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– Vous venez de prononcer de terribles paroles, jeune homme! C’est de Jea

D’Assas passa sur son front ses mains tremblantes. Cet amour du roi, il l’avait presque oublié!… qu’allait-il apprendre?

– Le roi, reprit M. Jacques, s’est épris de cette belle enfant…

– Mais elle est mariée, maintenant! s’écria d’Assas. Son mari…

– Elle n’aime pas son mari! Elle ne l’aimera jamais! Comment cet ange de beauté pourrait-il aimer ce monstre de hideur qu’est M. Henri Le Normant d’Étioles?…

– Oui! oui! murmura ardemment le chevalier, vous avez raison… elle ne peut aimer cet homme… mais alors! ajouta-t-il avec une plainte déchirante… elle aime le roi!…

– Pas encore! dit M. Jacques.

D’Assas était pantelant. Il ne pouvait plus douter maintenant de la loyauté absolue de l’homme qui lui parlait. L’accumulation des détails exacts correspondant à tout ce qu’il savait eût suffi pour lui enlever ses derniers doutes.

Mais comme il souffrait, le pauvre enfant! Sous la main de fer de cet homme, sous cette parole habile à le faire passer brusquement par tous les degrés de l’espérance et du désespoir, son cœur se tordait en d’affreuses angoisses.

M. Jacques ne le perdait pas de vue un instant.

– Mme d’Étioles, reprit-il, n’aime pas encore le roi. Mais elle ne tardera pas à l’aimer…

– Oh! rugit d’Assas.

– Est-ce improbable? Je la co

– Oui! oh! oui!… Ah! que je souffre!…

– Il ne faut pas que cela soit! Pour le repos de la France et surtout pour le repos de cette pauvre reine qui a déjà tant souffert, à laquelle je suis, moi, profondément dévoué, il ne faut pas que Louis commette cette nouvelle faute! Il ne faut pas que la misérable duchesse de Châteauroux, qui a tant fait pleurer la reine, qui a mis le royaume à deux doigts de sa perte, soit remplacée par une nouvelle maîtresse d’autant plus redoutable qu’elle serait plus jeune et plus belle!…

D’Assas étouffa un sanglot que M. Jacques recueillit avec une joie soigneusement dissimulée sous un masque de pitié profonde.

– Vous me plaignez? fit le chevalier.

– De tout mon cœur. Qui ne vous plaindrait? Si jeune et si sincère dans votre amour!

– Mais, reprit tout à coup d’Assas, qui vous a do

– De venir vous trouver? interrompit M. Jacques. C’est elle-même! C’est Jea

– Elle! s’exclama le chevalier dans un cri de joie délirante.

– Vous comprenez bien que mon premier soin a été de la faire surveiller, de savoir ce qu’elle dit, ce qu’elle pense. Or, depuis quelques jours, et surtout la veille de son mariage, elle n’a parlé que d’un chevalier d’Assas qu’elle cherchait à revoir.

Le jeune homme palpitait et murmurait extasié:

– Elle a parlé de moi! Elle s’est souvenue de moi…

– Je me suis informé. J’ai appris que ce chevalier d’Assas était à la Bastille pour une faute inco

– Vous voici! répéta machinalement le chevalier. Mais… que… voulez-vous donc de moi?

– Quoi! Vous ne le comprenez pas?

– Excusez-moi… j’ai la tête perdue… parlez clairement, je vous en supplie.

– C’est bien simple, dit M. Jacques. Je crois fortement que Jea

– C’est sur moi que vous avez compté pour ce rôle! s’écria d’Assas en frémissant.

– J’avoue que la chose est dangereuse, dit doucement M. Jacques. Pour être aimé à jamais… pour sauver du désho

– Arrêtez, par le Ciel…

D’Assas s’élança entre la porte et M. Jacques.

Il avait écouté avec une indicible terreur les dernières paroles de cet homme. Il se représenta Jea

– Que faut-il faire? demanda-t-il haletant, brisé, vaincu.

– Rien, dit M. Jacques. Rien que ce que je vous ai dit: sauver Jea

– Ah! s’écria d’Assas en se courbant, vous êtes vraiment un homme de Dieu! Pardo

– Devant lequel se fût révoltée votre conscience! Je vous comprends, mon enfant, dit M. Jacques avec mélancolie. Mais, vous le voyez, pas de marché. La clarté, la limpidité. Il s’agit d’un poste d’ho

– Oui, oui! Dussé-je y mourir!…

– Eh bien, mon enfant, attendez-moi. Je vais faire remplir les formalités nécessaires. Dans une demi-heure, vous serez libre.

– Libre! libre!… la liberté! murmura d’Assas extasié.

– Et l’amour, dit M. Jacques qui sortit aussitôt, laissant le chevalier en proie à mille sentiments contradictoires, à mille conjectures qui se heurtaient dans sa tête.

M. Jacques se rendit aussitôt dans l’appartement du gouverneur de la Bastille, toujours accompagné du porte-clefs… Ce gouverneur s’appelait Louis, marquis de Machault.

C’était celui-là même qui devait être garde des sceaux un peu plus tard.

C’était un homme retors, adroit courtisan, diplomate redouté, pour le moment en disgrâce dans ce poste de gouverneur d’une prison d’État où il s’e

– Que voulez-vous que j’en fasse? demanda Louis XV.

– Envoyez-le à la Bastille, Sire!…

– Diable, ma chère! Si je mets mes gentilshommes en prison pour si peu…

– Mais, Sire, fit la duchesse en se mordant les lèvres, car elle voyait déjà son pouvoir lui échapper, qui vous parle d’empriso

Le roi se mit à rire, et signa séance tenante la nomination de M. de Machault qui la reçut en pestant fort, mais qu’en habile courtisan, il dut accepter avec grands remerciements. Il se vengea en passant son temps de captivité, comme il disait, à tourner des quatrains contre Mme de Châteauroux.

La puissante maîtresse du roi avait fini par perdre tout crédit; comme nous l’avons dit, elle avait été, à la lettre, chassée honteusement depuis deux mois. Mais Machault, oublié, continuait à gouverner la Bastille et commençait à se demander avec inquiétude s’il était destiné à mourir dans ses murs comme un priso

Lorsque M. Jacques se présenta devant lui, le gouverneur, qui n’avait cessé de l’examiner pendant la précédente entrevue avec du Barry, le reçut avec une froideur glaciale.

– Eh bien, monsieur… Jacques, je crois?