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– Ah! s’écria-t-il, je vois bien que je m’étais trompé!

– Que voulez-vous dire, Sire?…

– Vous ne m’aimez pas, Jea

– Moi!… Je ne vous aime pas!…

Ce fut un tel cri de passion que Louis XV en fut bouleversé, et pour ainsi dire ébloui… Sa tête s’enflamma… son cœur se mit à battre plus fort… il se laissa glisser à genoux, et saisissant les deux mains de Jea

Et enivré, exalté, il répétait:

– Je t’aime, ma Jea

– Sire! Sire!… bégayait Jea

– Je t’adore, Jea

– Hélas! murmura Jea

– Jea

– Sire, Sire!… Vous parlez de scandale… Par pitié, ramenez-moi à Paris…

– Chez votre mari? fit Louis XV avec dépit.

Jea

Et le roi comprit alors d’un coup quel abîme séparait cette femme exquise de l’être hideux qu’était d’Étioles.

Louis XV n’était pas jaloux… il ne pouvait l’être. Il ne demandait à ses maîtresses qu’un bonheur passager, trop sceptique pour imaginer une fidélité possible.

Mais cette fois, sans doute, ce n’était pas une passion semblable aux précédentes qui s’emparait de lui.

Cette fois, Louis s’aperçut qu’il avait un cœur et que ce cœur battait plus vite qu’il n’eût voulu.

Ce fut donc avec une sourde joie qu’il nota le frisson d’épouvante qui avait agité Jea

Il s’assit près d’elle et murmura ardemment:

– Tu vois bien que je ne puis te reconduire à Paris puisque tu trembles à la pensée de revoir cet homme…

– Sire, où me conduisez-vous? s’écria Jea

– À Versailles, dit le roi.

– Non! oh! non!… Sire!… Au nom de mon amour, au nom de ce sentiment si pur que je vous ai voué…

– Écoute! interrompit le roi. Je te conduis dans une maison dont tu seras la souveraine maîtresse. Je te jure sur mon ho

Jea

Oh! le beau rêve que lui faisait entrevoir Louis!…

L’aimer chastement, purement… être son amie… le conseiller, le guider, le consoler… quelle douceur!…

Ce mot que demandait le roi et qui devait la ramener à Paris, elle n’eut pas le courage de le prononcer!…

Louis XV déposa un long baiser sur son front… et le carrosse continua sa route!…

Tout à coup, deux coups de feu retentirent. La voiture s’arrêta!…

Louis XV n’avait pas cette bravoure entreprenante qui avait distingué quelques-uns de ses aïeux. Il redoutait le vol. Il avait peur de la mort.

Sur les champs de bataille, il ne do

Au double coup de pistolet qui éclata dans la nuit, il pâlit.

Mais là, devant cette femme aux yeux de qui il devait résumer toute la chevalerie, tout le courage, il comprit qu’une hésitation lui serait fatale… un signe de lâcheté tuerait l’amour dans le cœur de Jea

Il ouvrit la portière…

Jea

Elle le suivit, décidée à se faire tuer près de lui.

Et déjà Louis XV, persuadé qu’il avait affaire à des truands embusqués; Louis XV, dont l’intérêt eût dû être de garder le plus strict incognito, criait qu’il était le roi… dans l’espoir que ce mot le roi! lui servirait de bouclier et suffirait à mettre l’e

Son éto

Dès lors, Louis XV retrouva son courage.

Il s’avança de deux pas et demanda:

– Qui êtes-vous, monsieur? Comment avez-vous l’audace d’arrêter la voiture qui porte le roi?…

– J’ai eu cette audace, répondit le chevalier d’Assas d’une voix désespérée, parce que je croyais trouver dans ce carrosse un homme faisant métier de sbire… Je ne pouvais supposer que le roi de France consentirait à remplacer cet homme et à faire son métier!…

– Vous êtes bien hardi, mon maître! s’écria le roi avec un geste de rage. Ce que vous venez de dire pourrait vous coûter cher!… Mais je veux être bon prince… Excusez-vous et passez votre chemin…

– J’ai cru, dit d’Assas, à la magnanimité du roi: j’ai eu tort! J’ai cru à l’ho

– Et vous portez le costume de mes officiers! rugit Louis XV. Votre nom, monsieur!

Jea

Tremblante de terreur et de pitié pour ce noble et si beau cavalier pour lequel, à de certains moments, elle avait peut-être éprouvé un sentiment plus doux, elle s’élança vers lui et lui saisit la main.

– Votre nom! répéta le roi avec une fureur grandissante.

– Silence! murmura Jea

– Sire! dit le jeune homme, je m’appelle le chevalier d’Assas et je suis officier au régiment d’Auvergne. J’ai insulté la majesté royale dans la perso

Jea

– Gardez votre épée, chevalier d’Assas, dit Louis XV. Et allez la remettre à mon capitaine des gardes, au Louvre. Vous lui ordo

– J’y vais, Sire! répondit tranquillement d’Assas.

– Un mot encore, monsieur, reprit le roi. Si par hasard l’idée de fuir vous venait, sachez que…

– Sire! interrompit d’Assas, dans ma famille on n’a jamais fui – ni la prison ni la mort. Veuille donc Votre Majesté se rassurer: je vais de ce pas me rendre priso

Il se tourna vers Jea

– Adieu, madame!…

Et il se dirigea vers son cheval sans tourner la tête.

– L’insolent! gronda Louis XV, il saura ce qu’il en coûte de braver le roi de France!… S’il ne fuit pas, une bo

– Sire, murmura Jea

– Raison de plus!…

– Sire, je vous demande sa grâce!…

– Eh quoi! n’avez-vous pas entendu?… Vous pleurez!…

– Sire, songez que le souvenir de notre rencontre sera souillé de sang!…

– Eh bien, soit!… Il ne mourra pas!

Et en lui-même, le roi ajouta: