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– Employé ou ami?

Il esquissa un sourire.

– Les deux.

– Je vous écoute.

– Qu'est-ce que vous voulez savoir?

– Où vit-il? Vous co

Nouveau soupir.

– Vous pourriez me dire ce qu'il a fait, avant?

Cette fois ce fut Anita qui réprima un soupir.

– Il n'a rien fait de répréhensible. Nous souhaiterions simplement l'entendre, comme témoin, au sujet de certains événements et perso

L'homme la regardait toujours droit dans les yeux.

– Je ne sais pas où il vit actuellement, il a plus ou moins disparu de la circulation depuis près de six mois maintenant. Je sais qu'il a vendu sa baraque d'Albufeira et depuis il m'a juste do

– Albufeira?

– Ouais… C'est là qu'il s'est installé après son divorce. Enfin… pas tout de suite. Il a un peu navigué puis a loué quelques maisons avant de s'acheter sa bicoque, à Albufeira. Mais là, je ne sais pas où il est, sincèrement.

Anita sentit que Pinto ne disait pas tout à fait la vérité mais elle n'avait aucun moyen de pression sur lui. Elle continua comme si de rien n'était.

– Savez-vous pourquoi il a déménagé si brusquement?

Un silence.

– Non… Travis a toujours été comme ça. Il pouvait décider de partir pour les Comores et dans la soirée il était déjà en route… Si ça se trouve il est à Bornéo, ou au Brésil. Ou sur la planète Mars.

Je vois, marmo

– Si vous deviez le retrouver comment est-ce que vous procéderiez?

Pinto eut du mal à réprimer un rire presque désespéré.

– Travis? Mon dieu… sincèrement avec lui je ne vois qu'une seule solution…

– Laquelle?

– Attendre qu'il veuille bien frapper à ma porte et me dire bonjour comme si on s'était quittés la veille… C'est toujours ainsi que j'ai procédé et ça a toujours fonctio

Anita se laissa aller à un petit sourire.

– Travis n'est pas quelqu'un de prévisible. Il ne sait pas lui-même ce qu'il fera le lendemain… Je suis désolé…

– Ce n'est pas grave… Vous avez été extrêmement coopératif, je vous en remercie… Monsieur Pinto, vous m'avez dit tout à l'heure que M. Travis était à la fois votre employé et votre ami… vous pourriez m'en dire un peu plus à ce sujet?

– Quoi, par exemple?

– Eh bien… Comment vous êtes-vous rencontrés, par exemple… ce qu'il faisait exactement… Tout ce qui pourrait me révéler quelques détails significatifs… Vous n'êtes absolument pas tenu de le faire, évidemment…

– Non, non, je n'y vois aucun inconvénient, seulement c'est un peu long et compliqué tout ça, je ne sais pas trop par où commencer…

– Commencez par le début, vous verrez c'est une méthode qui ne marche pas trop mal.

Leurs deux éclats de rire, presque simultanés, allégèrent définitivement l'atmosphère.

– Ah! oui, vous avez raison… Bien voilà. En fait, je suis brésilien, de mère portugaise, mais né à Rio, de père brésilien… Il y a… oh, maintenant presque quinze ans, déjà, j'ai rencontré Travis ici, en Algarve, il venait juste de s'installer et moi aussi. C'était en 78, septembre 78… J'étais skipper à l'époque et une croisière pour des Canadiens m'avait laissé à Faro. Travis venait de Barcelone. On a partagé une bicoque pendant deux-trois mois, le temps de s'installer un peu plus confortablement. Il avait été un excellent marin pour la marine brita

Anita tilta aussitôt à l'évocation faite au passé.

– Était?

Un long silence appesantit l'atmosphère püis un nouveau soupir, bizarrement accompagné d'un sourire mystérieux et nostalgique, tandis que le regard semblait se perdre dans quelque lointain film intérieur.

– Oui… Un sacré bon skipper… Mais après, ça n’a pas trop bien tourné…

Anita intensifia son attention. Sans rien dire.

L'homme lui jeta un coup d'œil, soupira et se leva pour se poster à la fenêtre.

– Je crois qu'il co

– Quelle femme? Eva Kristensen?

– Oui… c'est ça. Une Néerlandaise… comme vous… Je me suis douté que c'était en rapport avec elle votre venue, c'est ça? C'est à cause de ce putain de divorce, non? Travis a fait une co

Pinto s'était retourné et son visage était grave maintenant.

L'homme semblait en co

Plus long qu'elle, aucun doute.

Anita leva la main en signe de dénégation.

– Non, non, ne vous inquiétez pas, je vous assure que Travis n'a rien fait… Vous voulez bien reprendre où vous en étiez? Vous avez rencontré Travis ici à Faro puis la femme…

– Oui. Eva Kristensen n'est pas venue tout de suite. Je crois que la première fois qu'elle est passée c’était… oh oui, trois ou quatre mois après l'arrivée de Travis. Elle est restée une petite semaine. Et ils sont rarement sortis de leur chambre…

Une lueur avait étincelé dans le regard de Joachim Pinto.

