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Certes, il y avait des a
C’est que tout à coup, brusquement, d’une situation désespérée elle passait à une position presque brillante. Et elle qui affichait de si fiers sentiments, elle n’apercevait ni les hontes de cette transaction, ni l’infamie de sa conduite.
Six mille francs de pension! se disait-elle. Ce jeune géomètre est un ho
Jour de Dieu!… à ce prix elle eût do
Mais voilà que tout à coup une idée lui vint qui la glaça: Valentine consentira-t-elle?
Si poignante fut son anxiété que, pour en avoir le cœur net à l’instant, elle monta dans la chambre de sa fille, qu’elle trouva lisant à la lueur d’une mince chandelle.
– Ma fille, lui dit-elle brusquement, un jeune homme, qui me convient, m’a demandé ta main et je la lui ai accordée.
À cette déclaration inattendue, stupéfiante, Valentine se dressa.
– Ce n’est pas possible, balbutia-t-elle.
– Pourquoi, s’il te plaît?
– Avez-vous donc dit qui je suis, ma mère, avez-vous avoué?
– Les folies passées? Dieu m’en préserve! Et tu seras, je l’espère, assez raiso
Si a
– Vous voulez m’éprouver, ma mère! s’écria-t-elle, épouser un homme sans lui tout avouer serait la plus lâche et la plus infâme des trahisons…
La comtesse avait une terrible envie de se fâcher. Mais elle comprit que cette fois ses menaces se briseraient contre une résistance encouragée par la conscience. Au lieu d’ordo
– Pauvre enfant, disait-elle, pauvre chère Valentine, si tu co
Et, après les prières, les raiso
Elle avait à son service, cette chère comtesse, des théories subtiles et étranges. Ce qu’autrefois elle appelait un crime monstrueux n’était plus qu’une peccadille. À l’entendre, la situation de Valentine se présentait tous les jours.
Elle eût compris, disait-elle, les scrupules de sa fille, si on eût pu craindre quelque révélation du passé. Mais de telles précautions avaient été prises, qu’il n’y avait rien à redouter.
En aimerait-elle moins son mari? Non. En serait-il moins heureux? Non. Dès lors, pourquoi hésiter?
Étourdie, frappée de vertige, Valentine se demandait si c’était bien sa mère, cette femme si hautaine, si intraitable, jadis, dès qu’il était question d’ho
Hélas! oui, c’était elle.
Les subtils arguments, les sophismes honteux de la comtesse ne devaient ni la toucher ni l’ébranler, mais elle ne se sentait ni la force ni le courage de résister aux larmes de cette mère, qui, voyant qu’elle n’obtenait rien, se traînait à genoux, l’adjurant à mains jointes de la sauver.
Plus émue qu’elle ne l’avait jamais été, déchirée par mille sentiments contraires, n’osant ni refuser ni promettre, redoutant les conséquences d’une décision ainsi arrachée, l’infortunée supplia sa mère de lui laisser au moins quelques heures de répit.
Ces instants de réflexions, Mme de La Verberie n’osa plus les refuser. Le coup frappé, elle se dit qu’insister serait imprudent.
– Vous le voulez, dit-elle à sa fille, je me retire. Mieux que votre esprit, votre cœur vous dira comment choisir entre un aveu inutile et le salut de votre mère.
Et sur ces mots elle sortit, indignée, mais pleine d’espoir.
Elle n’avait que trop de motifs d’espérer.
Placée entre deux obligations également impérieuses, également sacrées, mais absolument opposées, la raison troublée de Valentine ne discernait plus clairement où était le devoir.
Réduirait-elle sa mère à la plus affreuse des misères?
Abuserait-elle indignement la confiance et l’amour d’un ho
Quelle que fut sa décision, il en résultait, pour elle, une vie affreuse et d’épouvantables remords.
Autrefois, le souvenir de Gaston de Clameran eût parlé haut et dicté sa conduite, mais ce souvenir lointain n’était plus qu’un vague murmure.
Dans les romans, il est vrai, on trouve de ces héroïnes dont la vertu n’a rien d’égale que la constance; la vie réelle n’a guère de ces miracles.
Longtemps, dans la pensée de Valentine, Gaston était resté éblouissant et radieux, comme le héros de ses rêves; mais les brumes du temps, peu à peu, avaient obscurci les rayons de l’idole, et il n’était plus maintenant, au fond de son cœur, qu’une froide relique.
Cependant, lorsqu’elle se leva le matin, pâle et souffrante des angoisses d’une longue nuit sans sommeil, elle était presque résolue à parler.
Mais quand vint le soir, quand elle se trouva près d’André Fauvel, sous l’œil tour à tour menaçant et suppliant de sa mère, le courage lui manqua.
Elle se disait encore: je parlerai; mais elle se disait: ce sera demain, un autre jour, plus tard.
Aucune de ces luttes n’échappait à la comtesse, mais elle n’était plus guère inquiète.
La vieille dame le savait peut-être par expérience: quand on remet à accomplir une action difficile et pénible, on est perdu, on ne l’accomplit jamais.
Peut-être Valentine avait-elle une excuse dans l’horreur de sa situation. Peut-être, à son insu, un espoir irraiso
Parfois, dans son ignorance de toutes choses, elle se disait qu’avec le temps, avec une intimité plus grande, l’horrible aveu viendrait presque naturellement, et qu’André pardo
Car il l’aimait vraiment, elle ne pouvait pas ne pas s’en apercevoir. Certes, ce n’était plus la passion impétueuse de Gaston, avec ses terreurs, ses emportements, ses ivresses, mais c’était un amour calme, réfléchi, plus profond peut-être, puisant une sorte de recueillement dans le sentiment de sa légitimité et de sa durée.
Et Valentine, doucement, s’accoutumait à la présence d’André, toute surprise de ce bonheur inco
Pendant ce temps où le jeune ingénieur avait été admis à faire sa cour, la conduite de la vieille comtesse avait été un chef-d’œuvre.
Calculant fort juste, elle avait tout à coup renoncé aux obsessions, ne discutant plus, affirmant avec une résignation larmoyante qu’elle ne voulait pas influencer les résolutions de sa fille.
Mais elle criait misère, mais elle geignait comme si elle eût été à la veille de manquer de pain; mais elle avait pris ses mesures pour être harcelée par les huissiers. Saisies et significations pleuvaient à La Verberie, et tous ces papiers timbrés, elle les montrait à Valentine, en disant:
– Dieu veuille que nous ne soyons pas chassées de la maison de nos pères avant ton mariage, ma bien-aimée!
D’ailleurs, se sentant assez d’influence pour glacer une révélation sur les lèvres de sa fille, jamais elle ne la laissa seule une minute avec André.
Une fois mariés, pensait-elle, ils s’arrangeront.
Puis, tout autant que l’impatient André, elle pressait les préparatifs de la noce. Elle ne laissait à Valentine ni le temps de se reco
Si bien qu’elle gagna ainsi la veille du grand jour, haletante d’espoir, oppressée d’anxiété, comme le joueur au moment décisif d’une grosse partie.
Ce soir-là, pour la première fois, Valentine se trouva seule avec cet homme qui allait être son mari.
La nuit tombait, elle s’était réfugiée dans le salon, tourmentée d’angoisses plus poignantes que d’ordinaire. Il entra.