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– Pahé qu'hi hou houlez le hou-louer, ou éhanger ahec nous, quitte à he que l'on hou her'he une indemnité, n'héhitez pas.

Ulis a bredouillé quelque chose comme “merci, merci bio”, et le handicapé s'est fendu d'un large sourire qui ressemblait à une plaie

ouverte.

Après ce cauchemar, on n'avait plus l'appétit. On a mâchouillé en silence une salade avec des dents coto

Et le soir même, je me suis remis à fumer.

Je le savais, fumer était complètement contraire à l'attitude positive de la Foulée verte. Aujourd'hui encore, j'ai du mal à me pardo

Avec toutes ces pensées sombres, le matin suivant j'ai oublié de changer de chemise, et je puais fort la cigarette.

– Tu sens bizarre, a fait Celsa en me faisant la bise.

– Wok wok barbecue, ai-je trouvé à répondre, puis je me suis rendu compte de la gaffe et j'ai ajouté précipitamment:

– Légu caro toma auber!

Si elle avait creusé mes paroles, elle n'aurait pas tardé à démasquer la cigarette, et je risquais l'expulsion. Heureusement elle ne comprenait pas bio ce que je racontais à cause de mon bégaiement, et comme elle avait d'autres soucis – Machepot, l'industriel des pots d'échappement, n'avait toujours pas renouvelé son contrat – elle s'est éloignée, la mine pensive.

N'empêche, pour ne pas risquer de me faire attraper, je suis allé aux toilettes où j'ai vidé sur ma perso

En rentrant des toilettes, je me suis cogné à Josas.

– Misérables caries! jurait-il entre ses dents. Esprits immondes!

Immédiatement j'ai compris.

– Enc', enc', enc'? ai-je fait.

– Exactement. On ne peut pas leur faire confiance, à ces gens, même d'un orteil. Ils ont fini par déchirer l'affiche, tout le bas est parti comme un glissement de terrain… Comment

ont-ils pu? C'est inhumain…

Il avait les éclairs.

Nos troupes mijotaient devant l'ascenseur. La désolation régnait sur notre affiche. Les pattes du pingouin avaient été sectio

Une sourde colère a grondé dans nos veines, une envie de réparation a suinté par les pores. On est montés au quatrième.

Les vaccins nous ont opposé un mur fait d'incompréhension et de mauvaise foi.

– Quelle affiche? disaient-ils. On n'a pas touché à votre affiche. Elle ne nous intéresse pas, votre affiche. Sauf à dire qu'elle est repoussante., pisseuse à souhait, mais bon, les goûts et les couleurs…

Ulis a écouté leur baratin. Calmement, sans geste vulgaire, sans proférer de mot déplacé, mais en articulant pour être bio compris, il a énoncé ce qui sera notre position diplomatique pour les prochains jours:

– Nous, représentants de la Foulée verte, n'aimant rien davantage que la paix dans le monde, sommes contraints de nous plaindre officiellement de votre conduite. Nous regrettons de constater votre mauvaise attitude. Deux agressions en deux jours – la coupe est pleine.

Les vaccins se sont affolés: leurs voix s'élevaient, on captait dans l'air des germes d'hystérie. Leur comportement était typique des coupables qui sentent sur leurs épaules le souffle d'airain de la justice.

– C'est qu'il nous menacerait!… Nous sommes dans nos droits!… Face de pingouin!…

Le dernier commentaire était dit à mi-voix, évidemment. Les lâches savent s'y prendre. Mais leurs propos n'ont pas atteint un homme comme Ulis. Il avait en lui une verdeur inouïe. Je le regardais avec des yeux émerveillés. Ayant tout dit, il est resté silencieux, pour que ses paroles empreignent les esprits. Puis il a tourné le dos.

On a regagné nos étages sous les quolibets. Certains bénévoles ne comprenaient pas cette façon de s'écraser. Ils voulaient en découdre dans l'instant. Après tout, se disaient-ils, on n'est pas des n'importe qui! On a terrassé des pollueurs très arrogants! Des mastodontes du pétrole ont mordu le limon! Des réchauffeurs de climat! Des découpeurs d'Amazonie! On ne va pas se laisser faire!

Ulis sentait bien, lui, qu'un maelstrom se préparait. Il avait besoin de calmer le rythme. Il avait des responsabilités. Le poids de notre communauté sur les épaules. Il ne pouvait pas déclarer la guerre à la légère. Il a dit:

– Les choses sont claires maintenant. Le deuxième avertissement a été do

Puis il a fait un grand geste du bras qui ressemblait à une bénédiction.

– Vaquez à vos occupations. Ne songez pas au passé. Ouvrez votre cœur à l'avenir. Nous avons des missions à accomplir. Les oiseaux, le ciel et la terre ont besoin de notre lucidité. Allez!

Les camarades se sont dispersés, chacun à sa tâche. Ulis m'a fait signe de le suivre.

On est entrés dans son bureau. Il s'est assis, le visage figé, les bras fatigués.

– Julien, Julien… T'es encore jeune, Julien, mazette ce que t'es jeune…

Je me taisais. D'un côté j'étais flatté qu'il m'ait pris seul avec lui, en confident en quelque sorte, d'un autre je ne savais que penser de ce ton mi-sole

– Tu sais quel est notre pire e

J'ai répondu quelque chose comme “le nucléaire” ou “les OGM”, je ne sais plus.

– Non, Julien. Tu te trompes. Le voilà l'e

J'ai failli m'évanouir.

– Je l’ai su dès que je t'ai vu ce matin. Les Cow-boys do

J'avais les yeux tellement baissés qu'il me semblait voir ma pomme d'Adam. Elle déglutissait misérablement.

– Allons, ce n'est pas la peine de pleurer. Sèche tes larmes, mon enfant. Nous avons tous été un peu chahutés depuis hier. L'e

J'ai ouvert mes yeux en grand tellement je ne voyais pas ce que le saint homme pouvait se reprocher.

– L'e

Comme j'allais protester, il m'a jeté un regard sans appel.

– Pas la peine de se voiler la face. Mon karma n'est pas des meilleurs en ce moment. Le feng shui est nord-ouest. L'a

Il s'est mis en position du lotus.

Je suis sorti, un peu so

La différence avec paternel criait dans mon cœur. L'un se contentait d'être un rouage du système, tandis que l'autre! L'un ne remettait jamais en cause les clichés sur le travail ou la famille, clichés qui se transmettaient paisiblement de génération en génération comme de mauvais gènes, alors que l'autre! L'un était absolument insensible à la magnifique chanson de la nature, aux fluides invisibles qui nous gouvernent, pendant que l'autre!

Comment paternel pouvait-il investir son temps dans un hochet aussi futile que la messe du dimanche alors qu'il y avait des Exxon Valdez de par le monde? C'était d'un passéisme révoltant. L'essence malfaisante de la minibourgeoisie, son pitoyable nombrilisme, son instinct de propriétaire foncier, tous les médiocres renoncements se révélaient dans ce passe-temps improductif. Ah, je pouvais l'entendre, leur prière, comme si j'étais dans leur tête. Aidez-nous, petit Dieu, à compléter nos points-retraite! Do

La maternelle, elle, se méfiait de l'Eglise, du curé surtout, car on le savait hostile au préservatif. Or il y avait un refrain que maternelle me répétait assez, dès que j'en ai eu l'âge, un refrain qui tenait aux risques de l'acte non protégé. Les martingales féminines étaient remplies de virus en embuscade. Ils attendaient que j'y mette les pieds, si je puis dire, pour me saisir à la gorge. C'était son obsession. Elle a grandement contribué à m'aseptiser.