Anita ne dit rien et le laissa poursuivre.

– Ses venues se sont rapprochées et… en 79, c'est ça, en septembre, elle s'est installée définitivement. Elle a acheté deux bateaux pour Travis et très vite, pendant l'été 80, la petite Alice est née, en Suisse je crois… Puis elles sont revenues, elle et l'enfant…

Le tic nerveux venait à nouveau d'actio

Un petit soupir.

– Eva Kristensen avait changé. Imperceptiblement. Travis était devenu un ami et j'allais souvent chez eux, dans une magnifique demeure qu'elle avait achetée entre-temps à l'ouest de Lagos…

– Où ça?

Anita s'apprêtait à noter l’adresse sur son carnet.

– La Casa Azul. Maintenant c'est un centre de thalassothérapie… Vous trouverez sans peine.

Casa Azul. Lagos, nota-t-elle vivement.

– Alllez-y, je vous écoute…

– A peine deux ans s'étaient écoulés après la naissance d'Alice quand les relations entre Eva Kristensen et Travis ont commencé à se détériorer… Quelque chose n'allait plus… Quand Alice a eu deux ans, je m'en souviens, une fête d'a

L'homme retourna s'asseoir pour s'offrir une pause. Il semblait affronter maintenant des souvenirs qu'il avait profondément enfouis au cœur de sa mémoire.

– Et Travis est revenu? C'est ça?

– Oui.

La voix était nimbée d'un voile rauque, aisément perceptible.

– Allez-y, dites-moi ce qui s'est passé.

– En fait, je m'en étais douté un peu avant leur départ, mais quand il est revenu… six ans plus tard, j'ai compris que je ne m'étais pas trompé… Bon dieu… Si c'est pas à cause de la môme ça doit être pour ça, hein? Bon dieu…

Anita regardait l'homme sans comprendre…

– Excusez-moi monsieur Pinto, mais je ne vois…

– J'aurais dû m'en douter tout de suite quand vous m'avez dit police d'Amsterdam… merde.

– Qu'est.ce que vous voulez dire, monsieur Pinto?

Il planta son regard droit dans le sien.

– Vous pouvez me le dire vous savez, je savais bien que tôt ou tard ça finirait par arriver.

Anita faillit perdre momentanément son calme. C'est d'une voix délicatement posée et durement contrôlée qu'elle laissa tomber, doucement.

– Vous voulez bien me dire de quoi vous parlez, je vous assure ne pas vous suivre du tout.

– Vraiment?

– Écoutez, vous en avez maintenant trop dit ou pas assez. De quoi s'agit-il?

L'homme réprima un rictus. Il semblait à la fois surpris et désespéré.

– Oh, merde, j'espère que je ne suis pas ep train de le foutre dans la merde, vous comprenez?

– Ce que je peux vous dire c'est que vous vous foutrez dans la merde si vous me cachez une do

Cette fois on ne rigolait plus.

– Je pensais que c'était à cause de ça… Amsterdam…

Anita leva un sourcil.

– À cause de la drogue, vous comprenez?

Anita digéra l'information en tâchant de ne rien laisser transparaître de son émotion. Ce fut d'un ton froid et parfaitement détaché qu'elle laissa tomber:

– De la drogue? Travis se droguait? Vous en etes sûr?

– Ben oui, évidemment. Je m'en suis aperçu un jour chez eux. Il était vraiment dans le cirage. Et puis une autre fois, juste avant leur départ, donc, j’ai vu des traces de piqûres sur ses bras… Et puis ça faisait un bon mois qu'il n'avait pas pris de bateau. Et ça chez Travis c'était un signe de catastrophe imminente… D'habitude, il était malheureux quand il ne faisait pas sa petite virée quotidie

Anita perçut une rage ardente dans le regard de l'homme. Une rage nettement teintée de haine.

– Il était complètement accro?

– Complètement. Il était anéanti. Le divorce l'avait privé de tous ses droits paternels, en écnange d'une pension alimentaire sur laquelle Eva Kristensen tirait un trait.

La lueur de haine froide s'était rallumée.

– Je vois, dit-elle d'une voix presque feutrée.

Il y avait un masque d'attente tout à fait authentique sur le visage de l'homme.

Elle mit près de dix secondes avant de comprendre ce qu'il signifiait.

– Je vous rassure tout de suite monsieur Pinto… je ne peux pas vous livrer d'informations, évidemment, mais je peux vous dire que nous ne suspectons pas M. Travis de trafic de drogue, si c'est cela qui vous inquiète.

Mais ce que lui avait rapporté l'inspecteur Oliveira revenait maintenant sans cesse tournoyer au centre de son esprit, occultant presque l'image de l'ancien marin qui se murait dans le silence. Travis avait été en contact avec des individus louches, appartenant à des bandes maquées avec des branches de la maffia italie