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C’était alors un petit homme de plus de cinquante ans, chauve, à l’œil vif, à la lèvre spirituelle, gai, causeur, bien que zézayant un peu, et facile et bon jusqu’à l’excès.
Le commissio
En apercevant Valentine, le docteur Raget fronça le sourcil.
Doué d’une perspicacité profonde, aiguisée par la pratique, il étudiait alternativement Valentine et sa mère, jetant sur la vieille dame des regards si pénétrants, que son assurance en était ébranlée et qu’elle sentait le rouge monter à ses joues ridées.
– Cette enfant est bien malade! prononça-t-il enfin.
Et comme Mme la Verberie ne répondait pas:
– Je désire, ajouta-t-il, rester quelques instants seul avec elle.
Le docteur Raget, par sa réputation et par son caractère, imposait trop à la comtesse pour qu’elle osât résister. Elle sortit, non sans une répugnance visible, et alla attendre dans une pièce voisine, calme en apparence, en réalité remuant les plus sombres pensées.
Ce n’est guère qu’au bout d’une demi-heure – un siècle – que le docteur reparut. Lui qui avait vu tant de misères, consolé tant de douleurs, il semblait très ému.
– Eh bien? lui demanda la comtesse.
– Vous êtes mère, madame, répondit-il tristement, c’est-à-dire que votre cœur a des trésors d’indulgence et de pardon, n’est-ce pas? Armez-vous de courage. Mademoiselle Valentine est enceinte.
– La misérable! je l’avais deviné.
L’œil de la comtesse eut une si épouvantable expression que le docteur en fut frappé. Il posa sa main sur le bras de la vieille dame, et, la fixant jusqu’à la faire frisso
– Et il faut que l’enfant vie
La pénétration du docteur n’était pas en défaut.
En effet, une idée abominable avait traversé l’esprit de Mme de La Verberie, l’idée de supprimer cet enfant, qui serait le vivant témoignage de la faute de Valentine.
Se sentant devinée, cette femme si dure et si hautaine baissa les yeux sous le regard obstiné du vieux médecin.
– Je ne vous comprends pas, docteur, murmurait-elle.
– Mais je m’entends, moi, madame la comtesse; j’ai voulu dire simplement qu’un crime n’efface pas une faute.
– Docteur!…
– Je vous dis ce que je pense, madame. Si je me suis trompé, tant mieux pour vous. En ce moment, l’état de mademoiselle Valentine est grave, mais pas inquiétant. Des émotions trop violentes ont ébranlé sa jeune organisation, et elle est en proie à une fièvre violente, que nous calmerons vite, je l’espère.
La comtesse comprenait si bien que les soupçons du vieux médecin n’étaient pas dissipés, qu’elle essaya de l’attendrissement.
– Au moins, docteur, fit-elle, vous m’assurez qu’il n’y a aucun danger?
– Aucun, madame, répondit M. Raget avec une fine pointe d’ironie; que votre tendresse maternelle se rassure. Ce qu’il faut avant tout à la pauvre enfant, c’est un repos d’esprit que seule vous pouvez lui do
– Il est vrai, dit hypocritement la comtesse, que sur le premier moment, en apprenant que ma bien-aimée Valentine était victime d’un lâche séducteur, je n’ai pas été maîtresse de ma colère.
– Mais le premier moment est passé, madame, vous êtes mère, vous êtes chrétie
Mme de La Verberie ne pouvait laisser le docteur s’éloigner ainsi. Elle l’arrêta d’un geste, et sans réfléchir qu’elle se trahissait, qu’elle avouait, elle s’écria:
– Quoi! monsieur, prétendez-vous donc m’empêcher de faire tout au monde pour tenir secret l’affreux malheur qui me frappe! Faut-il que notre honte devie
Le docteur fut un moment sans répondre, il réfléchissait, la situation était grave.
– Non, madame, dit-il enfin, je ne saurais vous empêcher de quitter La Verberie, ce serait outrepasser mes droits. Mais il est de mon devoir de vous demander compte de l’enfant. Vous êtes libre, mais il vous faudra me do
Il sortit sur ces mots menaçants, et il était vraiment temps, la comtesse suffoquait de rage et de contrainte.
