre tranquillement le matin sans dormir et…

– O.K., putain, O.K…

– Bon ben vingt minutes plus tard devinez qui je vois rappliquer?