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Le Dénouement

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Tels sont les faits qui, avec une science presque invraisemblable d’investigation, avaient été recueillis et coordo

Arrivé à Paris à neuf heures du soir, non par le chemin de fer de Lyon, ainsi qu’il l’avait a

– Ah! vous allez en entendre de belles, lui avait-il dit, et vous allez voir jusqu’où, parfois, il faut remonter dans le passé pour trouver les causes premières d’un crime. Tout se tient et s’enchaîne ici-bas. Si Gaston de Clameran n’était pas allé, il y a vingt ans, prendre une demi-tasse dans un petit café de Jarnègue, à Tarascon, on n’aurait pas volé votre caisse il y a trois semaines. Valentine de La Verberie a payé en 1866 les coups de couteau do

Et tout aussitôt, il s’était mis à conter, s’aidant de ses notes et du volumineux manuscrit qu’il avait rédigé.

Depuis une semaine, M. Verduret n’avait peut-être pas pris en tout vingt-quatre heures de repos, mais il n’y paraissait guère. Ses muscles d’acier bravaient les fatigues, et les ressorts de son esprit étaient trop solidement trempés pour s’affaisser jamais.

Un autre eût été brisé, lui se tenait debout et contait avec cette verve entraînante qui lui était particulière, jouant, pour ainsi dire, le drame dont il déroulait les péripéties, s’attendrissant ou se passio

Prosper, lui, écoutait, ébloui de cette surprenante lucidité, de cette faculté merveilleuse d’exposition.

Il écoutait, et il se demandait si ce récit qui expliquait les événements jusque dans les moindres circonstances, qui analysait des sensations fugitives, qui rétablissait des conversations qui avaient dû être secrètes, n’était pas un roman bien plus qu’une relation exacte.

Certes, toutes ces explications étaient ingénieuses, séduisantes comme probabilité, strictement logiques; mais sur quoi reposaient-elles? N’étaient-elles pas le rêve d’un homme d’imagination?

M. Verduret mit longtemps à tout dire; il était près de quatre heures du matin, quand, ayant terminé, il s’écria avec l’accent du triomphe:

– Et maintenant, ils sont sur leurs gardes; ils sont bien fins, mais je m’en moque, je les tiens, ils sont à nous! Avant huit jours, ami Prosper, vous serez réhabilité: je l’ai promis à votre père.

– Est-ce possible! murmurait le caissier dont toutes les idées étaient bouleversées, est-ce possible!

– Quoi?

– Tout ce que vous venez de m’apprendre.

M. Verduret bondit en homme peu habitué à voir ses auditeurs douter de la sûreté de ses informations.

– Si c’est possible! s’écria-t-il, mais c’est la vérité même, la vérité prise sur le fait et exposée toute palpitante.

– Quoi! de telles choses peuvent se passer à Paris, au milieu de nous, sans que…

– Parbleu! interrompit le gros homme, vous êtes jeune, mon camarade! il s’en passe bien d’autres… et vous ne vous en doutez guère. Vous ne croyez, vous, qu’aux horreurs de la cour d’assises. Peuh! on ne voit au grand jour de la Gazette des Tribunaux que les mélodrames sanglants de la vie, et les acteurs, d’immondes scélérats, sont lâches comme le couteau ou bêtes comme le poison qu’ils emploient. C’est dans l’ombre des familles, souvent à l’abri du code que s’agite le drame vrai, le drame poignant de notre époque; les traîtres y ont des gants, les coquins s’y drapent de considération, et les victimes meurent désespérées, le sourire aux lèvres… Mais c’est banal, ce que je vous dis là, et vous vous éto

– Je me demande comment vous avez pu découvrir toutes ces infamies.

Le gros homme eut un large sourire.

– Eh! eh!… fit-il, d’un air content de soi, quand je me do

– Encore faut-il des indices, et je n’aperçois pas…

– C’est vrai; pour se guider dans les ténèbres d’une pareille affaire, il faut une lueur. Mais la flamme du regard de Clameran, quand j’ai prononcé le nom de Gaston, son frère, a allumé ma lanterne. De ce moment, j’ai marché droit à la solution du problème comme vers un phare.

Les regards de Prosper interrogeaient et suppliaient. Il eût voulu co

– Voyons! fit M. Verduret, vous do

– Oui, je l’avoue; c’est pour moi un tel prodige!…

M. Verduret jouissait délicieusement de la stupéfaction de Prosper. Certes, ce n’était pour lui ni un bon juge, ni un amateur distingué; peu importe, on est toujours flatté d’une admiration sincère, de quelque part qu’elle vie

– Soit, répondit-il, je vais vous démontrer mon système. De prodige, il n’y a pas l’ombre. Nous avons travaillé ensemble à la solution du problème, vous savez donc par quels moyens je suis arrivé à me douter que Clameran était pour quelque chose dans le crime. De ce moment, avec mes certitudes, la besogne était facile. Qu’ai-je donc fait? J’ai placé des gens à moi près des perso

– En effet, et j’en suis encore à comprendre comment Nina a consenti à se charger de cette commission.

– Ceci, répondit M. Verduret, c’est mon secret. Je continue. Ayant de bons yeux et de fines oreilles dans la place, sûr de co

– Des garances? interrogea Prosper dérouté.

– Certainement, cela se voyait, il faut vous dire que je n’avais pas tout à fait l’air que j’ai en ce moment. Lui, ayant des garances à vendre, ce qui se voyait aussi, nous sommes entrés en marché. Les débats ont duré toute une journée pendant laquelle nous avons bien bu une douzaine de bouteilles. Au moment du souper, Saint-Jean fils était ivre comme une bonde, et moi j’avais acheté pour neuf cents francs de garance que votre père revendra.

Si singulier était l’air de Prosper que M. Verduret éclata de rire.

– J’avais risqué neuf cents francs, poursuivit-il; mais, de fil en aiguille, j’avais appris toute l’histoire des Clameran, les amours de Gaston, sa fuite et aussi la chute du cheval de Louis. Je savais aussi que Louis était revenu il y a un an environ, qu’il avait vendu le château à un marchand de biens nommé Fougeroux, et que la femme de cet acheteur, Miho

La simplicité de ces moyens d’investigations confondait Prosper.

– Dès lors, continuait M. Verduret, l’écheveau se débrouillait, je tenais le maître fil. Restait à savoir ce qu’était devenu Gaston. Ah! je n’ai pas eu de peine à retrouver sa trace. Lafourcade, qui est un ami de votre père, m’a appris qu’il s’était fixé à Oloron, qu’il y avait acheté une usine, et qu’il y était mort. Trente-six heures plus tard, j’étais à Oloron.

– Vous êtes donc infatigable?…

– Non, mais j’ai pour principe de battre le fer pendant qu’il est chaud. À Oloron, j’ai rencontré Manuel, venu pour y passer quelques jours en se rendant en Espagne, et, par lui, j’ai eu la biographie exacte de Gaston et les plus minutieux détails sur sa mort. Par Manuel, j’ai su la visite de Louis, et un aubergiste de la ville m’a appris le séjour à cette époque d’un jeune ouvrier en qui j’ai reco

– Mais les conversations, demanda Prosper, ces conversations si précises…

– Vous croyez que je les ai prises sous mon bo