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XX LA DÉCLARATION

Louis XV était resté près de Jea

Jea

– Sire, murmura-t-elle, de grâce, permettez-moi de relever les tentures…

– Et pourquoi donc, ma belle enfant? répondit le roi. Pensez-vous donc qu’on oserait vous soupço

En prononçant cette phrase alambiquée avec un sourire où il y avait plus de galanterie affectée que de passion, le roi saisit la main de Jea

– Sire, balbutia Jea

– Eh! qu’importe de vaines questions d’étiquette, fit Louis XV en prenant place près d’elle. Il n’y a pas ici de majesté ni de roi… il n’y a qu’un gentilhomme qui veut vous dire combien il est charmé de vous approcher enfin de si près, après l’avoir si vivement souhaité…

– Il est donc vrai! s’écria Jea

– Sur l’ho

– Oh! Sire!… Vous!… Le roi!

Jea

Louis XV haussa les épaules – imperceptiblement, – intérieurement, si on peut dire.

– Encore Sire! pensa-t-il. Encore le roi! il ne s’agit point de cela en ce moment!

Jea

Quoi! c’était bien le roi de France qui était assis près d’elle, qui tenait sa main et qui lui parlait si doucement… qui lui parlait d’amour!…

Un sourire d’extase voltigeait sur ses lèvres.

Elle ne songeait à cacher ni son bonheur ni la joie intense qui débordait de son cœur.

Et elle était adorable…

Il eût fallu une âme de poète, d’artiste ou d’amoureux pour comprendre et admirer ce qu’il y avait de pur, de radieux et de profond dans cette passion qui éclatait à chacun de ses gestes…

Hélas! Louis XV n’était qu’un roué!

Il ne voyait là qu’une amourette dont il s’amuserait huit jours… et puis il passerait à d’autres jeux!…

Il était bien loin de penser que cette petite fille pût prendre un empire quelconque sur lui…

Mais l’amour vrai, la passion sincère, possède de magnétiques effluves qui peu à peu pénètrent, attirent et fascinent…

Quelle que fût sa froideur, Louis XV fut ému de ce qu’il entrevoyait.

Et cette émotion, si Jea

Mais bien loin de songer à analyser les sensations de Louis, la pauvre enfant n’avait même pas la force ou la volonté de s’observer soi-même.

Elle était comme un de ces jolis oiselets qu’on a longtemps retenus en cage, dans l’obscurité, sous des voiles, et qu’on lâche tout à coup au grand soleil.

La migno

Ainsi Jea

Sans doute Louis se rendit compte de ce qui se passait en elle.

Car, soudainement, il quitta ce sourire affecté qu’il avait gardé jusque-là.

Son regard se troubla.

Il se pencha un peu vers l’exquise amante qui semblait s’offrir de toute son âme candide au premier baiser d’amour. Et il reprit:

– Oui, depuis que je vous ai vue si jolie, si douce; depuis que j’ai entendu votre voix me demander la grâce du pauvre cerf traqué, je n’ai plus songé qu’à vous… j’ai cherché à vous revoir… et je vous ai revue… il me semblait que j’avais bien des choses à vous dire… et maintenant, je n’ose plus…

Elle avait penché la tête.

Deux larmes de bonheur, deux perles admirables brillèrent entre ses cils.

Le roi se laissa glisser presque à genoux, et reprenant ce style maniéré qu’il croyait plus apte à frapper l’imagination d’une petite fille comme Jea

– Vous régnez déjà sur le cœur du roi… et quand il vous plaira, vous régnerez à la cour…

Mais ces paroles produisirent un tout autre effet que celui qu’il attendait.

Jea

– Sire, murmura-t-elle, je ne puis désirer d’aller à la cour, car si j’y allais, ce serait…

– Ce serait pour y triompher, interrompit ardemment le roi. Ce serait pour y être admirée, enviée, pour être l’aimable reine d’un monde aimable, élégant et fastueux… Mais ma pensée n’est pas de vous offenser, madame… elle est de me soumettre à vos désirs qui seront pour moi des ordres… Oh! je vous en prie en grâce, parlez-moi selon votre cœur; car moi, c’est avec tout mon cœur que je vous parle… Dois je vous le dire? Ne l’avez-vous pas deviné déjà?… Faut-il prononcer ce mot qui fait de moi votre serviteur?… Eh bien, je vous aime…

Jea

Son sein palpita.

Louis enlaça sa taille de ses deux bras, et répéta:

– Je vous aime… Et vous?… Parlez! oh! de grâce!… dites-moi si je dois vivre ou mourir…

Hélas, encore une de ces phrases qui faisaient partie du bagage séducteur des roués d’alors.

Mais ce mot «mourir» produisit sur Jea

Elle devint très pâle et laissa tomber sa tête sur l’épaule de Louis. Les larmes, des larmes délicieuses, une à une, débordèrent de ses yeux fermés.

– Ô mon roi! balbutia-t-elle, s’il ne faut que mon amour pour vous empêcher de mourir… eh bien… vivez… car Dieu m’est témoin que je vous aime!… Depuis quand? Je ne sais pas… Je crois que je vous aime depuis toujours… Si vous saviez comme j’ai pleuré lorsqu’on vous ramena malade, lorsque tout Paris pleurait! Si vous saviez comme j’ai prié, les genoux sur les dalles des églises!… Oh! je ne puis tout vous dire, car je sens bien que je n’arriverai pas à traduire ce que je pense… mais depuis si longtemps… depuis que je sens battre mon cœur, vous êtes le souverain de mon âme… Tenez… lorsque j’allais à cette clairière où vous m’avez rencontrée, que de fois j’ai écouté au fond du bois le son du cor de votre chasse! Que de fois j’ai espéré vous voir passer! Et alors je souhaitais d’être la biche qu’on poursuit! que sais-je? J’avais des rêveries de folle!… Je songeais parfois que vous n’étiez pas le roi de France, et qu’un jour vous me trouveriez sur votre chemin, que vous me prendriez dans vos bras… et qu’en cette clairière, nous bâtirions l’ermitage d’amour où, loin du monde, nous passerions notre heureuse vie à nous adorer!…

– Chère âme! s’écria Louis, remué cette fois jusqu’au fond de l’âme, je veux que votre rêve s’accomplisse! Je veux faire bâtir à l’Ermitage un palais digne de votre beauté!…

– Oh! non!… pas un palais!… Sire! Sire!… pardo

– L’amour!… Je co

Plus étroitement, Louis, pâli, Louis, bouleversé, enlaça Jea

Dans le lointain de la fête, les violons, accompagnés de harpes, jouaient un air de gavotte infiniment doux et tendre…