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XXIV LA TIREUSE DE CARTES
Noé Poisson, aidé d’ailleurs de Crébillon, n’eût aucune peine à persuader à Jea
Ces quelques jours furent relativement heureux pour elle. Henri d’Étioles, son mari, le lendemain même de la fameuse fête, avait a
Jea
– Oui, je suis heureuse… heureuse, vraiment, au delà de tout ce que je puis dire…
M. de Tournehem n’en demandait pas davantage.
Cet homme dont la vie était brisée n’avait plus qu’un but, auquel il eût tout sacrifié: le bonheur de Jea
Il ne pouvait concevoir comment Jea
Son bonheur, pourtant, était indéniable.
Jamais, depuis son retour en France, Tournehem ne l’avait vue si gaie.
Elle jouait follement avec son amie du Hausset, recevait une société nombreuse et choisie, se montrait étincelante de verve et d’esprit… Et chacun en la quittant emportait l’impression que c’était la plus adorable maîtresse de maison qui fût à Paris.
Un jour, une semaine après la fête de l’Hôtel de Ville, Tournehem lui proposa une excursion près de Paris.
– Avec Louise? demanda Jea
Louise, c’était Mme du Hausset – une jeune femme blonde, effacée, admirable musicie
– Non, répondit M. de Tournehem, nous serons seuls, si tu le veux bien… Pour une fois, je veux t’avoir à moi seul… Après cela, tu vas peut être dire que je suis égoïste?…
Jea
Ils partirent. Deux heures plus tard, le carrosse qui les emmenait traversait Versailles et s’arrêtait à la clairière de l’Ermitage. M. de Tournehem mit pied à terre Jea
La clairière était maintenant jonchée de feuilles rouges. Les arbres dépouillés tordaient leurs bras maigres dans un ciel gris… une sorte de tristesse pesait sur la nature, mais non sans douceur…
Jea
– Allons voir ma mère, murmura-t-elle.
– C’est là que je te conduisais, mon enfant, dit gravement M. de Tournehem.
Quelques minutes plus tard, ils s’arrêtaient devant la dalle de marbre… la tombe solitaire au fond des bois…
Jea
M. de Tournehem la laissa rêver et traduire sa pensée en balbutiements tendres qui s’envolaient vers celle qu’elle n’avait pas co
Lorsqu’elle se releva, ses yeux étaient humides.
Tournehem la contempla avec une expression d’indicible tendresse; puis il lui prit la main.
– Mon enfant, dit-il, ici même, j’ai bien souvent renouvelé le serment de réparer le mal que j’avais fait. Ta mère, dans son dernier regard, m’a commandé de veiller à ton bonheur… et c’est à ce bonheur que je me suis consacré tout entier… Eh bien, à ton tour, ma Jea
– Oui, mon père, je le suis… dit Jea
– Jure-le… fit M. de Tournehem en plongeant ses yeux dans les yeux de sa fille.
– Je le jure… dit Jea
Et ce qui se présentait à ce moment à son imagination, c’était un beau cavalier qui se courbait devant elle, et qui lui disait:
– Je vous aime!…
Et c’était Louis! le roi de France!
Ce rêve inouï s’était accompli!…
Elle était aimée de Louis le Bien-Aimé!…
Là était tout le secret de ce bonheur qui éto
Ces soirées étaient en quelques jours devenues à la mode; les peintres et les poètes de l’époque y affluaient, et le bruit ne tarda pas à se répandre dans Paris que Mme d’Étioles était l’étoile de tout ce monde poudré, papillo
Tournehem et Jea
Henri d’Étioles était toujours absent.
Voilà dans quel état d’esprit se trouvait Jea
Au fond, un peu de trouble lui venait… Co
Jea
Le soir venu, ils partirent tous les trois: Jea
À neuf heures, Jea
Ce salon de la Lebon était co
C’était une pièce luxueusement meublée où elle avait disposé avec un art consommé les divers objets qui pouvaient frapper l’imagination de ses visiteurs: lézards et hiboux empaillés, des fioles mystérieuses sur des consoles de prix, un alambic sur une table de Boule, et, enfin, au milieu du salon, sur une petite table qui était une merveille d’élégance et de richesse, un jeu de cartes.
Le salon était faiblement éclairé, et Jea
Noé Poisson et Crébillon étaient remontés dans le grenier…
Jea
– C’est un peu de vin qui lui sort des yeux, pensa-t-elle.
La Lebon, vêtue d’une robe de soie, fort cérémonieuse et fort imposante, fit son entrée, et tout de suite:
– Voulez-vous, madame, prendre la peine de vous asseoir à cette table?
Jea
Elle avait une physionomie grave et assez douce.
Elle ne mettait dans ses attitudes que juste ce qu’il fallait de mystère pour émouvoir ses visiteurs, mais pas assez pour les effrayer: c’était une cartomancie
– Que désirez-vous savoir? demanda-t-elle à Jea
– Tout! répondit Jea
– Donc, le passé, le présent et l’avenir… Je vais vous dire les trois, fit la Lebon avec une admirable simplicité qui vraiment était du grand art… comme si rien n’eût été plus simple et plus facile!
En même temps, elle étala les cartes sur la table, et reprit: