Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 5 из 34

Encore fallait-il trouver une place sur un bateau. Les hôtels flottants reliant l'Amérique au Vieux Continent avaient disparu vingt-cinq ans plus tôt, livrés aux ferrailleurs avec les souvenirs de la French Line. Unique rescapé, le Queen Elizabeth ne naviguait pas à cette saison. David finit par trouver une cabine sur un porte-conteneurs, de New York au Havre. Il régla les formalités dans une agence et co

Le jour venu, David embrassa sa mère puis il descendit avec sa valise avenue B où l'attendait une limousine. Sous son lourd manteau d'hiver, le jeune homme portait un costume clair. Il était

coiffé d'un panama. Le véhicule suivit Houston Street. Le soleil déclinant projetait sa lumière dorée sur les murs de brique. Le vent froid de mars soulevait des lambeaux de plastique accrochés aux grilles des brocantes. Au croisement de Broadway, des vapeurs de chauffage urbain jaillissaient de la chaussée. Des corps marchaient, se croisaient, s'agitaient, sandwiches à la main. Leurs gobelets fumants répandaient partout cette odeur de café qui indisposa une dernière fois David. Quel manque d'élégance dans cette agitation fonctio

Tout en l'instruisant sur la vie quotidie

Au cours des nuits précédentes, David avait fait plusieurs fois le même cauchemar: il dérivait sur l'Atlantique à bord d'un rafiot délabré. L'équipage très alcoolisé lui jetait des regards salaces, avec la.complicité d'officiers corrompus. Torturé et violé par cette bande de sadiques en rut, il était finalement jeté en pâture aux requins. Lorsqu'il pénétra dans le New Panama, il eut plutôt l'impression de découvrir une entreprise de pointe, au perso

Le seul frisson légendaire se résuma à une vue lointaine sur la pointe de Manhattan, au moment où le navire quittait Newark pour rejoindre l'océan. Le temps resta maussade pendant le voyage: des heures de roulis, d'épouvantables nausées, une attente infinie sur le pont où l'on souffre un peu moins qu'en cabine, le défilé crispant des nuages, la mer glauque et ces creux de vagues puants qui vous aspirent… Accroché au bastingage, David levait les yeux vers le ciel, guettant avec envie le passage d'un avion chargé de touristes.

Où sont les kakatoès?

La tempête cessa durant la cinquième nuit. Grimpant l'escalier au petit matin, David sentit un équilibre plus stable. Lorsqu'il émergea sur le pont, des nuages se déchiraient sous le bleu du ciel. Des oiseaux passaient en criant… Tournant la tête, le voyageur aperçut la côte française, longée par le navire depuis quelques heures. Plongeant comme un fou dans sa cabine, il ramassa plusieurs cartes terrestres et maritimes. Il se regarda dans la glace, arrangea ses cheveux comme s'il se préparait pour un rendez-vous important. Il accrocha une paire de jumelles à son cou puis regagna la passerelle, décidé à ne rien perdre de cette arrivée sur la terre promise.

À quelques milles s'étirait une falaise qui s'affaissait dans des vallées, des petits ports et de longues plages. Pointant ses jumelles, David reco

Passant d'une joie à l'autre, David se tourna vers la ville où avait grandi Monet, dans l'enchantement du ciel et de la mer. Mais il aperçut une vaste cité grise, posée sur cette côte comme un jeu de construction en béton armé. Des tours géométriques se dressaient dans le lointain, comme une réplique de Manhattan en modèle réduit. Un clocher d'église évoquait la silhouette de l'Empire State Building. Seules quelques villas juchées sur la colline, au-dessus de la plage, rappelaient qu'une autre ville avait existé.

Au loin, des torchères projetaient dans le ciel une fumée pétrolifère. David se rappela qu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'aviation anglo-américaine avait rasé Le Havre pour en expulser l'Allemand; mais il n'imaginait pas de si grands désastres qui se précisèrent encore à l'entrée du port. S'enfonçant entre deux grandes digues, le navire longea plusieurs bassins sans bateaux. Sur les quais abando

Les formalités de débarquement achevées, une fourgo

Les rues s'organisaient selon un plan rectiligne. Levant les yeux vers ces rangées de murs gris, David avait l'impression d'entrer dans un petit New York déserté par ses habitants. Les édifices proprets se succédaient. L'élan des tours plafo

Le Havre n'a point de monuments remarquables; mais il offre le sublime spectacle de la nier, la prodigieuse activité d'un grand port, le mouvement d'une ville affairée dont les relations s'étendent à tout l'univers. C'est Paris devenu subitement port de mer, où les rues retentissent du chant moqueur des perroquets; où sur les trottoirs s'étagent des volières de perruches, d'aras, de kakatoès au brillant plumage. Sans cesse sillo

Où étaient passés les kakatoès? Sur le trottoir, une petite fille observait le chapeau de David avec éto

Après avoir franchi plusieurs blocs de béton, il arriva enfin sur une place publique plantée d'arbres où subsistait un vieil immeuble bourgeois – comme un vestige du siècle passé. Une piste de pétanque, la vitrine d'une boulangerie et celle d'une boucherie complétaient cette place de province typiquement française. Retrouvant sa bo

Pour des produits plus authentiques

faites confiance aux boucheries

Comme autrefois

Songeur, il reprit son chemin à travers la ville.

Où il est question de cuisine rapide

Les immeubles devenaient plus grands, les avenues plus larges. En un instant, les trottoirs se recouvrirent d'une multitude de passants. Tenant des sacs en plastique, les corps s'agitaient d'un magasin à l'autre: des blonds, des bruns, des Blancs, des Noirs, des métis, des Maghrébins, des Asiatiques… David songea avec émotion au cosmopolitisme des grands ports. Mais outre que ces marins ne portaient ni chemises rayées ni bo

Tirant toujours sa valise, il commença à déambuler dans la foule, curieux de découvrir la société française: son art de vivre, de se nourrir, de s'habiller, de se cultiver. Il nota que beaucoup de passants s'engouffraient dans un supermarché Rap. Vingt mètres plus loin, des familles se ruaient sur les chaussures de sport Like, avant de se rafraîchir chez le glacier Ice and Fast. Ces marques familières des trottoirs new-yorkais semblaient exercer une irrésistible attraction sur les consommateurs qui subissaient, dans les magasins, une sorte de nettoyage et ressortaient déguisés en adolescents de Brooklyn: casquettes de base-bail à l'envers, pantalons de joggeurs, chaussures de te