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– Ceci, cher oncle, est mon affaire. Souviens-toi de nos conventions. Ce que je puis te dire, c’est que madame Fauvel et Madeleine ont fait argent de tout; elles n’ont plus rien, et moi j’ai assez de mon rôle.

– Aussi ton rôle est-il fini. Je te défends désormais de demander un centime.

– Où en sommes-nous donc? Qu’y a-t-il?

– Il y a, mon neveu, que la mine est assez chargée, et que je n’attends plus qu’une occasion pour y mettre le feu.

Cette occasion, qu’attendait avec une fiévreuse impatience Louis de Clameran, son rival, Prosper Bertomy, devait, pensait-il, la lui fournir.

Il aimait trop Madeleine pour ne pas être jaloux jusqu’à la rage de l’homme que, librement, elle avait choisi, pour ne pas le haïr de toute la force de sa passion.

Il ne tenait qu’à lui, il le savait, d’épouser Madeleine; mais comment? Grâce à d’indignes violences, en lui tenant le couteau sur la gorge. Il se sentait devenir fou à l’idée qu’il la posséderait, que son corps serait à lui, mais que sa pensée, échappant à sa puissance, s’envolerait vers Prosper.

Aussi s’était-il juré qu’avant de se marier il précipiterait le caissier dans quelque cloaque d’infamie, d’où il lui serait impossible de sortir. Il avait songé à le tuer, il aimait mieux le déshonorer.

Jadis il s’était imaginé qu’il lui serait aisé de perdre l’infortuné jeune homme; il supposait que lui-même en fournirait les moyens. Il s’était trompé.

Prosper menait, il est vrai, une de ces existences folles qui conduisent le plus souvent à une catastrophe finale, mais il mettait un certain ordre à son désordre. Si sa situation était mauvaise, périlleuse, s’il était dévoré de besoins, harcelé par les créanciers, réduit aux expédients, il était impossible de s’en apercevoir, tant ses précautions étaient bien prises.

Toutes les tentatives faites pour hâter sa ruine avaient échoué, et c’est vainement que Raoul, les mains pleines d’or, jouant le rôle du tentateur, avait essayé de préparer sa chute.

Il jouait gros jeu, mais il jouait sans passion, presque sans goût, et jamais l’exaltation du gain ni le dépit de la perte ne lui faisaient perdre son sang-froid.

Sa maîtresse, Nina Gypsy, était dépensière, extravagante, mais elle lui était dévouée et ses fantaisies ne dépassaient pas certaines limites.

En bien examinant sa conduite, elle était celle d’un homme désolé qui s’efforce de s’étourdir, mais qui cependant n’a pas abdiqué toute espérance, et qui cherche surtout à gagner du temps.

Intime ami de Prosper, son confident, Raoul avait, d’un œil sagace, jugé la situation et pénétré les sentiments secrets du caissier.

– Tu ne co

– Nous attendrons.

Ils attendaient en effet, et à la grande surprise de Mme Fauvel, Raoul redevint, pour elle, ce qu’il avait été en l’absence de Clameran.

C’est vers cette époque, à peu près, que Mme Fauvel, toute réjouie de ce changement, conçut le projet de placer Raoul dans les bureaux de son mari.

M. Fauvel adopta cette idée. Persuadé qu’un jeune homme sans occupations ne peut faire que des sottises, il lui offrit un pupitre au bureau de la correspondance, avec des appointements de cinq cents francs par mois.

Cette proposition enchanta Raoul, cependant, sur l’ordre formel de Clameran, il refusa net, disant qu’il ne se sentait pour les opérations de banque aucune vocation.

Ce refus indisposa si fort le banquier, qu’il adressa à Raoul quelques reproches passablement amers, le prévenant qu’il n’eût plus à compter sur lui désormais, et Raoul saisit ce prétexte pour cesser ostensiblement ses visites.

S’il voyait encore sa mère, c’était dans l’après-midi ou le soir, lorsqu’il était sûr que M. Fauvel était sorti, et il ne venait que tout juste assez souvent pour se tenir au courant des affaires de la maison.

Ce repos subit après tant et de si cruelles agitations paraissait sinistre à Madeleine. Elle ne disait rien à sa tante de ses pressentiments, mais elle était préparée à tout.

