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– Êtes-vous content, monsieur Verduret? demanda-t-il.
– Oui et non, monsieur le comte. Non, parce que je n’ai pas atteint complètement le but que je me proposais quand je vous ai prié de me faire admettre ici; oui, parce que nos deux coquins se sont livrés de telle façon que le doute n’est plus possible.
– Et vous vous plaignez?…
– Je ne me plains pas, monsieur le comte; je bénis au contraire le hasard, je devrais dire la Providence, qui vient de me révéler l’existence d’un secret dont je ne me doutais pas.
Cinq ou six invités qui, ayant aperçu le comte, s’approchaient de lui, interrompirent cette conversation. Le comte s’éloigna, mais non sans adresser au Paillasse un salut plus amical encore que protecteur.
Lui, aussitôt, déposant sa ba
Bon! pensa le Paillasse, elles s’entretie
Il ne tarda pas à les apercevoir. Ils allaient et venaient, traversant les groupes, saluant, adressant la parole à une foule de perso
– Je parierais, murmura le Paillasse, qu’il est question de moi. Ces honorables messieurs cherchent à savoir qui je suis. Cherchez, mes bons amis, cherchez…
Bientôt ils y renoncèrent. Ils étaient si préoccupés, ils éprouvaient un tel besoin de se trouver seuls pour réfléchir et délibérer, que sans attendre le souper, ils allèrent prendre congé de Mme Fauvel et de sa nièce, a
Ils disaient vrai. Le Paillasse les vit gagner le vestiaire, prendre leurs manteaux, descendre le grand escalier et disparaître sous le porche.
– Tout est dit, pour ce soir, murmura-t-il, je n’ai plus rien à faire ici.
Et à son tour, il sortit, après avoir passé un immense pardessus qui cachait presque entièrement son costume.
Il y avait à la porte bien des voitures libres, mais le temps était beau, bien que froid, le pavé était sec; le Paillasse décida qu’il rentrerait à pied, se disant que le grand air, le mouvement, la marche tasseraient ses idées, encore confuses.
Allumant un cigare, il remonta la rue Saint-Lazare et tourna Notre-Dame-de-Lorette pour gagner le faubourg Montmartre.
Tout à coup, au moment où il s’engageait dans la rue Ollivier, un homme, sortant de l’ombre où il se tenait caché, bondit jusqu’à lui, le bras levé, et, de toutes ses forces, le frappa.
Le Paillasse, heureusement pour lui, avait cet instinct merveilleux du chat, qui se dédouble, pour ainsi dire, qui peut, tout à la fois, guetter et veiller à sa sûreté, regarder d’un côté et voir de l’autre.
Il vit, ou plutôt il devina l’homme tapi dans l’ombre, et le sentit, en quelque sorte, se précipiter sur lui, et il put se renverser à demi sur ses jarrets robustes, en essayant de parer avec ses mains.
Ce mouvement lui sauva certainement la vie, et c’est dans le bras qu’il reçut le furieux coup de poignard qui devait le tuer.
La colère, encore plus que la douleur, lui arracha une exclamation.
– Ah! canaille! s’écria-t-il.
Et aussitôt, bondissant d’un mètre en arrière, il tomba en garde.
Mais la précaution était inutile.
Voyant son coup manqué, l’assassin ne revint pas à la charge. Il poursuivit sa course et bientôt disparut dans le faubourg Montmartre.
– C’est Lagors, certainement, murmurait le Paillasse, et le Clameran ne doit pas être loin. Pendant que je tournais l’église d’un côté, ils l’ont tournée de l’autre et sont venus m’attendre ici.
Sa blessure, cependant, le faisait cruellement souffrir.
Il alla se placer sous un réverbère pour l’examiner. Elle ne présentait sans doute aucune gravité, mais elle était fort large et le bras était traversé de part en part.
Il déchira aussitôt son mouchoir de poche, en fit quatre bandes et s’entortilla le bras avec la dextérité d’un interne des hôpitaux.