– L’insolent! s’écria-t-elle, l’impertinent! Oser faire la leçon à une femme de mon rang. Ah! si je n’étais pas à sa merci!
Mais elle y était et elle comprenait que cette fois, sans retour il lui fallait do
Plus de luxe à espérer désormais, plus de gendre millio
Elle mourrait ainsi qu’elle avait vécu, pauvre, besogneuse, condamnée à une médiocrité d’autant plus écœurante qu’elle n’aurait plus, pour l’aider à la subir, les perspectives d’un avenir meilleur.
Et c’était Valentine, qui la réduisait à cette extrémité. À cette idée, elle sentait s’allumer en elle contre sa fille une de ces haines qui ne pardo
Mais le regard écrasant du docteur était trop présent à sa mémoire pour penser seulement à rien tenter. Même, se décidant à monter près de sa fille, elle se contraignit à sourire, à prononcer quelques paroles affectueuses, puis la laissa à la garde de la dévouée Miho
Pauvre Valentine! Elle avait été si rudement atteinte qu’il lui semblait sentir se tarir en elle les sources de la vie.
Cependant sa souffrance diminuait un peu. Aux grandes crises physiques ou morales, un engourdissement profond succède toujours, qui est presque exempt de douleurs. Quand elle avait la force de réfléchir, elle se disait: c’est fini, ma mère sait tout; je n’ai plus rien à redouter de sa colère; je ne puis qu’espérer et attendre mon pardon.
C’était là ce secret que Valentine n’avait pas voulu révéler à Gaston, comprenant bien que, le sachant, jamais il n’aurait consenti à s’éloigner d’elle. Or, elle voulait qu’il se sauvât, et la voix du devoir, en même temps, lui criait de rester. Et, à cette heure encore, elle ne se repentait pas d’être restée.
Son plus cruel souci était le souvenir de Gaston. Avait-il ou non réussi à s’embarquer? Comment le savoir? Depuis deux jours le docteur lui permettait de se lever, mais elle ne pouvait songer à sortir, à courir jusqu’à la cabane du père Menoul.
Par bonheur, le vieux patron fut intelligent, comme sait l’être le dévouement véritable.
Apprenant que la demoiselle du château était bien malade, il ne songea plus qu’au moyen de la rassurer sur le fort du fugitif. Il trouva plusieurs prétextes pour venir à La Verberie, et enfin réussit à voir Valentine. Ils n’étaient pas seuls, mais d’un regard le bonhomme fit entendre que Gaston n’avait plus rien à redouter.
Cette certitude fit plus pour la convalescence de Valentine que tous les remèdes, et peu après, le docteur, qui venait tous les jours depuis un mois et demi, déclara que la malade était en état de supporter les fatigues du voyage.
Ce moment, la comtesse l’attendait avec une indicible impatience. Déjà, pour que rien ne retardât le départ, elle avait vendu la moitié de ses rentes, et se disait qu’avec vingt-cinq mille francs, qui en étaient le prix, elle pouvait parer à toutes les éventualités. Depuis une quinzaine, elle allait répétant partout que, dès que sa fille irait mieux, elle partirait pour l’Angleterre, où la demandait un de ses parents, très vieux et encore plus riche.
Ce voyage, Valentine ne l’envisageait qu’avec terreur, et elle frisso
– Nous partirons après-demain.
Après-demain!… Et Valentine n’avait trouvé nul moyen encore de faire savoir à Louis de Clameran que son frère n’était pas mort.
En cette extrémité, elle n’hésita pas à se confier à Miho
Mais la fidèle servante fit une course inutile. Le château de Clameran était désert; tous les domestiques avaient été congédiés, et M. Louis, qu’on appelait maintenant le marquis, avait quitté le pays.
Enfin on partit. Mme de La Verberie, se croyant sûre de Miho
C’est dans un petit village au-dessus de Londres que la comtesse alla s’installer avec sa fille et sa domestique, sous le nom de Mme Wilson.