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C’était net, précis, indiscutable.

– Je comprends, murmurait Prosper, je comprends.

– Et vous, mon jeune camarade, interrogea M. Verduret, qu’avez-vous fait?

Prosper, à cette question, se troubla et rougit. Mais il comprit que taire son imprudence serait une folie et une mauvaise action.

– Hélas! répondit-il, j’ai été fou, j’ai lu dans un journal que Clameran allait épouser Madeleine.

– Et alors? insista M. Verduret devenu inquiet.

– J’ai écrit à monsieur Fauvel une lettre anonyme où je lui do

D’un formidable coup de poing, M. Verduret brisa la table près de laquelle il était assis.

– Malheureux!… s’écria-t-il, vous avez peut-être tout perdu!

En un clin d’œil, la physionomie du gros homme changea. Sa face joviale prit une expression menaçante.

Il s’était levé, et il arpentait rageusement la plus belle chambre de l’hôtel du Grand-Archange, sans souci des locataires de l’étage inférieur.

– Mais vous êtes donc un enfant, disait-il à Prosper consterné, un insensé, pis encore… un sot!…

– Monsieur…

– Quoi! il se trouve un brave homme qui, lorsque vous vous noyez, se jette à l’eau, et quand il est sur le point de vous sauver, vous vous accrochez à ses jambes pour l’empêcher de nager!… Que vous avais-je dit?

– De me tenir tranquille, de ne pas sortir.

– Eh bien!…

Le sentiment de ses torts rendait Prosper plus timide que le lycéen auquel son professeur demande compte de ses heures d’étude, et qui s’excuse.

– C’était le soir, monsieur, répondit-il, je souffrais, je me suis promené le long des quais, j’ai cru pouvoir entrer dans un café, on m’a do

– N’était-il pas arrêté que vous aviez confiance en moi?

– Vous étiez absent, monsieur, l’a

– Il n’y a d’imprévu que pour les imbéciles! déclara péremptoirement M. Verduret. Écrire une lettre anonyme! Savez-vous à quoi vous m’exposez? Vous êtes cause que je manquerai peut-être à une parole sacrée do

Il s’interrompit comme s’il eût craint d’en trop dire, et ce n’est qu’après un certain temps que, devenu relativement calme, il reprit:

– Revenir sur ce qui est fait est idiot. Tâchons de sortir de ce mauvais pas. Où et quand avez-vous mis votre lettre à la poste?

– Hier soir, rue du Cardinal-Lemoine. Ah! elle n’était pas au fond de la boîte que j’avais déjà des regrets.

– Il eût mieux valu les avoir avant. Quelle heure était-il?

– Près de dix heures.

– C’est-à-dire que votre poulet [7] est arrivé à monsieur Fauvel ce matin avec son courrier; donc il était probablement seul dans son cabinet, quand il l’a décacheté et lu.

– Ce n’est pas probable, c’est sûr.

– Vous rappelez-vous les termes de votre lettre? Ne vous troublez pas, ce que je vous demande est important; cherchez…

– Oh! je n’ai pas besoin de chercher. J’ai les expressions présentes à la mémoire comme si je venais d’écrire.

Il disait vrai, et c’est presque textuellement qu’il récita sa lettre à M. Fauvel.

C’est avec l’attention la plus concentrée que l’écoutait M. Verduret, et les plis de son front trahissaient le travail de sa pensée.

– Voilà, murmurait-il, une rude lettre anonyme, pour qui n’en fait pas son état. Elle laisse tout entendre, sans rien préciser, elle est vague, railleuse, perfide… Répétez encore une fois.

Prosper obéit, et sa seconde version ne varia pas.

– C’est que tout y est, poursuivait le gros homme, répétant après Prosper les phrases de la lettre. Rien de plus inquiétant que cette allusion au caissier. Ce doute: «Est-ce aussi lui qui a volé les diamants de Mme Fauvel?» est tout simplement affreux. Quoi de plus irritant que cet ironique conseil: «À votre place, je ne ferais pas d’esclandre; je surveillerais ma femme»?

Sa voix s’éteignit; c’est intérieurement qu’il poursuivait son monologue.

À la fin, il revint se planter droit, les bras croisés devant Prosper.

– L’effet de votre lettre, dit-il, a dû être terrible; passons. Il est emporté, n’est-ce pas, votre patron.

– Il est la violence même.

– Alors, le mal n’est peut-être pas irréparable.

– Quoi! vous supposez…

– Je pense que tout homme d’un naturel violent se redoute et n’obéit jamais à un premier mouvement. Là est notre chance de salut. Si, au reçu de vos obus, monsieur Fauvel n’a pas su se contenir, s’il s’est précipité dans la chambre de sa femme en criant: «Où sont vos diamants?» N, i, ni, adieu nos projets. Je co

– Serait-ce un si grand malheur?

– Oui, mon jeune camarade, parce qu’au premier mot prononcé haut entre madame Fauvel et son mari, nos oiseaux s’envoleront.

Prosper n’avait pas prévu cette éventualité.

– Ensuite, continua M. Verduret, ce serait causer à quelqu’un une immense douleur.

– À quelqu’un que je co

– Oui, mon camarade, et beaucoup. Enfin, je serais désolé de voir filer ces deux gredins sans être absolument édifié à leur endroit.

– Il me semble pourtant que vous savez à quoi vous en tenir?

M. Verduret haussa les épaules.

– Vous n’avez donc pas senti, demanda-t-il, les lacunes de mon récit?

– Aucunement.

– C’est que vous n’avez pas su m’écouter. Primo, Louis de Clameran a-t-il, oui ou non, empoiso

– Oui, d’après ce que vous avez dit, j’en suis sûr.

– Oh!… vous êtes plus affirmatif, jeune homme, que je n’ose l’être. Votre opinion est la mie

– Cette mort est arrivée si à propos…

– Qu’on ne peut s’empêcher de croire à un crime? c’est vrai, mais le hasard est parfois un merveilleux complice. Voilà le premier point. Secundo, j’ignore les antécédents de Raoul.

– Est-il donc nécessaire de les co

– Indispensable, mon camarade. Mais nous les co

Prosper n’écoutait plus.

L’assurance de M. Verduret lui do

Bien plus, il retrouvait Madeleine, car il s’expliquait sa conduite, ses réticences chez la couturière; il comprenait qu’elle n’avait pas un instant cessé de l’aimer.

Ces certitudes de bonheur à venir devaient lui rendre et lui rendaient, en effet, son sang-froid, perdu depuis le moment où, chez son patron, il avait découvert que la caisse venait d’être volée.

Et pour la première fois, il s’éto

Les événements qui déconcertent les prévisions humaines ont ceci de remarquable qu’ils bouleversent les idées et les haussent au niveau des plus étranges situations.

Prosper, qui s’était simplement éto

En somme, quels étaient les mobiles du dévouement de cet homme, et quel prix espérait-il de ses services?

Telle fut l’intensité de l’inquiétude du caissier, que brusquement il s’écria:

[7] Billet doux. (N. d. E.)