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Depuis un mois environ un jeune ingénieur, chargé d’études de rectification sur le Rhône, avait fait du village qui touche La Verberie son centre d’opérations.
Comme il était jeune, spirituel, fort bien de sa perso
Ce jeune ingénieur se nommait André Fauvel.
Ayant remarqué Valentine, il l’étudia attentivement, et, peu à peu, il s’éprit de cette jeune fille au maintien réservé, aux grands yeux tristes et doux, qui, dans cette galerie d’ancêtres, resplendissait comme un rosier en fleur au milieu d’un paysage d’hiver.
Il ne lui avait pas encore adressé la parole, que déjà il l’aimait.
Il était relativement riche; une carrière magnifique s’ouvrait devant lui, il se sentait l’initiative qui fait les millio
C’est à une vieille amie de La Verberie, noble, autant qu’une Montmorency, et pauvre, plus que Job, qu’il confia tout d’abord ses intentions matrimoniales.
Avec la précision d’un ancien élève de l’École polytechnique, il avait énuméré tous les avantages qui faisaient de lui un gendre phénix.
Longtemps la vieille dame l’écouta, sans l’interrompre. Mais, lorsqu’il eut fini, elle ne lui cacha pas combien ses prétentions lui semblaient outrecuidantes.
Quoi! lui, un garçon qui n’était pas né, un… Fauvel, géomètre ou arpenteur de son état, il se permettait d’aspirer à la main d’une La Verberie!
Avec une véhémence particulière, elle insista sur ces considérations d’un ordre supérieur. Heureusement, ce chapitre épuisé, elle en vint au positif.
– Cependant, ajouta-t-elle, il se peut que vous ne soyez pas éconduit. La situation de la comtesse est des plus embarrassées, elle doit à Dieu et à ses saints, la chère dame, les huissiers la visitent souvent, de sorte que… vous comprenez, si un jeune homme se présentait, animé d’intentions ho
André Fauvel était jeune, les insinuations de la vieille dame lui semblèrent monstrueuses.
À la réflexion, cependant, lorsqu’il eut consulté, lorsqu’il se fut, surtout, do
Cette certitude dissipant ses hésitations, il ne songea plus qu’à se ménager un moyen de poser adroitement sa candidature.
Ce n’est pas que la chose lui parût aisée. S’en aller chercher femme son argent à la main répugnait fort à sa délicatesse et renversait toutes ses idées. Mais il ne co
L’occasion qu’il attendait de s’expliquer, sinon catégoriquement, au moins d’une façon claire et transparente, se présenta elle-même.
Comme il entrait, un soir, dans un hôtel de Beaucaire, pour dîner, il aperçut Mme de La Verberie qui allait se mettre à table. Tout en rougissant jusqu’aux oreilles, il lui demanda la permission de s’asseoir près d’elle, permission qui lui fut accordée avec un sourire des plus encourageants.
La comtesse soupço
Toujours est-il que, sans laisser à André la peine d’arriver, de transitions en transitions, jusqu’au sujet qui lui tenait si fort au cœur, elle commença dès le potage à se plaindre de la dureté des temps, de la rareté de l’argent et de l’insolence et de l’âpreté au gain des gens d’affaires.
La vérité est qu’elle était venue à Beaucaire pour un emprunt, qu’elle avait trouvé toutes les caisses cadenassées, et que son notaire lui conseillait une vente amiable de ses terres.
La colère, ce secret instant des situations qui est le sixième sens des femmes de tout âge, lui déliant la langue, elle fut, avec ce jeune homme presque inco
Lui, écoutait ces doléances infinies avec une figure de circonstance, mais intérieurement il était ravi.
Aussi, sans laisser finir la vieille dame, se mit-il à exposer ce qu’il appela sa façon d’envisager la position.
Après avoir plaint considérablement la comtesse, il avoua qu’il ne s’expliquait aucunement ses inquiétudes.
Quoi! elle était tourmentée de l’idée de n’avoir pas de dot à do
Il co
En définitive, la situation de la comtesse ne lui semblait pas si mauvaise qu’elle voulait bien dire. Que faudrait-il, pour la libérer, pour dégrever absolument le domaine de La Verberie? Une quarantaine de mille francs, peut-être? En vérité, ce ne serait pas une somme.
D’ailleurs, ce ne serait pas un cadeau que ferait là ce gendre, mais une avance. Est-ce que le domaine et le château de La Verberie ne lui reviendraient pas, tôt ou tard, augmentés par la constante plus-value des terres?
Et ce n’est pas tout. Jamais un homme aimant Valentine ne laisserait la mère de sa femme privée du bien-être dû à son âge, à sa noblesse et à ses malheurs.
Il s’empresserait donc d’ajouter à des revenus insuffisants de quoi se procurer, non seulement le nécessaire, mais encore le superflu.
À mesure que parlait André, avec une conviction trop accentuée pour être feinte, il semblait à la comtesse qu’une rosée céleste tombait sur toutes ses plaies d’argent. Elle s’épanouissait, son petit œil fauve avait des regards plus doux que velours, un provocant et amical sourire voltigeait sur ses lèvres minces, plus pincées d’ordinaire que les bords d’une cassette d’avare.
Un seul point inquiétait le jeune ingénieur. M’entend-elle, se demandait-il; me prend-elle au sérieux?
Certes oui; elle perçait la transparence des allusions, et ses réflexions le prouvèrent.
– Hélas! fit-elle non sans un soupir, ce n’est pas avec quarante mille francs qu’on sauverait La Verberie; intérêts et frais compris, il en faudrait bien soixante mille.
– Oh! quarante ou soixante, ce n’est pas une affaire.
– Puis, mon gendre – cet homme rare de nos suppositions – comprendrait-il les nécessités de mon existence?
– Il se ferait, j’imagine, un bonheur d’ajouter tous les ans quatre mille francs aux revenus de votre domaine.
La comtesse ne répondit pas immédiatement, elle calculait.
– Quatre mille francs… dit-elle enfin, ce ne serait guère. Tout est hors de prix en ce pays. Mais avec six mille livres!… oh! avec six mille livres…
L’exigence parut bien un peu forte au jeune ingénieur; pourtant, avec l’insouciante générosité d’un amoureux, il répondit:
– Le gendre dont nous parlons aimerait peu mademoiselle Valentine, si une misérable question de deux mille francs l’arrêtait.
– Vous m’en direz tant!… murmura la comtesse.
Mais une soudaine objection lui venait à l’esprit:
– Encore faudrait-il, remarqua-t-elle, que ce gendre ho
Décidément, pensait Fauvel un peu honteux, c’est un marché que nous débattons.
Et, tout haut, il poursuivit:
– Il est clair que votre gendre s’engagerait par le contrat de mariage…
– Jamais! monsieur, jamais! Et les bienséances! Que dirait-on de moi?
– Permettez… il serait spécifié que votre pension serait l’intérêt d’une somme qu’il reco
– Comme cela, oui, en effet…
À toute force, ce soir-là, Mme de La Verberie voulut ramener André dans sa calèche. Pas un mot direct ne fut échangé entre eux le long du chemin, mais ils s’étaient compris, ils étaient fixés l’un sur l’autre.
Ils s’entendaient si bien, qu’en déposant à sa porte le jeune ingénieur, la comtesse lui tendit sa maigre main, qu’il baisa dévotement en songeant aux jolis yeux de Valentine, et l’invita à dîner pour le lendemain.