Il faut, pensait-il, que je sois sur la piste de choses bien graves, pour que ces misérables se soient résolus à un meurtre. Des gens habiles comme eux, quand ils n’ont à redouter que la police correctio
Cependant, rester là, sur cette place, n’était pas possible. Il s’assura qu’à la condition de braver une douleur très vive, il pouvait encore se servir de son bras, et il poursuivit son e
Il ne voyait perso
Il ne se trompait pas. Lorsque arrivé au boulevard Montmartre il traversa la chaussée, il distingua deux ombres qu’il reco
– J’ai affaire, murmura-t-il, à des gredins déterminés, ils ne se cachent même pas pour me suivre. Ils sont fins, ils doivent être rompus à des aventures comme celle-ci, j’aurai du mal à leur faire perdre ma piste. Ce n’est pas avec ces gaillards-là que réussirait le tour de la voiture, qui a si bien mis Fanferlot dedans. Il faut ajouter de plus que mon diable de chapeau gris est comme un phare dans la nuit et se voit d’une lieue.
Il remontait alors le boulevard, et sans avoir besoin de détourner la tête, il devinait ses e
– Et cependant, disait-il, poursuivant à demi-voix son monologue, il faut à tout prix que je les dépiste. Je ne puis rentrer, les ayant sur mes talons, ni chez moi, ni au Grand-Archange. Ce n’est plus pour m’assassiner qu’ils me suivent maintenant, mais pour savoir qui je suis. Or, s’ils vie
Cette idée, que peut-être Raoul et Clameran lui échapperaient, l’exaspéra si fort, qu’un instant il songea à les faire prendre.
C’était chose facile, en somme. Il n’avait qu’à se précipiter sur eux, en criant au secours, on viendrait, on les arrêterait tous les trois et on les consignerait au poste à la disposition du commissaire de police.
C’est ce moyen aussi simple qu’ingénieux qu’emploient les agents du service de la sûreté lorsque, rencontrant à l’improviste quelque malfaiteur qui leur est signalé, ils ne peuvent, faute d’un mandat, lui mettre la main dessus.
Le lendemain, on s’explique.
Or le Paillasse avait en mains bien assez de preuves pour faire maintenir l’arrestation de Lagors. Il pouvait montrer la lettre et le paroissien mutilé, il pouvait révéler l’existence des reco
D’un autre côté, en agissant avec cette précipitation, on assurait peut-être le salut du principal coupable, de M. de Clameran. Quel témoignage décisif s’élevait contre lui? Aucun. On avait les présomptions les plus fortes, mais pas un fait.
Tout bien réfléchi, le Paillasse décida qu’il agirait seul, comme il l’avait toujours fait jusqu’ici, et que seul il arriverait à la découverte des vérités soupço
Ce parti arrêté, il n’avait plus qu’à do
Il avait pris le boulevard de Sébastopol, et, quittant l’allure indécise qui trahissait ses hésitations, il se mit à marcher d’un bon pas.
Arrivé devant le square des Arts-et-Métiers, il s’arrêta brusquement. Deux sergents de ville le croisèrent, il les arrêta pour leur demander quelques renseignements insignifiants.
Cette manœuvre eut le résultat qu’il prévoyait, Raoul et Clameran se tinrent cois à vingt pas environ, n’osant avancer.
Vingt pas!… c’était tout ce qu’il fallait d’avance au Paillasse. Tout en causant avec les sergents de ville, il avait so
Une minute plus tard, les sergents de ville s’étant éloignés, Clameran et Lagors so
On leur ouvrit, et ils firent lever le concierge pour lui demander quel était cet individu qui venait de rentrer, déguisé en Paillasse.
Il n’avait pas vu, leur dit-il, rentrer le moindre masque, et, qui plus est, il n’était pas à sa co
– Après cela, ajouta-t-il, je ne puis être sûr de rien, la maison ayant une autre issue sur la rue Saint-Denis.