– Que font-ils? disait parfois Mme Fauvel; renonceraient-ils enfin à nous persécuter?

– Oui, murmurait Madeleine, que font-ils?

Si Louis ni Raoul ne do

Attaché aux pas de Prosper, Raoul avait épuisé toutes les ressources de son esprit pour le compromettre, pour l’attirer dans quelque embûche où resterait son ho

Clameran commençait à s’impatienter et cherchait déjà quelque moyen plus expéditif, quand une nuit, sur les trois heures, il fut éveillé par Raoul.

– Qu’y a-t-il? demanda-t-il tout inquiet.

– Peut-être rien, peut-être tout. Je quitte Prosper à l’instant.

– Eh bien!

– Je l’avais emmené dîner, ainsi que madame Gypsy, avec trois de mes amis. Après dîner, j’ai organisé un petit bal tournant assez corsé, mais impossible de lancer Prosper, bien qu’il fût gris.

Louis, désappointé, eut un mouvement de dépit.

– Tu es gris toi-même, fit-il, puisque tu viens me réveiller au milieu de la nuit pour me conter de pareilles billevesées.

– Attends, il y a autre chose.

– Morbleu! parle, alors!

– Après avoir bien joué, nous sommes allés souper, et Prosper, de plus en plus ivre, a laissé échapper le mot sur lequel il ferme sa caisse.

À cette assurance, Clameran ne put retenir un cri de triomphe.

– Quel est ce mot? demanda-t-il.

– Le nom de sa maîtresse.

– Gypsy!… C’est bien cela, en effet, cinq lettres…

Il était si ému, si agité, qu’il sauta à bas de son lit, passa une robe de chambre et se mit à arpenter l’appartement.

– Nous le tenons! disait-il avec l’expression délirante de la haine satisfaite, il est donc à nous! Ah! il ne voulait pas toucher à sa caisse, ce caissier vertueux, nous y toucherons pour lui, et il n’en sera ni plus ni moins déshonoré. Nous avons le mot, tu sais où est la clé, tu me l’as dit…

– Quand monsieur Fauvel sort, il laisse presque toujours la sie

– Eh bien! tu iras chez madame Fauvel, tu lui demanderas cette clé; elle te la remettra ou tu la lui prendras de force, peu importe; quand tu l’auras, tu ouvriras la caisse, tu prendras tout ce qu’elle contient…

Pendant plus de cinq minutes, Clameran, absolument hors de lui, divagua, mêlant si étrangement sa haine contre Prosper, son amour pour Madeleine, que Raoul se demandait sérieusement s’il ne devenait pas fou. Il pensa qu’il était de son devoir de le calmer.

– Avant de chanter victoire, commença-t-il, examinons les difficultés.

– Je n’en vois pas.

– Prosper peut changer son mot dès demain.

– C’est vrai, mais c’est peu probable; il ne se rappellera pas qu’il l’a dit; d’ailleurs, nous allons nous hâter.

– Ce n’est pas tout. Par suite des ordres les plus positifs de monsieur Fauvel, il ne reste jamais en caisse, le soir, que des sommes insignifiantes.

– Il y en aura une très forte le soir où je le voudrai.

– Tu dis?

– Je dis que j’ai cent mille écus chez monsieur Fauvel, et que si j’en demande le remboursement pour un de ces jours, de très bo

– Quelle idée! s’écria Raoul stupéfait.

C’était une idée, en effet, et les deux complices passèrent de longues heures à l’examiner, à la creuser, à en étudier le fort et le faible.

Après mûres réflexions, après avoir minutieusement calculé toutes les chances bo

S’ils choisissaient ce soir-là, c’est que Raoul savait que M. Fauvel devait dîner chez un financier de ses amis et que Madeleine était invitée à une réunion de jeunes filles.

À moins d’un contretemps, Raoul, en se présentant à l’hôtel Fauvel sur les huit heures et demie, devait trouver sa mère seule.

– Aujourd’hui même, conclut Clameran, je vais demander à monsieur Fauvel de tenir mes fonds prêts pour mardi.

– Le délai est bien court, mon oncle, objecta Raoul, vous avez des conventions, tu dois prévenir en cas de retrait de ton argent.